François Ruffin : "Je n’ai pas l’État stratège, j’ai l’État qui colmate"

François Ruffin était l’invité du “petit déjeuner politique” de Patrick Roger le 27 mai 2020 sur Sud Radio, à retrouver du lundi au vendredi à 7h40.

François Ruffin interviewé par Patrick Roger sur Sud Radio le 27 mai 2020 à 7h40.

François Ruffin, député La France Insoumise de la Somme, va déposer une proposition de loi sur la revalorisation du statut des agents d’entretien. Une personne en charge du ménage "travaille de six à neuf heures" explique François Ruffin, car "on est passés à de la sous-traitance depuis 20 ans".

"On leur a demandé de décaler les horaires", estime François Ruffin, "on les a invisibilisés" ce qui fait que les personnes faisant le ménage "ne sont plus associées au collectif de travail". "Les plages d’intervention sont 6h-9h et 18h-21h." "On a des journées à rallonge" ce qui fait qu’ils "sont pris du matin au soir pour avoir 600-800 euros", précise le député LFI.

 

"Quand c’est externalisé, on doit donner les mêmes avantages"

De plus, les agents d’entretien, dépendant d’une autre société, ne bénéficient pas des mêmes avantages que s’ils étaient employés directement par l’entreprise dans les locaux de laquelle ils travaillent. "L’agent qui va intervenir ne va pas avoir droit à un treizième mois", explique François Ruffin, parlant par exemple d’une entreprise de presse.

"Je propose que les entreprises qui sous-traitent soient obligées de payer les avantages" comme si les agents d’entretien étaient embauchés par l’entreprise où ils travaillent (en termes de locaux). Toutefois, le député estime que "les entreprises sont elles-mêmes dominées parce que c’est le donneur d’ordre qui fait sa loi." François Ruffin estime qu’implicitement, dans le cahier des charges, les donneurs d’ordres demandent que les agents d’entretien ne soient pas visibles : "on ne veut pas les voir". "Quand c’est externalisé, on doit donner les mêmes avantages."

 

"En Scandinavie 80% du ménage se fait en journée, ici c’est l’inverse"

Le député va plus loin : "je souhaite qu’il y ait une revalorisation de 50% des heures entre 18h le soir et 6 heures du matin" afin "d’inciter à repasser sur du travail en journée". Mais les patrons des entreprises de nettoyage "n’arrivent pas à faire mettre dans le cahier des charges, aux donneurs d’ordre" le fait que les agents puissent travailler en journée.

"En Scandinavie 80% du ménage se fait en journée, ici c’est l’inverse", ce qui rend le travail encore plus pénible et ce bien qu'il soit nécessaire. François Ruffin n’oublie pas qu’Emmanuel Macron "les a cités, les hommes et les femmes qui nettoient" et qu’il a "bien dit qu’il fallait donc rémunérer mieux". "Toutes les entreprises de nettoyage disent : il faut une loi".

 

StopCovid est "de l’ordre du gadget"

"Aujourd’hui on met la charrue avant les bœufs" sur StopCovid, car "on n’a pas de tests". "C’est un échec complet", juge le député LFI. "De toute façon le traçage peut être utile seulement s’il y a un dépistage", juge François Ruffin. "Là on nous propose le pistage sans le dépistage", juge François Ruffin. Pour lui, StopCovid est "de l’ordre du gadget".

 

"On ne fixe pas de cap et de boussole à l’économie dans ce pays"

Sur le plan pour l’automobile présenté le 26 mai 2020 par Emmanuel Macron et qui compte un volet de sauvetage de Renault via un prêt de 5 milliards d’euros, François Ruffin est très critique : "on annonce un plan où on va aider à coup de milliards une industrie qui va fermer un paquet de sites". "Je n’ai pas l’État stratège, j’ai l’État qui colmate."

"Comment ça se fait que l’on se réveille aujourd’hui ?" se demande le député. "On ne fixe pas de cap et de boussole à l’économie dans ce pays." "On voit que ça fuite partout dans l’industrie automobile", juge-t-il avant de préciser : "j’aimerais qu’on me dise ce qu’on veut comme industrie dans ce pays." "La France n’a plus une seule industrie de lave-linge" alors que la Suisse a deux usines. "En quoi l’industrie va, demain, être au service de la vie dans notre pays ?"

 

"Je ne crois pas au consommateur"

En ce qui concerne le made in France, François Ruffin estime que c’est la relocalisation qui va jouer et non le consommateur : "Je ne crois pas au consommateur", parce que ce n’est pas lui qui va décider de l’emploi même s’il fait des efforts pour acheter des produits fabriqués en France. "Il faut qu’on choisisse quelle part on produit."

 

"Il faut une taxe sur le mètre carré de surface logistique"

François Ruffin veut également déposer une proposition de loi sur les petits commerçants. "Il faut qu’on nous dise rapidement quels commerces ont veut demain" et notamment savoir si "la crise du Covid doit être un accélérateur vers le commerce numérique ou est-ce qu’on veut maintenir un commerce humain". "Il y a un risque que la crise du Covid-19 soit un accélérateur" du commerce Internet "au détriment des petits magasins de proximité, des centres-villes".

"Je propose un fonds de solidarité pour les petits commerces." Pour François Ruffin, cela permettrait "que les gagnants de la crise participent à verser quelque chose aux perdants". "Ce sera une proposition de loi", annonce le député. Mais, surtout, François Ruffin estime qu’il "faut une taxe sur le mètre carré de surface logistique".

 

"Je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle"

Sur une possible candidature à la Présidentielle 2022, François Ruffin reste très flou et ne ferme aucune porte. "Je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle, mais si on me demande maintenant de dire que je ne le serai pas, je dis ‘non’ également." "Je considère qu’aujourd’hui il faut garder toutes les cartes sur la table."

"La question aujourd’hui c’est d’ouvrir une espérance entre l’extrême droite et l’extrême argent. On ne peut pas laisser se refaire en 2022 le duel Macron-Le Pen."

 

"Je soutiens tous les citoyens qui s’engagent indépendamment du camp qu’ils choisissent"

Didier Raoult doit "se consacrer à la recherche", mais "toute personne doit se consacrer à la politique, qu’il soit menuisier, charpentier, femme de ménage ou professeur de médecine", estime le député La France Insoumise.

"Je soutiens tous les citoyens qui s’engagent indépendamment du camp qu’ils choisissent."

 

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