Délinquance : "La peur changera de camp quand on créera 40.000 places de prison"

Tarterêts, Salon-De-Provence… Peut-on parler de zones de non-droit en France ? Matthieu Valet, porte-parole et secrétaire national adjoint du syndicat indépendant des commissaires de police (SICP), était l’invité de Patrick Roger le 10 septembre dans l’émission "C’est à la une" sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h10. 

Aurait-on oublié de renforcer les effectifs des commissariats locaux ? (Patrick Kovarik - AFP)

"Des mineurs de plus en plus violents" face à la police

Une nouvelle fois, des scènes de violences ont eu lieu à Salon-de-Provence, sans oublier des tirs de fusil automatique aux Tarterêts, des patrouilles de policiers piégés, un fourgon encerclé… Ces actes se banalisent-ils dans certains endroits ? "C’est sûr que nos collègues font de plus en plus face à des scènes de guerre, estime Matthieu Valet, porte-parole et secrétaire national adjoint du syndicat indépendant des commissaires de police (SICP). À Salon-de-Provence, on tire à la Kalachnikov en plein jour dans la cité."

"Nos policiers sont en première ligne, et le métier de policier aujourd’hui n’a plus rien à voir avec il y a dix ans, estime-t-il. La délinquance qui évolue, des jeunes, notamment des mineurs de plus en plus violents, le sentiment d’impunité, tout cela fait qu’aujourd’hui, il faut prendre des mesures pour que l’on s’attaque à une nouvelle délinquance. Nos collègues ont de plus en plus de mal à la gérer sur le terrain. On voit qu’il n’y a plus de respect de la vie humaine."

Violences urbaines : "Ils ne respectent plus les règles de la société"

Pour autant, aux Tarterêts, le renforcement des effectifs a permis de rétablir le calme. Est-ce aussi une question d’effectifs et de présence sur le terrain ? "De toutes façons, pour lutter contre le trafic de stupéfiants, les rodéos et les violences urbaines, il faut occuper le terrain, estime le porte-parole du SICP. Cela demande de l’effectif, du monde, et on peut pas le faire 24 h sur 24, sept jours sur sept. Il faut bien comprendre qu’on ne rentre pas comme cela dans un quartier comme les Tarterêts. La peur changera de camp quand on créera 40.000 places de prison, quant on en finira avec l’excuse de minorité, pour des voyous mineurs enracinés dans une délinquance profonde. Et quand on incarcèrera les agresseurs de policiers. On interpelle les mêmes voyous multirécidivistes, et on les retrouve dans la rue 24 heures après. Ils ont un fort sentiment d’impunité et ne respectent plus les règles de la société."

"Nos politiques ont tardé à prendre conscience qu’il fallait renforcer la police du quotidien, estime Matthieu Valet. On a renforcé le renseignement territorial, la police aux frontières, la police judiciaire depuis trois-quatre ans. Mais on a oublié ces effectifs de commissariats locaux qui répondent à chaque fois aux situations d’urgence. Avec les départs en retraite et le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, on a beaucoup de retard. C’est bien en deçà de la délinquance rencontrée et de ce qui serait nécessaire pour maintenir la paix dans ces quartiers."

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