Passage en force du gouvernement, hypothèse d’un recours au 49-3, critiques sur un budget jugé austère, rupture avec le Parti socialiste, élections municipales. Au micro de Sud Radio, Éric Coquerel a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Les ordonnances ont été agitées comme un loup pour faire peur"
Jean-François Achilli pour Sud Radio : Allons-nous vers un 49-3 ou des ordonnances pour adopter le budget ?
Éric Coquerel : “Le plus probable, c’est le 49-3. Les ordonnances ont été mises sur la table pour construire un récit, pour laisser penser que le 49-3 serait finalement la solution la moins pire. On fait peur avec les ordonnances et, au bout du compte, on dira qu’il n’y avait pas d’autre choix que le 49-3.”
🔴 Adoption du #budget
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"En cas de 49-3, nous déposerons une motion de censure"
Vous considérez donc que les ordonnances relèvent avant tout d’une stratégie politique ?
“Oui, clairement. On agite les ordonnances comme un loup pour faire peur, alors qu’en réalité le gouvernement sait très bien qu’il ne peut pas passer par là sans prendre un risque majeur. C’est une manière de préparer l’opinion et certaines oppositions au passage en force par le 49-3.”
Le 49-3 n’était-il pas pourtant une ligne rouge pour le Parti socialiste ?
“Absolument. Il y a encore quelques semaines, le groupe socialiste considérait le 49-3 comme une ligne rouge à ne pas franchir. C’est important de le rappeler pour comprendre ce qui est en train de se jouer politiquement.”
En cas de recours au 49-3, quelle sera votre position ?
“En cas de 49-3, nous déposerons une motion de censure. C’est une évidence”. “Je ne crois pas que le PS la votera. Et en ne la votant pas, il permet au macronisme de continuer à imposer sa politique pendant encore un an.”
Pourquoi les ordonnances seraient-elles particulièrement risquées pour le gouvernement ?
“Parce que les ordonnances, c’est le texte initial, brut, sans aucune modification parlementaire. Même les socialistes avaient dit que dans ce cas-là ils censureraient. Et puis, comme il y a eu des modifications pendant l’examen budgétaire, il faudrait de toute façon revenir devant le Parlement plus tard avec un nouveau texte.”
Cela repousserait donc le débat budgétaire ?
“Oui, on renverrait la discussion à plus tard. C’est pour cela que, très vraisemblablement, le gouvernement va choisir le 49-3, même si Sébastien Lecornu avait dit qu’il y renoncerait.”
Budget : "Quand on traite les oppositions de saboteurs, c’est du trumpisme. Lecornu fait du Trump"
Le gouvernement affirme que le Parti socialiste a obtenu des avancées dans ce budget.
“C’est un récit. Beaucoup de mesures citées étaient déjà prévues dans le budget ou avaient été imposées par le Parlement. Il y a un inventaire à la Prévert de prétendues victoires.”
Quelles sont, selon vous, les seules vraies nouveautés ?
“Le repas à un euro pour les étudiants et la hausse de 50 euros de la prime d’activité. Cela représente environ un milliard d’euros.”
Pourquoi parlez-vous malgré tout d’un budget d’austérité ?
“Parce qu’en parallèle, il y a près de 20 milliards d’euros de coupes budgétaires. On donne un peu d’un côté et on reprend beaucoup de l’autre, y compris sur des politiques dont les plus modestes ont besoin.”
Le gouvernement accuse les oppositions de bloquer le pays. Comment réagissez-vous ?
“Quand un gouvernement minoritaire traite les oppositions de saboteurs, de traîtres ou de tireurs couchés, c’est extrêmement grave. Les oppositions ont le droit de jouer leur rôle, surtout quand le gouvernement est minoritaire.”
Vous parlez d’un discours trumpiste. Pourquoi employer ce terme ?
“En l’occurrence, Lecronu fait du Trump. Parce que c’est exactement la méthode de Donald Trump : diaboliser les oppositions pour les délégitimer. Plutôt que de s’interroger sur l’absence de majorité et sur le contenu du budget, on préfère accuser ceux qui s’y opposent.”
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Selon vous, le problème démocratique est donc du côté du gouvernement ?
“Oui. Ce gouvernement est minoritaire et devrait s’interroger sur le caractère peu démocratique de sa démarche. Au lieu de cela, il organise un coup de force institutionnel.”
"Le macronisme c’est le retour des ultra-riches, pour qui tout le monde doit payer"
La surtaxe sur les grandes entreprises est présentée comme l’annonce phare du budget.
“Ce n’est pas une annonce nouvelle, c’est un récit politique. Cette surtaxe existait déjà l’an dernier. Michel Barnier l’avait prévue sur deux ans et c’est finalement Éric Lombard qui a décidé de ne la prolonger que d’un an. On donne l’impression qu’un effort est demandé aux grandes entreprises, mais en réalité on ne fait que reconduire temporairement une mesure déjà existante.”
Que cache ce récit selon vous ?
“Il cache une vingtaine de milliards d’euros de coupes budgétaires destinées à atteindre l’objectif de 5%. Ces coupes vont peser sur les ministères, les services publics et les prestations sociales.”
Qui va réellement payer l’effort budgétaire ?
“Ce sont l’ensemble des concitoyens. Pendant ce temps-là, les ultra-riches continuent d’être largement épargnés.”
Vous évoquez souvent les 0,01% les plus riches. Pourquoi ?
“Parce que ces quelques milliers de personnes ne paient quasiment pas d’impôt sur le revenu. Elles placent leurs revenus dans des patrimoines non professionnels, qui ne sont plus imposés, ou dans des patrimoines professionnels qui ne l’ont jamais été.”
Quel est l’impact de cette situation sur les finances publiques ?
“Ce sont des dizaines de milliards d’euros qui échappent à l’impôt. Et pendant ce temps, on demande à tout le monde de faire des efforts. Le macronisme, c’est exactement cela : le retour des ultra-riches pour lesquels tout le monde est appelé à payer.”
"Le divorce c’est le PS qui l’a décidé. On tendra la main aux autres listes de gauche"
La rupture avec le PS est-elle définitive ?
“Le divorce, c’est le Parti socialiste qui l’a décidé, en rompant avec le programme sur lequel nous avons été élus ensemble. En même temps qu’il appliquait une politique de rupture avec le programme que ses députés avaient défendu, celui que nous avions construit ensemble, il expliquait qu’il ne voulait plus rien faire avec La France insoumise.”
Cette rupture concerne-t-elle aussi les élections municipales ?
“Oui, puisque le Parti socialiste a exclu toute alliance, y compris au niveau local. À partir de là, il est normal que nous présentions nos propres listes aux municipales.”
La France insoumise espère-t-elle remporter certaines villes détenues par le PS ?
“À Saint-Ouen, par exemple, nous avons une candidate avec une forte dynamique. Les maires sortants sont toujours difficiles à battre, mais les résultats récents nous permettent d’espérer.”
Envisagez-vous malgré tout des alliances à gauche au second tour ?
“Nous, nous n’avons jamais exclu de nous parler. Si nous arrivons en tête, nous tendrons la main aux autres listes de gauche sur un programme de rupture utile à la population.”
Pourquoi estimez-vous que la responsabilité de la division incombe au PS ?
“Parce que ce sont eux qui, dès le départ, ont exclu toute alliance, au premier comme au second tour. Nous disons exactement l’inverse.”
Les municipales sont-elles aussi un enjeu national ?
“Oui, ce sera un tour de chauffe pour la présidentielle. Mais là encore, nous sommes prêts à discuter sur le fond, sur un programme utile. Ceux qui refusent aujourd’hui toute discussion, quitte à perdre, ce sont les socialistes.”
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