Les autorités françaises mettent en garde contre une arnaque bien rodée, orchestrée via les réseaux sociaux. Déjà observé au Royaume-Uni, ce mode opératoire viserait désormais les jeunes Français, attirés par la promesse d’un voyage tous frais payés.
"On fait croire aux jeunes que c'est tout à fait légal"
Ce qui semblait être une opportunité de vacances à moindre coût s'est transformé en véritable cauchemar judiciaire. Depuis plusieurs jours, plusieurs jeunes Français sont incarcérés en Thaïlande pour trafic international de stupéfiants. Tous auraient accepté de transporter une valise remise sur place, en échange d'un séjour gratuit et parfois d'une rémunération. À leur arrivée à l'aéroport, les contrôles douaniers ont permis de découvrir plusieurs dizaines de kilos de cannabis dissimulés dans leurs bagages.
Selon les premiers éléments de l'enquête, les recruteurs approchent leurs victimes sur les réseaux sociaux, notamment via Telegram, Snapchat ou Instagram. Ils prennent le temps d'établir une relation de confiance avant de proposer un voyage présenté comme parfaitement légal. Les jeunes sont convaincus qu'ils rendent un simple service logistique en rapportant des marchandises ou des téléphones reconditionnés.
Au micro de Sud Radio, Maître Sarah Georgette, avocate spécialisée dans la cybercriminalité, décrit un mode opératoire particulièrement bien construit. "L'histoire commence bien en amont en France, sur les réseaux sociaux. Ils instaurent un climat de confiance dans des cercles proches, et on fait croire aux jeunes que c'est tout à fait légal, on leur fait miroiter de belles vacances. C'est comme ça que ça se passe. De notre point de vue, on se dit que les jeunes sont naïfs de croire que l'argent gratuit existe. Néanmoins, ça ne sort pas du chapeau : il y a un contexte de mise en confiance, il y a au moins une dizaine de jours qui passe, et c'est comma ça que la vigilance tombe."
"Les Britanniques sont devenus difficiles à recruter"
L'arnaque ne date pourtant pas d'hier. Comme l'explique Maître Sarah Georgette, elle est directement liée à l'évolution de la législation thaïlandaise sur le cannabis. "Cela a commencé en Thaïlande il y a un peu plus de quatre ans, quand la Thaïlande a commencé à retirer le cannabis de la liste des stupéfiants, créant un cadre légal chez elle, mais totalement interdit à l'exportation. Et c'est cette dichotomie dans laquelle les trafiquants se sont engouffrés."
"Nos amis britanniques l'avaient compris dès 2023-2024 avec une opération d'envergure, l'Opération Chao Phraya, qui a consisté à couper l'alimentation en cannabis depuis la Thaïlande vers le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni avait constaté qu'une cinquantaine de jeunes Britanniques avaient été recrutés sur Telegram avec les mêmes moyens : des vacances gratuites, de l'argent de poche, en échange de ramener une valise dont on ne connaît pas le contenu. Ce schéma est donc déjà bien connu outre-Manche. Mais les Britanniques sont devenus difficiles à recruter, et c'est pour cela que nous constatons désormais une séquence française", raconte l'avocate à l'antenne de Sud Radio.
En Thaïlande, les peines encourues pour trafic de stupéfiants sont particulièrement sévères
Les enquêteurs estiment que les recruteurs exploitent l'inexpérience de jeunes adultes qui ne mesurent pas les conséquences pénales de leurs actes. Certains affirment avoir sincèrement cru transporter du matériel électronique ou des effets personnels. Pourtant, en Thaïlande comme en Malaisie, les peines encourues pour trafic de stupéfiants sont particulièrement sévères. Les personnes interpellées risquent plusieurs années d'emprisonnement, voire davantage selon les quantités transportées et les qualifications retenues par la justice.
"Dans la tête de nos jeunes, des téléphones reconditionnés, c'est moins grave que du cannabis. Et, probablement qu'ils ont une vision très française de la peine pénale, qui est légère pour ce genre d'infraction. C'est beaucoup moins le cas en Thaïlande et en Malaisie", rappelle Maître Sarah Georgette au micro de Sud Radio.
Face à la multiplication des dossiers, les autorités françaises appellent à la plus grande vigilance. Les services diplomatiques rappellent qu'il ne faut jamais accepter de transporter une valise, un colis ou un objet confié par un tiers, même lorsque le voyage semble organisé par une personne de confiance ou présenté comme une simple contrepartie à des vacances gratuites. Les enquêteurs soulignent enfin que les trafiquants adaptent constamment leurs méthodes de recrutement, en ciblant désormais des profils toujours plus jeunes via les réseaux sociaux, faisant de la prévention un enjeu majeur.
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