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Le Sénat sonne l'alerte sur la progression des discours masculinistes chez les jeunes

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Longtemps cantonné aux marges d'Internet, le masculinisme est désormais considéré comme un enjeu politique majeur. Dans un rapport inédit publié fin juin, le Sénat alerte sur la progression de ces mouvements et leur influence grandissante, notamment auprès des jeunes hommes.

Le Sénat sonne l'alerte sur la progression des discours masculinistes chez les jeunes

Fruit de huit mois de travaux et d'une centaine d'auditions, le document formule 24 recommandations pour mieux prévenir la diffusion de cette idéologie, largement portée par les réseaux sociaux, et ses formes les plus radicales, comme le mouvement des incels.

Masculinisme : le Sénat alerte sur un mouvement devenu un enjeu démocratique

Pour la première fois, le Sénat français consacre un rapport d'information entièrement au masculinisme. Intitulé "Mascus : la nouvelle offensive contre les femmes", ce document de plus de 250 pages, présenté par la délégation aux droits des femmes, estime que ces mouvements ne relèvent plus d'un simple phénomène marginal sur Internet mais constituent désormais un véritable projet politique, nourri par les réseaux sociaux et susceptible d'alimenter des processus de radicalisation. Les trois rapporteures, Béatrice Gosselin, Olivia Richard et Laurence Rossignol, y formulent 24 recommandations destinées à renforcer les politiques publiques de prévention, d'éducation et de régulation des plateformes numériques.

Parmi les communautés étudiées figurent notamment les "incels" – contraction de involuntary celibates ("célibataires involontaires") –, considérés comme la frange la plus radicale de la mouvance masculiniste. Ces groupes développent un discours selon lequel les femmes seraient responsables de leur échec sentimental et promeuvent, dans certains cas, des contenus glorifiant la violence misogyne. Le rapport souligne que plusieurs affaires récentes ont conduit les services français à considérer cette radicalisation comme un sujet de sécurité intérieure.

"Selon cette idéologie, les hommes souffrent, ils sont menacés, contestés dans leur place"

Au micro de Sud Radio, Laurence Rossignol, sénatrice socialiste et co-auteure du rapport, explique les raisons qui ont conduit la délégation à se saisir de cette question. "C'est la délégation Droits des femmes du Sénat qui a conduit cette mission d'information. On a travaillé pendant huit mois sur ce sujet. Quel a été le point de départ ? Nous, la délégation Droits des femmes, on élabore, on observe les politiques publiques favorables à l'égalité entre les femmes et les hommes, aux droits des femmes. Et aussi l'écosystème qui menacerait nos avancées. Et les masculinistes sont clairement identifiés comme étant les nouveaux antiféministes. Aussi loin que remontent les revendications et les progrès dans l'égalité entre les femmes et les hommes, il y a eu une réaction. Il y a eu des hommes qui ont critiqué - on se rappelle ce qu'ont subi les femmes qui défendaient le droit de vote pour les femmes. Elles étaient accusées de ne plus être des femmes, il y avait tout un mouvement avec des caricatures."

"On pense à l'avortement aussi. Et les derniers qu'on a clairement identifiés, ce sont les 'Pères sur les grues', c'est-à-dire ces hommes qui contestent le droit, après une séparation, pour leur ex de s'occuper des enfants. Alors que, le plus souvent, dans ces dossiers on trouve des faits de violences antérieures, ce qui a amené à la décision des juges. C'est toute une idéologie qui consiste à expliquer que les hommes souffrent, qu'il y a un mal-être des hommes, qu'ils sont menacés, contestés dans leur place. Et leur place étant la supériorité sur les femmes et la perpétuation de la domination masculine. Donc, c'est un mouvement de restauration de la hiérarchie des sexes et des privilèges des hommes sur les femmes", poursuit Laurence Rossignol à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Selon les rapporteures, la principale évolution réside dans la puissance de diffusion des contenus masculinistes grâce aux plateformes numériques. Des influenceurs mêlent conseils de développement personnel, culte de la performance physique, réussite financière et discours antiféministes, dans une stratégie susceptible de séduire un public jeune et parfois en situation de fragilité.

"La puissance de tir de ce mouvement est mondiale"

Comme l'explique Laurence Rossignol au micro de Sud Radio, "ce qui est un peu différent cette fois-ci, c'est que ce mouvement va au-delà du comptoir du PMU. Ce mouvement se propage par les plateformes et les réseaux sociaux. Donc, sa puissance de tir est mondiale. Elle concerne l'ensemble des démocraties, c'est-à-dire l'ensemble des pays qui laissent un accès libre à Internet et aux plateformes. Et il s'est particulièrement développé au cours des trois dernières années, en particulier depuis le deuxième mandat de Donald Trump".

"Ce qui fait aussi la force de ce mouvement, c'est que c'est un 'bar à salades' de masculinisme. C'est-à-dire que c'est une idéologie, un projet de société, mais des clés d'accès totalement variées et parfois même contradictoires dans la manière dont s'expriment les influenceurs sur les plateformes. Il y a d'abord l'exacerbation de la virilité. Le mascu a des muscles : il travaille ses muscles, et il les montre. Donc, on a tout un business qui part du développement personnel. L'idée étant assez simple : t'as pas de copine, ça va pas avec les femmes, c'est pas de ta faute, tu n'y es pour rien, c'est de la faute des féministes qu'ont rendu les femmes infréquentables, très exigeantes… On retrouve tous les poncifs de la misogynie", poursuit Laurence Rossignol.

Le rapport recommande notamment la mise en place d'une stratégie interministérielle dédiée, un meilleur suivi statistique du phénomène, un renforcement de la responsabilité des plateformes numériques face aux contenus misogynes et une meilleure sensibilisation des jeunes publics. Les sénatrices souhaitent également améliorer la détection des processus de radicalisation et renforcer la coopération entre les pouvoirs publics, les chercheurs et les associations spécialisées.

Une remise en cause des principes démocratiques

Pour Laurence Rossignol, cette progression du masculinisme s'inscrit dans un contexte plus large de remise en cause des principes démocratiques, "Aujourd'hui, sur la planète, se développent des discours antidémocratiques. Ils sont antidémocratiques dans la mesure où ils remettent en cause le fondement de l'égalité entre les êtres humains et les citoyens en propageant racisme, antisémitisme, homophobie, transphobie et misogynie", explique Laurence Rossignol au micro de Sud Radio.

En présentant ce premier rapport parlementaire consacré au sujet, le Sénat entend faire du masculinisme un objet de politique publique à part entière, estimant que la lutte contre ces réseaux ne relève plus uniquement de la modération des contenus en ligne mais également de la prévention, de l'éducation et de la protection des valeurs démocratiques.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.

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