Michel Onfray : "Les représentants du peuple votent contre le peuple"

Michel Onfray, philosophe et fondateur de la revue Front Populaire, était l’invité de “Bercoff dans tous ses états".

Michel Onfray
Michel Onfray, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

"Je n’avais pas songé à Brecht. On peut imaginer que le peuple est un grand tout. Un révolutionnaire avait dit qu’il regrettait que le peuple n’ait pas qu’une seule tête pour pouvoir la décapiter d’un seul coup. Bertolt Brecht pense que le peuple est une entité et que l’on peut en changer si on n’est pas content", explique Michel Onfray. "Précisément, je pensais à Macron et plus généralement à tous les macronistes d’avant Macron, c’est ce que j’appelle les Maastrichtiens. Ils ont toujours estimé que si on sollicitait le peuple, c’était pour obtenir la bénédiction du peuple, l’assentiment du peuple".

"Quand le peuple ne donnait pas son assentiment, alors on disait que le peuple était en trop. En 2005, on sollicite le peuple pour le traité européen, pour demander le plein pouvoir au libéralisme. Le peuple dit ‘non, ça suffit. vous nous avez vendu en 92 pendant le traité de Maastricht en nous expliquant qu’il serait l’origine du paradis sur terre. Un quart de siècle plus tard, ce n'est pas le paradis, donc on ne veut pas de votre paradis. Changez de paradis’. Toute la classe politique, c’est-à-dire les socialistes, les néo-gaullistes ont fini par dire qu’ils allaient voter contre le peuple", rappelle le philosophe. "Souvenez-vous, le traité de Lisbonne ce sont les représentants du peuple qui votent contre le peuple".

 

Législatives : "50% des Français ne sont pas allés voter"

"Dans la cohorte de journaux qui ont traité les gens qui votaient non de crétins, il y avait également Charlie Hebdo. Je me souviens que j’étais lecteur de ce journal à cette époque, il y avait un éditorial intitulé ‘Nationaux et socialistes’. Les gens qui ont voté contre Maastricht en 92 étaient des nazis, ceux qui ont voté contre le traité européen en 2005 étaient des nazis et encore aujourd’hui, quand on s’oppose à la politique de Macron ou des libéraux on est aussi et encore des nazis. Sauf que maintenant c’est tout le monde qui traite tout le monde de nazis", juge Michel Onfray. "De fait, on n’a pas le soucis du peuple, on n’a pas le soucis de ce que demandent les gens".

"Sur tous les plateaux de télévisions, quand il a fallu commenter les résultats des législatives, on nous a fait savoir que la grande information c’était qu’il y avait désormais trois blocs. Mais en vrai, il y a quatre blocs. Il y a un bloc de gens, d’ailleurs majoritaire, c’est le bloc des gens qui n’ont pas voté", explique-t-il au micro de Sud Radio. "50% des Français ne sont pas allés voter. Si vous ajoutez ceux qui militent contre cet espèce de jeu parce qu’ils ne croient plus au jeu prétendument démocratique, vous vous apercevez qu’il y a dix millions de personnes en plus qui ne sont pas inscrites".

 

Remaniement : les partis politiques "font tous semblant de ne pas s'entendre", juge Michel Onfray

"Dans le remaniement, il n’y a que des gens qui défendent le projet Maastrichtien. On va en prendre un chez Edouard Philippe, on en prend un chez François Bayrou, un de chez Olivier Faure. Mais les socialistes ont vraiment trouvé une vraie occasion de laisser croire qu’ils sont de gauche et qu’ils s’opposent à Macron. Macron défend le projet de bien des socialistes".

"Il était chez Hollande. Il n'y a pas une différence de l’épaisseur d’une feuille de cigarette entre la pensée d’Olivier Faure et celle de Macron. C’est à peu près la même pensée que celle de Christian Jacob. Ils font tous semblant de ne pas s’entendre. Ce que dit ce gouvernement, c’est qu’il n’y a ni représentant du Rassemblement national, ni de représentant de la France Insoumise, ni de représentant d’une certaine manière de ceux qui pourraient être des abstentionnistes", déclare Michel Onfray.

 

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