Pour éviter que les géants de l'e-commerce comme Temu, Shein et Ali Express puissent continuer à contourner la taxe de 2€ sur les petits colis en France en acheminant depuis le 1er mars ses marchandises en Belgique ou aux Pays-Bas, l’Union Européenne devrait mettre en place une taxe équivalente en novembre prochain. Sauf que les mastodontes chinois ont déjà trouvé la parade et anticipé l'acheminement de tous leurs produits via la construction d'entrepôts géants basés en Pologne.
Shein : une réorganisation logistique à l’échelle européenne
La mise en place d’une taxe de 2 euros sur les petits colis importés hors Union européenne visait à réguler l’afflux de produits issus du e-commerce international, en particulier ceux expédiés depuis la Chine. Cette mesure ciblait directement les plateformes d’ultra fast-fashion, dont les volumes d’expédition vers la France ont fortement augmenté ces dernières années. Mais quelques mois après son entrée en vigueur, les premiers constats montrent que son efficacité reste limitée. Les grandes plateformes concernées, comme Shein ou Temu, ont rapidement trouvé des solutions pour en atténuer l’impact.
Le principal levier utilisé par ces entreprises repose sur une transformation de leur chaîne logistique. Plutôt que d’expédier directement leurs produits depuis l’Asie vers la France, elles privilégient désormais des plateformes de stockage situées au sein de l’Union européenne. Cette stratégie permet de contourner la taxe, qui ne s’applique qu’aux colis provenant directement de pays hors UE. Une fois les marchandises importées en Europe, elles peuvent être redistribuées vers la France sans être soumises à cette taxation spécifique.
Dans ce contexte, la construction d’un entrepôt géant en Pologne illustre cette évolution. Ce site logistique, destiné à traiter des volumes importants de marchandises, doit permettre d’alimenter plus rapidement les marchés européens tout en réduisant les coûts liés à la nouvelle réglementation européenne qui arrive le 1er juillet 2026. "Je suis allé en Pologne pour voir de mes yeux la taille véritable de l'entrepôt Shein. Shein avait envoyé un communiqué de presse en décembre, célébrant un nouvel entrepôt totalement automatique. Mais comme j'ai l'habitude de voir Shein nous pipoter matin, midi et soir, je me suis dit : "quel est véritablement cet entrepôt ? est-ce qu'il fonctionne déjà ? et qu'est-ce qu'ils vont en faire ?". Et j'y suis allé. Je n'ai pas été déçu, à vrai dire", raconte au micro de Sud Radio Yann Rivoallan, président de la Fédération Française de Prêt à porter.
"Je n'avais jamais vu un entrepôt e-commerce de cette taille. Pour vous rendre compte, il fait cinq fois la taille des plus grands entrepôts Amazon. Donc, on a quelque chose de totalement gigantesque. Et c'est même totalement flippant parce qu'il n'y a aucune activité là-bas, à part quelques cadres qui rentrent et qui sortent, mais il n'y a aucun camion. On comprend bien que ces camions ne veulent se mettre en route qu'à partir du 1er juillet 2026, quand la taxe européenne va se mettre en place", poursuit Yann Rivoallan.
Une taxe qui manque sa cible
L’objectif initial de la taxe était double : limiter la concurrence jugée déloyale pour les acteurs européens et réduire l’impact environnemental des expéditions massives de petits colis. Cependant, en déplaçant leurs flux logistiques, les plateformes concernées continuent d’acheminer leurs produits en grande quantité, tout en échappant en partie à la taxation. Cette adaptation rapide met en lumière les limites d’un dispositif national face à des entreprises opérant à l’échelle mondiale.
Dans le modèle Shein, même le consommateur n'est pas gagnant, fait valoir Yann Rivoallan au micro de Sud Radio : "En seconde main, on va trouver des T-shirts en coton de bien meilleure qualité pour le même prix que sur le site de Shein. Sur Shein ils vont être en polyester, donc on va littéralement puer dedans. Et en plus, ils ne sont pas bons pour la santé. De ce fait, l'argument économique ne tient pas. On peut acheter en ligne sur Vinted ou chez Kiabi quand on va faire son plein par exemple. Heureusement qu'il y a des acteurs qui font les choses bien, qui proposent des prix normaux".
L'argument du pouvoir d'achat ne vaut pas non plus, rappelle Yann Rivoallan : "Le vrai consommateur de Shein, à moitié, c'est des cadres. Ce sont des personnes qui ont un pouvoir d'achat bien important. Un consommateur de Shein dépense deux fois plus par an (près de 400 euros) pour ses achats de mode qu'un consommateur classique de mode (200 euros). […] Le consommateur de Shein surconsomme de par le côté instantané et les fausses promotions qu'on peut y trouver".
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.