éditorial

L'édito de Laurent Mauduit

Laurent Mauduit Éditorialiste Sud Radio
Economie

La double erreur du budget 2019

Dans le lot des mesures présentées hier à l’occasion du dévoilement du budget 2019, j’en retiens deux qui sont les plus saillantes. D’abord, il y a un immense cadeau fait aux entreprises, qui a été assez peu commenté, sous la forme du crédit d’impôt, compétitivité, emploi : le fameux CICE. Il a été inventé par François Hollande sous la pression du patronat, cette année en 2019, c’est l’année du basculement, on va passer du CICE à une baisse pérenne de cotisations. Mais 2019 sera une année charnière parce que les deux vont se cumuler donc vous aurez d’une part les 20 milliards d’euros de crédit d’impôt et les 18 milliards de baisse d’impôt, ce qui fait 38 milliards, une somme incroyable. Et je ne vous parle même pas des autres mesures pour les sociétés comme la baisse de l’impôt pour les sociétés.

La deuxième mesure que j’ai retenue, c’est la politique d’austérité pour les prestations sociales parce que vous savez ces dernières semaines, on s’est focalisés sur les retraités car l’on savait que pour eux, il y avait non seulement la hausse de la CSG, mais qu’en plus y aurait une indexation des pensions de seulement 0,3 % alors que l’inflation est estimée pour l’année prochaine à un 4 ou à un 6 %. Cette hausse minimale de 0,3 %, ce n’est pas seulement pour les pensions, c’est pour toutes les prestations sociales ! Donc c’est une véritable politique d’austérité. Il y a donc d’un côté, une extrême générosité pour les entreprises et puis de l’autre, par ricochets, une extrême rigueur pour toutes les dépenses sociales et, c’est ça à mon avis qui est le plus saillant de ce budget 2019. Il organise un immense transfert des ménages, et notamment des ménages modestes, vers les entreprises.

Est ce que c’est une erreur de jour la compétitivité des entreprises pour créer de l’emploi ? À mon sens, c’est une double erreur. On sait, au travers de nombreuses études qui ont été faites cette année, que le CICE a crée très peu d’emplois et a surtout généré un effet d’aubaine. En clair, on a arrosé du sable. Et puis vous connaissez le principe : on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ! Quand il n’y a pas de consommation, les entreprises n’investissent pas et n’embauchent pas. La deuxième erreur, au vu du patinage de la consommation, c’est d’effectuer une politique de l’offre, au moment précis où la conjoncture exigerait qu’on conduise une politique drastiquement inverse, une politique de la demande, en faveur des ménages.

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