258 600 pompiers ont été mobilisés pour contenir les flammes en Gironde, dans le Var, dans toute la France. Ces derniers ont été éprouvés par la lutte contre les flammes. Un thème est devenu récurrent pour les soldats du feu : le manque de moyens. 9 syndicats se mobilisent pour faire entendre leurs revendications. Ils sont attendus ce jour à leur ministère de tutelle : l'Intérieur. Au micro de Sud Radio, Guillaume Millet, sapeur-pompier en Gironde et secrétaire fédéral CFDT SDIS 33, présente les principaux problèmes et les revendications des pompiers.
« Une fenêtre médiatique pour alerter sur nos conditions de travail »
Vous avez constaté cette dégradation de vos conditions de travail cet été ?
« Oh, il n'y a pas que cet été. On dénonce effectivement une dégradation de nos conditions de travail depuis des années maintenant. C'est un fait. Nous dénonçons aujourd'hui, par rapport aux incendies de cet été, qui nous ont permis d'avoir une fenêtre médiatique et de pouvoir alerter sur nos conditions de travail », explique Guillaume Millet, sapeur-pompier, au micro de Jacques Cardoze.
« Ça fait des années qu'on dit qu'on fonce dans le mur, qu'on va droit dans le mur, que le modèle français de sécurité civile est à bout de souffle. Il a fallu que 40 000 hectares et 220 000 personnes soient déplacées en Gironde pour enfin mettre le doigt et faire ouvrir les yeux à nos autorités sur le fait que nous étions en danger dans notre profession », décrit le secrétaire fédéral CFDT SDIS 33 au micro de Sud Radio.
Vous avez lutté contre les flammes avec des masques FFP2, FFP3, est-ce vrai ?
« Tout à fait. Ce qui est incroyable, c'est qu'on puisse déjà s'imaginer qu'on puisse aller au contact d'incendie avec des masques FFP2 ou FFP3. En fait, un masque FFP2 ou FFP3, ce n'est que du papier. Donc je vous laisse imaginer ce que ça fait quand vous approchez trop près des flammes. Donc déjà, ce n'est pas du matériel adapté. Sur le marché actuellement, il existe une cagoule qui a été mise sur le marché, qui protège au moins entre les micro-particules, les particules fines liées aux incendies de forêt, que les services départementaux d'incendie et de secours ont le choix d'acheter ou non », pointe le sapeur-pompier au micro de Sud Radio.
« Mais au vu du prix, ils ont des choix à faire. Donc le choix n'est certainement pas prioritaire sur cette protection qu'est la cagoule. Cette nouvelle cagoule qui filtre 90 % des particules fines contre 0 % sur l'actuel, en fait. Donc on s'équipe de masques FFP2, FFP3, mais pour avoir une protection optimale au niveau de la respiration, il faudrait changer ce masque toutes les quatre heures à peu près », réagit le représentant syndical.
« Le sapeur-pompier professionnel, c'est sa profession, c'est son métier »
Au niveau des effectifs, vous dites qu'il y a un manque de sapeurs-pompiers professionnels, quelle est la réalité ?
« En fait, ce qui se passe aujourd'hui, il est évident qu'on n'est pas là pour tenir un espèce de clivage ou une fausse réalité. On a besoin des sapeurs-pompiers volontaires dans notre modèle de sécurité civile. Aujourd'hui, le fait est là, ils sont 200 000 environ et les sapeurs-pompiers professionnels sont 44 000. Aujourd'hui, on a l'impression que le sapeur-pompier professionnel est en appui du sapeur-pompier volontaire. Le sapeur-pompier professionnel, c'est sa profession, c'est son métier », explique le représentant CFDT du SDIS 33 au micro de Sud Radio.
« Il doit être là quand il faut, et le sapeur-pompier volontaire doit venir en appui, et pas l'inverse. Aujourd'hui, le sapeur-pompier volontaire est devenu la variable d'ajustement des établissements. C'est-à-dire que quand il manque un professionnel pour une raison X ou Y à la garde, on va chercher un pompier volontaire. Le pompier volontaire, c'est quelqu'un qui est engagé de façon civique, qui perçoit une vacation lorsqu'il se positionne disponible ou qu'il est en intervention. Mais il ne faut pas oublier qu'il a un métier à côté, qu'il est étudiant, ou qu'il a des occupations, une famille, qu'il a des week-ends, qu'il a des nuits aussi sur lesquelles il doit pouvoir se reposer. Aujourd'hui, on utilise et on sur-utilise tellement le sapeur-pompier volontaire qu'on dégoûte les gens », pointe le sapeur-pompier.
« Il y a des crises de vocations. Quand on dit qu'il faut chercher 50 000 sapeurs-pompiers volontaires de plus, oui, c'est très bien, mais 50 000 pompiers volontaires de plus, il faut les former, ça demande du temps. Les gens ont besoin aussi du temps pour eux. C'est pour ça que nous, de notre côté, syndicat de sapeurs-pompiers professionnels, on revendique et on demande l'embauche d'emplois statutaires de sapeurs-pompiers professionnels. »
« Ça fait déjà dix ans qu'on tire la sonnette d'alarme »
Selon vous, Guillaume Millet, il manque combien de pompiers volontaires ?
« C'est une fourchette assez variable selon les départements, mais il faudrait, dans le meilleur des mondes, quasiment 20 000 pompiers professionnels supplémentaires », estime Guillaume Millet.
« Ça fait déjà dix ans qu'on tire la sonnette d'alarme. Et des ministres de l'Intérieur, on en a vu passer, des directeurs généraux de la Sécurité civile, on en a vu passer. On tire la sonnette d'alarme et, malheureusement, il faut attendre qu'il y ait une fenêtre médiatique qui s'ouvre sur nous à cause de grands incendies qui se sont passés en Gironde, dans le Var ou ailleurs en France, pour pouvoir se faire entendre et attirer l'opinion publique », confie le représentant syndical au micro de Sud Radio.
Serez-vous présent lors du cortège du 29 septembre avec la fonction publique si rien ne bouge ?
« De toute façon, le 29 septembre, c'est un mouvement interprofessionnel des fonctions publiques, effectivement, et il ne faut pas oublier que les sapeurs-pompiers de France sont des fonctionnaires territoriaux. Donc il va de soi que certains d'entre nous seront dans le cortège du 29 septembre », conclut le sapeur-pompier.