Le regard libre d'Élisabeth Lévy - Procès Fillon : "le bal des Tartuffes et des vertueux"

Le verdict est sans appel : cinq ans de prison dont deux ans ferme pour l'ancien Premier Ministre de Nicolas Sarkozy. Sans appel ou presque, puisque les époux Fillon contestent, seuls face à l'opprobre du camp du bien.

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Le tribunal de Paris a donc condamné François Fillon à cinq ans de prison, dont deux ferme. Une peine lourde ? 

En droit commun, pour qu’un primo-délinquant écope d’autant, il doit au moins avoir amoché quelqu’un, et salement. 

Sur le ton préchi-précha qu’affectionnent un peu trop les juges, la présidente du Tribunal a estimé que François Fillon avait manqué à son devoir d’exemplarité. Mais la justice semble mal placée pour donner des leçons de morale tant elle a été tout sauf exemplaire dans ce dossier. 

Célérité de la procédure, sévérité du jugement : Fillon a eu droit au service grand luxe. D’autant qu’on a appris récemment que celle qui menait la danse, Éliane Houlette - alors chef du Parquet National Financier - était sous la pression constante du Parquet général, lequel est en ligne directe avec le pouvoir pour être informé en temps réel sur l’affaire. 

Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, parle d’une “procédure manifestement entièrement à charge”. Et, ajoute-t-il, que le candidat de la droite en 2017 était condamné d’avance. En clair, une peine légère aurait signifié que les juges s’étaient invités dans la présidentielle. 

Les faits sont là, et ?

  • D’abord, c’est le bal des Tartuffes. Parmi les vertueux d’aujourd’hui, beaucoup faisaient la même chose que François Fillon, sauf que, selon Gilles-William Goldnadel, la plupart payaient leur maîtresse et pas leur épouse. Très condamnable. Seulement, l’un risque la prison et les autres ne seront jamais inquiétés (sauf peut-être s’ils se présentent à la présidentielle). 
  • Et puis si les combines de Fillon ne pouvaient rester impunies, comment expliquer l’indifférence du PNF à celles reconnues par Richard Ferrand – qui sont au moins aussi minables, et en fait plus ? 

Donc, Fillon ne devrait pas être sanctionné ? 

François Fillon a vu ses fautes étalées devant tous. Il a été reconnu coupable de délits sérieux. Pour un homme qui a passé sa vie au service de son pays, l’opprobre est une punition terrible, sans parler de la mort politique. Mais ça ne suffit pas, les sanctions pécuniaires non plus. La juge veut le voir en prison. C’est ce qui fait saliver les tricoteuses des réseaux sociaux et les Fouquier-Tinville de comptoir. 

Or, la juge a balayé tous les soupçons sur le thème “Circulez y’a rien a voir”. Elle n’a même pas fait semblant d’attendre l’avis du Conseil supérieur de la Magistrature saisi par le président de la République. En somme, tout le monde doit répondre de ses actes. Sauf les juges.