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Voitures "empalées" : les bornes escamotables au cœur de la polémique

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - À Bordeaux, les bornes escamotables destinées à protéger les zones piétonnes provoquent une série d’accidents spectaculaires, révélant les tensions croissantes autour de la place de la voiture en centre-ville.

Voitures "empalées" : les bornes escamotables au cœur de la polémique

Derrière ces incidents à répétition, c’est tout l’équilibre entre mobilités douces, accessibilité et activité économique qui est aujourd’hui remis en question.

À Bordeaux, les bornes piétonnes transforment la circulation en parcours à risque

La scène peut sembler improbable, mais elle est devenue familière dans certaines rues du centre de Bordeaux : une voiture immobilisée, littéralement empalée sur une borne escamotable. Ces dispositifs, installés pour réguler l’accès aux zones piétonnes, sont au cœur d’un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Pas moins de 1.839 accidents impliquant ces bornes ont été recensés en un an. Un chiffre qui témoigne de l’ampleur du problème et de la fréquence de ces incidents, souvent coûteux pour les automobilistes.

Le fonctionnement de ces bornes est pourtant simple en apparence : elles s’abaissent pour laisser passer les véhicules autorisés, notamment les riverains, puis se relèvent immédiatement après leur passage. Mais dans la pratique, la situation se complique. De nombreux conducteurs, souvent des professionnels de passage — livreurs, artisans ou chauffeurs — s’engouffrent derrière un véhicule autorisé, pensant pouvoir franchir à leur tour l’accès. La borne remonte alors et percute le véhicule.

Ce système, conçu pour empêcher les passages "en file indienne", se révèle particulièrement strict. Contrairement à d’autres villes où les bornes restent abaissées quelques secondes supplémentaires, celles de Bordeaux se relèvent rapidement, réduisant considérablement la marge d’erreur. Résultat : des dégâts matériels fréquents, notamment sur les bas de caisse, et des automobilistes pris au piège d’une signalisation parfois jugée insuffisante.

Une ville transformée, des usages bousculés

Ces incidents s’inscrivent dans un contexte plus large de transformation urbaine. Sous la précédente mandature municipale, la surface des zones piétonnes à Bordeaux est passée de 172 à 270 hectares. Une évolution significative qui s’accompagne d’une volonté affirmée de réduire la place de la voiture en centre-ville.

Si cette politique répond à des objectifs environnementaux et de qualité de vie — réduction de la pollution, apaisement des espaces publics — elle soulève aussi des difficultés concrètes pour certains usagers. Les professionnels, notamment, dénoncent une complexité croissante des plans de circulation, régulièrement modifiés et difficiles à appréhender pour les non-résidents.

Dans ce contexte, les critiques se multiplient. "Personne n'est opposé au fait qu'il faille absolument réserver plus d'espace pour les piétons. Personne n'est opposé au fait qu'il faut développer l'usage du vélo. Mais tout cela ne doit pas se faire dans l'opposition. C'est ça qui me gêne dans la plupart des villes aujourd'hui : c'est que les villes ont politisé le débat pour faire de la voiture un ennemi politique. Or, ce n'est pas ça qu'il faut faire. Quand ça coûte 50 euros par jour de juste stationner son véhicule… On rajoute à ça les taxes sur le carburant, on arrive à une facture qui est juste impossible et intenable pour les usagers", estime au micro de Sud Radio Pierre Chasseray, délégué général de 40 millions d’automobilistes.

Au-delà du coût, c’est aussi la sécurité juridique qui interroge. En cas d’accident avec une borne, les recours existent mais restent complexes. "Il faut avoir beaucoup de chance pour pouvoir conduire une opération de recours contre une ville. Déjà, vérifiez vos contrats d'assurance. Regardez si vous bénéficiez de la protection juridique. On veut toujours en faire l'économie, mais quand on a un pépin, la protection juridique, c'est exceptionnel. Quelquefois, on l'a avec notre carte bleue. Vérifiez bien, il faut que vous ayez cette assurance. Avec la protection juridique, vous allez pouvoir l'emporter contre une ville si vous justifiez de votre bonne foi", rappelle Pierre Chasseray à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Une fracture autour de la place de la voiture

Ces accidents illustrent un débat plus large sur la place de l’automobile dans les centres urbains. Entre zones piétonnes, restrictions de circulation et politiques environnementales, les automobilistes se sentent de plus en plus contraints. "Et voilà aussi la raison pour laquelle beaucoup d'usagers en France s'équipent de petites caméras dans la voiture, ce qu'on appelle les dashcams. Pourquoi? Parce que entre les probabilités d'accident, avec des cyclistes qui ne respectent pas, pour leur plupart, les feux tricolores… Entre les probabilités de délit de fuite d'automobilistes qui ne sont plus assurés et qu'ont plus de permis… Entre la probabilité d'être victime d'une infrastructure routière mal pensé… vous aurez besoin de preuves. Et c'est vrai que ce genre de petit ou ou outil, c'est vrai que c'est contraignant, mais ça peut sauver des dossiers", conseille encore Pierre Chasseray au micro de Sud Radio.

En parallèle, le débat national sur les zones à faibles émissions (ZFE), récemment supprimées par voie législative mais contestées devant le Conseil constitutionnel, montre que la question dépasse largement le cadre bordelais.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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