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Maxime Mermoz : « Je me battais chaque seconde pour tenir debout »

ENTRETIEN SUD RADIO - Ancien international français et multiple champion de France de rugby, Maxime Mermoz lève le voile sur le combat qu'il mène contre un handicap invisible. Victime d'une rupture hématolabyrinthique causée par les chocs répétés inhérents à sa carrière, il décrit une véritable « descente aux enfers » marquée par des vertiges chroniques et des années d'errance médicale avant qu'un diagnostic ne soit finalement posé en 2022.

Maxime Mermoz : « Pendant deux ans, je me suis battu chaque seconde pour tenir debout »

Maxime Mermoz, vous souffrez au quotidien d'un handicap invisible. Le rugby a causé chez vous une rupture hématolabyrinthique. De quoi s'agit-il exactement ?

Pour comprendre, il faut remonter au début. Le rugby est un sport de chocs où l'on s'habitue à la douleur. On finit par trouver normal de perdre connaissance, de se relever et de continuer à jouer avec des fractures ou des arrachements tendineux. C'est notre quotidien, porté par la passion et le dépassement de soi. Mais au fil des années, j'ai commencé à avoir des acouphènes, des sensations d'oreilles pleines et des crises vertigineuses que je n'arrivais pas à expliquer. 

En 2022, j'ai atteint un stade où je ne pouvais même plus sortir de mon lit tant tout tournait en permanence. L'oreille interne gère l'équilibre ; quand elle dysfonctionne, le cerveau reçoit de mauvaises informations et les yeux doivent compenser. Mon œil gauche finissait par se creuser à force de surtravailler. Je ressentais comme une étincelle ou une explosion dans mon cerveau avant chaque crise vertigineuse. En tant que sportif de haut niveau, quand vos muscles fatiguent, ils ne peuvent plus compenser ce manque d'équilibre, et plus rien ne fonctionne pour vous tenir droit.

"Certains jours, je ne pouvais même pas me lever"

Cela a-t-il été déterminant dans votre fin de carrière, vous qui étiez pourtant encore champion de France en 2019 ?

Le "trou noir" a commencé bien avant 2019. Dès 2017, je me battais chaque seconde pour simplement tenir debout. Je me souviens d'un match contre l'USAP où, après avoir voulu féliciter Cheslin Kolbe pour un essai, j'ai eu une étincelle dans le cerveau, tout a tourné et je me suis retrouvé au sol. J'ai dû demander au coach de sortir à la mi-temps. 

C'était constant, même à l'entraînement ; certains jours, je ne pouvais même pas me lever, alors je prévenais le club. J'essayais de faire bonne figure, mais c'était une descente aux enfers. En 2020, le confinement lié au Covid a été un soulagement pour moi car j'ai enfin pu arrêter de forcer et chercher à me soigner sans la pression du terrain.

"C'est seulement en 2022 que l'on a identifié la cause exacte"

Comment le diagnostic a-t-il finalement été posé ?

C'est seulement en 2022 que l'on a identifié la cause exacte. Les symptômes vertigineux sont souvent mélangés, ce qui rend le diagnostic difficile pour les ORL. C'est grâce à une IRM avec injection que l'on a vu la rupture dans le labyrinthe de l'oreille. Cette blessure provoquait le dysfonctionnement de la transmission des informations vers mon cerveau.

"On vit avec ces douleurs comme si c'était normal"

Vous avez été reconnu officiellement comme personne en situation de handicap. Qu'est-ce que cela a changé pour vous ?

Ma maman, qui était infirmière, essayait de me sensibiliser à cela depuis dix ans à cause de toutes mes séquelles physiques. Dans le rugby, on vit avec ces douleurs comme si c'était normal, alors que pour le reste du monde, ça ne l'est pas. Cette reconnaissance administrative permet de légitimer ce que j'ai vécu. J'ai dû faire face à des gens, comme un contrôleur d'assurances, qui me soutenaient qu'on ne pouvait pas avoir de vertiges en conduisant. Je n'attends pas de compensations financières, je veux juste que la réalité de ma situation soit admise.

"Pour un sportif, la santé est donc au cœur du problème"

On a l'impression que vous dénoncez une forme de "marche ou crève" dans ce sport.

Je ne dénonce rien contre le rugby lui-même, car je sais que certains font des raccourcis. Je fais un état des lieux. La manière dont on traite ces séquelles aujourd'hui n'est peut-être pas assez prise au sérieux pour permettre des diagnostics précoces. Pour un sportif de haut niveau, le corps est l'outil de travail, la santé est donc au cœur du problème.

Quel est votre but en témoignant aujourd'hui ?

Je souhaite partager cette expérience pour montrer que beaucoup de gens vivent avec des handicaps invisibles, comme la polyarthrite. Parfois, je ressens le syndrome de l'imposteur quand je parle à des personnes en fauteuil roulant qui m'encouragent, mais ils me répondent que pour eux, leur situation est "normale" car ils sont nés ainsi. J'avais déjà évoqué mes problèmes d'oreille en Angleterre en 2017, mais les gens ne s'en rendaient pas compte. Aujourd'hui, mettre des mots précis sur ces maux est essentiel pour sensibiliser et mieux communiquer avec mon entourage.

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