Des passants sidérés autour des décombres de Notre-Dame de Paris

Après l'incendie qui a ravagé la cathédrale emblématique de Paris, des passants ont passé la nuit autour de l'édifice quasi-millénaire, dans un sentiment d'irréalité. Une nuit à l'allure de veillée funèbre pour les uns, un détour pour assimiler la réalité de cette destruction pour les autres.

Reportage Sud Radio de Clément Bargain et Mathilde Choin

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Du toit de son immeuble, René a vu horrifié Notre-Dame de Paris gagnée par les flammes.  

"Tout le monde est monté sur le toit. On a tous crié quand la flèche est tombée !"

Dans les rues, des milliers de Parisiens et touristes assistent sidérés à ce triste spectacle. Dominique a du mal à y croire.

"C'est affreux, il n'y a pas de mots. Jamais je n'aurais cru voir une chose pareille. Je suis tellement malheureux, anéanti. Vous ne pouvez pas imaginer le malheur que je ressens quand je vois Notre-Dame partir en feu. Je me dis: c'est pas possible ! On sent qu'il y a une ferveur, des gens de toutes nations qui sont là, et qui ne trouvent pas les mots pour dire ce qu'ils ressentent."

Un peu plus tard dans la soirée, des dizaines de catholiques se réunissent devant la fontaine Saint-Michel, parmi lesquels Véronique, qui évoque un "chemin de croix" pour les catholiques. Elle est choriste à Notre-Dame. "C'est la semaine sainte pour les catholiques. C'est une catastrophe".

Une perte historique

Croyants ou non, ces milliers de passants partagent une douleur immense. Christine et Magdalena habitent le quartier: "C'est l'Histoire de France. Tout part de là ! C'est le kilomètre zéro des routes de France. On aime Notre-Dame comme si c'était quelqu'un de la famille!". Autant de passants qui comptent bien participer à la collecte de fonds pour la reconstruction de Notre-Dame.

 

Pierre, un habitant du quartier, pense à l'Histoire partie en fumée à travers ces combles du XIIIe siècle.

"Les artisans qui ont construit cette cathédrale, c'est un peuple qui a disparu. En voyant s'effondrer cette cathédrale, on voit s'effondrer un peuple et une culture ancienne qui nous avait légué ça. C'est ça qui est triste".

Puis il évoque en particulier la flèche, dont l'effondrement spectaculaire a suscité l'effroi de la foule massée: "C'est une merveille du XIXe siècle, qui file entre nos doigts. C'est à la fois un monument artistique, un monument porteur de beaucoup d'émotion... C'est une sorte de centre de gravité de Paris, de la France, et de beaucoup de choses qu'on aime !"

Veillée funèbre autour de l'édifice calciné

Certains sont restés toute la nuit près de Notre-Dame: Faouzi, hagard, se dit incapable d'aller se coucher.

"J'ai joué de la musique toute ma vie devant Notre-Dame, et j'ai fait des rencontres avec des gens du monde entier. Pour moi Notre-Dame de Paris c'est le centre de la Terre, c'est ma mère, c'est mon Histoire qui a commencé ici en France. Au début j'y ai pas cru en voyant l'incendie. Je me suis dit: c'est pas possible avec toute notre technologie. Mais en fait c'est la vérité. Quand j'ai vu cette aiguille s'effondrer, je me suis effondré chez moi. Je pleurais comme pas possible, je n'arrive pas à dormir".

 

Au petit matin, Marie, parisienne d'origine polonaise, fait un détour par Notre-Dame en se rendant au travail:

"Je suis venue voir, car ça me fait de la peine. Je suis vraiment très triste. J'ai regardé les informations presque toute la nuit, pour voir si les pompiers réussissaient à éteindre l'incendie. Toute ma famille est bouleversée, même ma fille ce matin s'est levé très tôt pour savoir s'ils avaient réussi à éteindre le feu. Nous sommes très triste, on n'aurait jamais pensé voir un jour la destruction de Notre-Dame. Je filme en direct, pour montrer à mes amis du monde entier ce qui se passe, car ils sont très inquiets: des amis d'Inde, de Russie, de Pologne... ça touche tout le monde !"