Ghaleb Bencheikh : "Les personnes marginalisées se réfugient dans une autre identité"

Aux personnes qui prônent la violence, la meilleure réponse est d'opposer un discours alternatif et appuyer sur la connaissance de la complexité des choses, estime Ghaleb Bencheikh, président de la Fondation de l’islam de France. Il était l'invité de "Bercoff dans tous ses états".

Ghaleb Bencheikh
Ghaleb Bencheikh, invité d’André Bercoff dans "Bercoff dans tous ses états” sur Sud Radio.

Selon Ghaleb Bencheikh, c'est parce que notre pays compte des individus prolétarisés, ghettoïsés, marginalisés et défavorisés qu'ils sont susceptibles d'être réceptifs à des discours violents.

 

Ghaleb Bencheikh : "Nous sommes pris entre les deux mâchoires d’une tenaille"

Que peut-on répondre aux islamophobes ? "Mettre de la nuance, de la raison, de la froideur d’esprit, de la distanciation et une volonté réelle d’aplanir les difficultés. D’abord voir chez soi les manquements, se mettre en question. Et, a fortiori, dans notre monde qui est devenu clivant, hystérisant, obsédant, épineux dans les enjeux nationaux et internationaux. D’aucuns parlent d’une tenaille identitaire. Et nous sommes pris entre les deux mâchoires d’une tenaille : ceux qui disent, notamment en France : 'pourquoi sommes-nous les mal-aimés, les rejetés ?'À chaque fois qu’on parle de nos propres traditions il y a un synonyme d’épouvante, d’obscurantisme, de terreur, d’archaïsme ?'. Et d’autre part, ça devient une blessure française qui fracture la Nation, la présence de ceux qui sont perçus comme des étrangers et des terroristes en puissance", a répondu Ghaleb Bencheikh.

"Le meilleur moyen de déjouer les crispations identitaires est la connaissance"

Comment agir contre les personnes qui n’ont pas compris l’islam et deviennent violents ? Pour Ghaleb Bencheikh, "c’est un moteur à quatre temps. Une riposte sécuritaire et de renseignement. Et nous sommes les premiers à condamner, dénoncer, fustiger les individus violents. Et rien ne les justifie, aucune cause, aussi noble soit-elle, et encore moins au nom du sacré, du divin. Mais la riposte sécuritaire seule n’est pas suffisante. Il y a ensuite ce que certains appellent un contre-discours. Je n’aime pas beaucoup l’appellation car cela sous-entend qu’il y a une propagande à laquelle on oppose une autre propagande. Ce n’est pas probant, et ce n’est pas efficace. Nous parlons d’un discours alternatif et d’une connaissance de la complexité des choses. Le troisième temps, c’est la réponse éducative, culturelle. Il n’y a pas meilleure approche pour déjouer les crispations identitaires que par la connaissance et l’éducation."

"Les personnes qui se sentent discriminées, brocardées, rejetées, se réfugient dans une autre identité"

Comment expliquer qu'une pognée de Français qui se réclament de l'islam recourent à la violence ? "Nous ne reconnaissons qu’une seule communauté nationale avec un destin commun, au sein de laquelle il y a des France, d’autres composantes et communautés. En ce qui concerne la composante islamique de la Nation, elle a en son sein, avec tout le respect que je leur dois en tant qu’êtres humains, des hommes et des femmes prolétarisés, ghettoïsés, marginalisés, défavorisés etc. Et parce qu’ils se sentent, à tort ou à raison, discriminés, brocardés, rejetés, ils se réfugient dans une autre identité, perçue comme étant supranationale, et au-dessus de l’identité française, l’appartenance à cette fameuse umma fantasmée ou réelle, avec un discours qui prend facilement, de type islamiste. On leur dit : 'ta vie ici-bas est ratée ou paraît l’être. Mais ne rate pas celle qu’il y a au-delà. Tu devras donc redorer ton blason avec les armes, et surtout m’écouter parce que je connais mieux que toi les préceptes'. Ce discours a pu prendre auprès d’une jeunesse fragile d’esprit et surtout d’une grande indigence intellectuelle", a répondu Ghaleb Bencheikh.

 

À lire aussi :

Cliquez ici pour écouter l’invité d’André Bercoff dans son intégralité en podcast.

Retrouvez “Le face à face” d’André Bercoff chaque jour à 12h30 dans "Bercoff dans tous ses états" Sud Radio.