Rapatriement de djihadistes : "C'est plein de contradictions", juge Pierre Conesa

Pierre Conesa, Essayiste, Ancien haut-fonctionnaire du Ministère de la Défense, était l'invité de Sud Radio dans "Sud Radio vous explique".

rapatriement
Pierre Conesa, interviewé par Cécile de Ménibus et Philippe David sur Sud Radio dans "Sud Radio vous explique".

"Ce n’est pas un rapatriement collectif. Tout Français, quel qu’il soit, devrait être rapatrié en France. Il y a effectivement une masse de 35 enfants et de 16 femmes, il reste à expliquer au cas par cas pourquoi ces gens là ont été sélectionnés", explique Pierre Conesa. "Je n'ai pas l’impression qu’on soit sur un basculement de jurisprudence. Parmi ces gens là, il y en a qui sont particulièrement inquiétants comme Emilie König. Il serait intéressant d’avoir du Quai d’Orsay une explication de ce choix".

"Je crois bien que le sentiment d’opinion est très important à prendre en compte. On peut repenser à un cas étonnant, celui de Samuel Paty. Il est décapité par un enfant de Tchétchène. Cette population, tout le monde pense qu’elle est victime de répression. On donne le statut de réfugiés politiques à une famille qui est totalement radicalisée et qui va envoyer un de ses enfants décapiter un professeur. Donc on se dit que penser qu’une famille est persécutée ne suffit pas pour qu’on lui donne directement le statut de réfugié politique. Il faut revoir la jurisprudence sur le sujet", juge l’essayiste.

 

"De quel droit est ce qu’on retirerait aux Irakiens le droit de juger des gens qui ont commis des actions sur leur territoire ?"

"Le statut de réfugié ne doit pas être accordé systématiquement. À l’inverse, quand on pense que la France voulait absolument avoir le rapatriement de djihadistes pour les juger en France. De quel droit est ce qu’on retirerait aux Irakiens le droit de juger des gens qui ont commis des actions sur leur territoire ?", se demande l’ancien Haut-fonctionnaire. "C’est plein de contradictions. Il y a un moment où il va falloir arrêter de penser que tout Français doit être rapatrié et jugé en France".

"Si 7 femmes sur 16 sont actuellement en garde à vue, cela veut dire que les autres sont probablement sous mandat. Pour le moment, on a aucun élément du dossier. Si on n’a pas la coopération des autorités irakiennes pour l’instruction du dossier, cela veut dire qu’on va relâcher dans la nature des gens dont le degré de dangerosité n’est pas apprécié avant rapatriement. On n’est pas capable de mener des enquêtes sur ces personnes sur place".

 

Rapatriement : "On n'a aucune preuve de déradicalisation de ces femmes"

"Par exemple, Emilie König dit : ‘je n’ai pas de sang sur les mains.’ L’argument est important en matière du pénal. Simplement vous savez très bien le rôle qu’elle a joué dans le recrutement. Elle s’est fait filmer tirant à la kalachnikov, etc. On n’a pas les éléments du dossier", indique Pierre Conesa. "Si on n’a pas les éléments du dossier, le juge, en droit français, sera obligé de prononcer le non-lieu. Encore une fois, on va relâcher dans la nature des gens dont la dangerosité n’est pas estimée à son juste prix. On n’a d’ailleurs aucune preuve de déradicalisation de ces femmes, aucune", répète-t-il.

"Il y a des éléments contre elle. La question est de savoir pourquoi le gouvernement français décide de la rapatrier plutôt que de la laisser entre les mains de la justice irakienne. Elle dit ne pas avoir de sang sur les mains. Très bien ! Cela veut dire qu’elle ne risque pas la peine de mort en Irak. Dans ce cas, laissons là être jugée par la justice irakienne. Vous vous rendez-compte que les victimes vont se voir dépossédées de juger quelqu’un qui a commis des actes qui sont atroces simplement parce qu’il est Français. C’est inadmissible comme procédure", juge-t-il.

 

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