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Violences dans le périscolaire: au Sénat, des parents dénoncent un "système qui tient par le silence"

"La famille alerte, l’institution minimise ou se tait, l’agent reste en poste ou change d’école": des associations ont dénoncé mercredi au Sénat "un système qui tient par le silence" dans les affaires de violences, notamment sexuelles, dans le périscolaire.

Bertrand GUAY - AFP/Archives

"La famille alerte, l’institution minimise ou se tait, l’agent reste en poste ou change d’école": des associations ont dénoncé mercredi au Sénat "un système qui tient par le silence" dans les affaires de violences, notamment sexuelles, dans le périscolaire.

Les associations de parents SOS Périscolaire et MeTooEcole étaient auditionnées par la mission d'information du Sénat sur les violences dans le périscolaire qui a ouvert ses travaux mercredi.

Un des objectifs est de "dresser à l'échelle nationale une cartographie des violences pour en quantifier l’ampleur réelle", selon sa rapporteure, la sénatrice LR de Paris Agnès Evren.

SOS Périscolaire affirme avoir été contacté par "plus de 530 familles issues de plus de 70 départements et de 16 régions".

Le collectif a été créé en 2021 par des parents confrontés à ces situations à Paris, où le Parquet a ouvert des enquêtes sur 84 écoles maternelles, une vingtaine d'élémentaires et une dizaine de crèches. Depuis le début de l'année, 132 animateurs y ont été suspendus.

Elisabeth Guthmann, cofondatrice du collectif SOS Périscolaire, parle à la presse au tribunal de Paris, le 5 mai 2026, en amont du procès pour agression sexuelle visant un animateur périscolaire d'une école primaire

Elisabeth Guthmann, cofondatrice du collectif SOS Périscolaire, parle à la presse au tribunal de Paris, le 5 mai 2026, en amont du procès pour agression sexuelle visant un animateur périscolaire d'une école primaire

Kenzo TRIBOUILLARD - AFP/Archives

Six signalements sur dix font état de violences psychologiques, un sur trois de violences physiques et un sur cinq de violences sexuelles, a précisé sa cofondatrice Elisabeth Guthmann.

Soixante-quinze familles sont accompagnées en justice par l’association, la plupart pour viols et agressions sexuelles sur des enfants de 3 à 6 ans, selon Mme Guthmann.

MeTooEcole, créée en novembre 2025 par des parents, a rapporté que 40% des violences sexuelles sur mineurs se passent à l'école ou dans le périscolaire, mais cette partie est "mal mesurée" et reste "sous-évaluée".

Les associations décrivent une mécanique récurrente. "La famille alerte, l’institution minimise ou se tait, l’agent reste en poste ou change d’école pour continuer ailleurs", résume SOS Périscolaire.

- "Menteur" -

Selon ces témoignages, les institutions se renvoient la responsabilité. L'école invoque la compétence de la commune sur le temps périscolaire, et celle-ci renvoie vers la justice et "ne veut rien dire".

"Trop souvent, les familles ne savent même pas qu’un adulte mis en cause a eu leur enfant en charge, au nom du secret de l’enquête", ajoute SOS Périscolaire. Et leur enfant victime n'est pas entendu à temps.

Le collectif dénonce "un système qui tient par le silence". "L'enfant qui parle" est traité de "menteur", depuis l'animateur "jusqu'au commissariat (...) et parfois jusqu'au tribunal".

"Dans certaines communes, et même à Paris, cela va jusqu'à menacer de plaintes en diffamation le parent ou le collègue qui ose alerter", a dénoncé Mme Guthmann.

La loi oblige autorités et fonctionnaires (maire, directeur d’école) à signaler tout crime ou délit au procureur.

La loi oblige autorités et fonctionnaires (maire, directeur d’école) à signaler tout crime ou délit au procureur. "Ce n’est pas du tout appliqué, y compris à Paris jusqu’à récemment", affirme SOS Périscolaire

Julie SEBADELHA - AFP/Archives

La loi oblige autorités et fonctionnaires (maire, directeur d’école) à signaler tout crime ou délit au procureur. "Ce n’est pas du tout appliqué, y compris à Paris jusqu’à récemment", affirme SOS Périscolaire.

L'avocate Nathalie Bucquet, pour Innocence en danger, saisie depuis 2018 dans des dossiers liés au périscolaire parisien, a signalé un "manque de moyens" dans certains départements, notamment à Paris, pour pousser les investigations et identifier toutes les victimes d'un prédateur.

MeTooEcole retrouve "toujours les mêmes barrières qui faillent": "la prévention, le recrutement, le contrôle, le signalement, la protection immédiate". C'est un "problème systémique, une chaîne de protection qui ne tient pas", a dénoncé Barka Zerouali cofondatrice de MeTooEcole.

SOS Périscolaire a critiqué des méthodes pour auditionner les enfants, citant l'exemple d'une école à Colombes (Hauts-de-Seine). Après la plainte d'une famille, "90 enfants ont été entendus en qualité de témoins en une après-midi par deux officiers en civil, dans l’école", a expliqué Anne, cofondatrice de l'association, qui veut conserver l'anonymat.

Un enfant s’est révélé être une victime potentielle. Mais les enquêteurs ont considéré qu’il avait "déjà été entendu" alors qu'il aurait dû bénéficier d'une audition enregistrée, suivant un protocole adapté aux enfants victimes, rapporte-t-elle, ajoutant que beaucoup de familles ont fait état d'expériences similaires.

L'association dénonce des "auditions à la sauvage", qui n'ont pas été filmées, et "sans que les parents soient avertis".

Pour les familles, qui supportent frais de justice et soins psychologiques, les conséquences sont lourdes.

Certaines doivent changer d’école, de travail. "Ce sont les enfants qui partent, pas les animateurs" mis en cause, ont déploré les associations.

Par Catherine FAY-DE-LESTRAC / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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