L'édito éco d'Yves de Kerdrel sur le non rachat de Carrefour par Couche-Tard - "Ce qui s’est passé est très grave"

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C’est rare de voir un gouvernement bloquer un rapprochement comme celui qui se préparait entre Carrefour et Couche-tard ?

C’est d’autant plus rare de la part d’Emmanuel Macron qui depuis 3 ans organise chaque année un grand forum à Versailles en janvier. Un forum où il invite le gratin des affaires mondiales pour les inciter à investir en France. Voilà que l’un d’eux était prêt à décaisser au moins 20 milliards d’euros pour s’offrir Carrefour et poursuivre son redressement. À deux reprises le Ministre de l’Économie a dit qu’il s’opposerait à un tel rapprochement au nom de "la sécurité alimentaire". Mais bien sûr, c’est après avoir reçu un coup de fil de l’Élysée qui lui a donné les éléments de langage.

Du coup le québécois Couche-Tard a annoncé samedi soir qu’il renonçait à son projet d’acquisition

Un conseil d’administration de Carrefour s’est tenu samedi soir qui a acté l’impossibilité d’une opération en capital. En revanche les deux groupes ont signifié clairement leur intention de travailler ensemble sur le plan opérationnel et logistique. Cela veut dire qu’ils sont tout de même un peu fiancés. Et qu’ils se disent que messieurs Macron et Le Maire ne sont pas éternels. C’est une manière de garder au chaud le projet de rapprochement que supportent les trois grands actionnaires de Carrefour. Car Bruno Le Maire a donné une toute explication au patron de Couche-Tard qui a traversé l’Atlantique pour savoir ce qui bloquait. Après l’avoir reçu 18 mn, il lui a dit "vous ne croyez pas que je vais laisser vendre Carrefour à 15 mois de la présidentielle ?".

C’est donc cela la vraie raison ?

Bien sûr. Il n’y a pas de problème de sécurité alimentaire. Les produits vendus par Carrefour resteraient vendus par Carrefour. Et ce n’est pas parce que l’acheteur est canadien qu’il n’y aurait plus que de la viande de Caribou et du sirop d’érable à vendre. Plus sérieusement. Ce qui s’est passé est très grave. Un Président et un ministre - tous deux libéraux - se sont assis sur la liberté d’entreprendre. Même sous François Mitterrand cela ne s’était pas vu. On a juste vu le gouvernement Jospin bloquer une éventuelle OPA de Pepsi sur Danone. D’autant qu’il y a quelques semaines le français Alstom, ne pouvant racheter l’allemand Siemens a acquis sans difficulté le canadien Bombardier !