Objectif affiché : améliorer des performances de recyclage encore insuffisantes et réduire la facture environnementale et financière liée aux déchets plastiques.
Vers le retour de la consigne sur les bouteilles en plastique
La France va-t-elle franchir un cap dans sa gestion des déchets plastiques ? Le chef de l’État a récemment demandé au gouvernement d’engager une concertation sur le recyclage du plastique, incluant la mise en place d’un système de consigne pour les bouteilles. Cette piste, déjà adoptée dans plusieurs pays européens, revient au cœur des discussions dans un contexte de pression réglementaire et budgétaire croissante.
Aujourd’hui, les performances françaises en matière de recyclage restent en retrait. "Aujourd'hui, on a 55% des bouteilles d'eau en PET qui sont collectés et recyclés. On peut dire : '55%, c'est pas mal !'. L'Allemagne, ils sont à 90%. La plupart des pays européens qui ont mis en place la consigne dépassent les 80-90%", explique au micro de Sud Radio Joseph Tayefeh, secrétaire général de Plastalliance. Cet écart nourrit l’idée que la consigne pourrait constituer un levier efficace pour améliorer les taux de collecte.
Le principe est simple : le consommateur paie un dépôt lors de l’achat, qu’il récupère en rapportant l’emballage vide. Un système qui incite au retour des bouteilles et limite leur dispersion dans la nature ou leur enfouissement.
Une pression économique et européenne accrue
Au-delà de l’enjeu environnemental, la question est aussi financière. La France doit déjà s’acquitter d’une contribution importante auprès de l’Union européenne en raison de ses déchets plastiques non recyclés. "[Le 1,5 milliard d'euros d'amende que la France paie à l'Union européenne], ce n'est pas dû juste à ce type d'emballage. Mais c'est sûr qu'avec la consigne, on récupérerait 200-300 millions d'euros. Il y a une réglementation qui prévoit que les États membres devront payer 800 euros la tonne d'emballages plastiques non recyclés. Donc, au final, moins vous recyclez, plus vous payez. D'ailleurs, l'Allemagne produit deux fois et demi de plus de plastique que nous - elle paye moins que nous, parce qu'elle recycle 50% de ses emballages", poursuit Joseph Tayefeh à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Dans ce contexte, améliorer la collecte apparaît comme une nécessité économique autant qu’écologique. Plusieurs pays européens ont déjà fait ce choix, avec des résultats significatifs.
L’enfouissement, un modèle contesté
En France, une part importante des déchets plastiques finit encore enfouie. Une situation de plus en plus critiquée. "Il faut savoir que la Belgique, les Pays-Bas, l'Autriche, la Norvège, la Suisse ont arrêté l'enfouissement des emballages plastiques. C'est-à-dire que soit il y a le recyclage, soit il y a de l'incinération pour faire de l'énergie. L'Allemagne, c'est 50-50. En France, on est à peu près aux alentours de 25, 26% des emballages plastiques qui sont mis en enfouissement. On vous dit que le plastique serait un polluant, mais ça ne dérange pas de le mettre sous terre. Il y a quand même quelque chose d'un peu paradoxal d'un point de vue mental. Et en plus, ça ne rapporte rien de mettre quelque chose sous terre", explique Joseph Tayefeh sur Sud Radio.
Derrière cette pratique, des intérêts économiques existent. "L'enfouissement, c'est rentable pour les gestionnaires de déchets. Vous avez des entreprises qui ont des activités d'enfouissement. C'est des grandes compagnies qui sont connues et qui se présentent comme étant des entreprises environnementales…mais qui, à côté, ont des activités soit de décharge et d'enfouissement, soit d'incinération. L'enfouissement est est extrêmement rentable aujourd'hui !"
Une transformation industrielle à engager
La mise en place d’une consigne ne suffirait toutefois pas à elle seule. Elle pose aussi la question des capacités industrielles de recyclage en France. "Les pots de yaourt en polystyrène sont aujourd'hui envoyés en recyclage en Belgique et en Espagne. Et pourtant, on peut les recycler. On a la technologie, mais il faut la volonté de vouloir créer des usines pour ça", rappelle Joseph Tayefeh.
Le chantier s’annonce donc vaste : modernisation des infrastructures, adaptation des filières et concertation avec les acteurs économiques. Le gouvernement devra également arbitrer entre les différents modèles existants et convaincre les collectivités, parfois réticentes à voir évoluer leur rôle dans la gestion des déchets.
Alors que la consommation de plastique reste élevée, la consigne pourrait marquer un tournant dans la politique environnementale française. Mais sa mise en œuvre dépendra d’un équilibre délicat entre efficacité écologique, acceptabilité sociale et faisabilité économique.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.