Yves de Kerdrel - De Napoléon à Macron (en passant par Peyrefitte), l'enjeu crucial de la confiance

Editorial politique

Alors que le Premier Ministre doit s’exprimer après-demain on ressent chez les français une sorte de défiance ?

Et c’est ce qui explique en grande partie leur soutien paradoxal à ceux qui font grève et qui leur empoisonnent la vie au quotidien. Les Français n’ont pas confiance dans la capacité du gouvernement à mettre en place cette réforme. C’est un fait. Mais il y a plus grave. A chaque fois qu’un ministre parle ou qu’une parole publique est énoncée, elle est systématiquement teintée de défiance. C’est vrai qu’il y a eu tant de promesses non tenues dans le passé, que les français ont des raisons de se méfier. Mais cette société de défiance n’est pas nouvelle puisque déjà il y a trente ans lorsque Peyrefitte a publié le Mal Français il la mettait en avant. Le problème c’est que la plupart des économistes raisonnent toujours à partir de deux facteurs le capital et le travail. Mais il y a aussi la confiance qui est essentielle. C’est elle qui fait qu’on investit, qu’on achète et qu’on adopte une réforme.

 

Très bien mais que faut-il faire pour inverser cette défiance ?

C’est forcément très long. Vous savez. On explique que la confiance part au galop. Mais qu’elle revient au pas. Malgré tout il y a trois facteurs qui sont essentiels et sur lesquels les politiques devraient davantage travailler. Le premier c’est que les gens doivent avoir confiance en eux-mêmes. Cela relève des augmentations de salaires ou des gestes de reconnaissance. Le second c’est qu’ils aient confiance dans les autres. Or en France on a confiance dans son voisin ou dans son maire, mais pas dans son Président. Plus la parole émane de quelqu’un haut placé ou bien d’un journaliste, elle est suspecte. C’est dire le mal que font les télés d’information en continu. Le troisième facteur, c’est qu’ils doivent avoir confiance dans la stratégie de leur entreprise ou dans la politique de leur pays. Et c’est sûr que la communication a été tellement désastreuse autour de cette réforme des retraites qu’il est difficile d’avoir confiance dans ce qui est dit. Cela Napoléon l’avait très bien compris en allant sur le terrain, avant chaque bataille expliquer au plus simple des grognards sa stratégie. C’est ce qu’Emmanuel Macron, qui est aux abonnés absents, et se cache derrière son Premier Ministre devrait se rappeler. Tant qu’il est encore temps