Dans le secteur du logement, "Nous crevons de la procédure administrative" : au micro de Sud Radio, Vincent Jeanbrun a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"On peut aussi décider de démolir parce que ça crée des impasses, des zones d’insécurité"
Jean-François Achilli : "Vous lancez un plan choc contre la crise du logement : passoires thermiques, rénovation urbaine, incitations fiscales. À un an de la présidentielle, la loi sera votée au mieux quand la campagne aura démarré. Pourquoi avoir attendu si tard pour prendre des décisions aussi lourdes, qui ne seront peut-être pas celles du prochain président ?"
Vincent Jeanbrun : "Je pense que tous ceux qui se présentent à l’élection présidentielle doivent prendre en compte cette crise du logement qui frappe durement nos concitoyens. Ce que nous mettons en place avec ce plan, c’est un projet de loi très complet. J’ai été nommé il y a six mois et, avec le Premier ministre, nous avons décidé de faire face à cette crise et de proposer un projet de loi complet, à 360°, qui permet de répondre au maximum aux enjeux : produire mieux, plus, faire en sorte de ne pas enlever du marché les passoires thermiques mais au contraire d’accélérer leur rénovation, et penser aussi sur le long terme avec de la rénovation urbaine. Parce qu’en fait, quand on parle du logement, on parle des gens. Certains disent que c’est un ministère très technique, mais en réalité on parle d’humain. Ce sont des Français qui ont du mal à se loger, voire qui ne se logent pas du tout, voire qui sont dans des conditions précaires."
Un troisième volet de l’ANRU a été annoncé, notamment sur les quartiers, la lutte contre les trafics et l’adaptation au changement climatique. Concrètement, ça veut dire quoi ?
"Ça veut dire qu’il y a déjà eu deux volets. On dit parfois qu’on a dépensé trop de milliards dans les quartiers. Moi, je veux battre ça en brèche. L’Agence nationale de rénovation urbaine, c’est Jean-Louis Borloo qui l’a portée, avec l’idée qu’il fallait transformer ces grands ensembles d’après-guerre. L’ANRU est financée à très faible part par l’État, environ 10 %, le reste ce sont les bailleurs sociaux, Action Logement, ce qu’on appelait le 1 % patronal, avec les partenaires sociaux, et la Caisse des dépôts. Ça montre qu’il y a un intérêt à bien loger les Français. Oui, c’est beaucoup d’argent, mais ça transforme vraiment la vie des gens. Et aujourd’hui, on doit adapter l’outil. Avant, on démolissait des bâtiments en fonction de leur état. Maintenant, on peut aussi décider de démolir parce que ça crée des impasses, des zones d’insécurité, qui favorisent le narcotrafic. Et on ouvre aussi ces programmes aux villes moyennes, aux sous-préfectures."
Il y a donc une dimension sécuritaire ?
"Bien sûr. Moi, j’ai connu des émeutes très violentes dans ma commune. La sécurité est fondamentale. Il faut mettre des moyens, des forces de l’ordre, une justice plus efficace. Mais il ne faut pas opposer les solutions. Il faut des opérations de court terme, comme les opérations “place nette”, qui sont utiles. Mais on voit bien que ça revient. Donc il faut aussi des solutions de long terme. La rénovation urbaine, casser les quartiers ghettos, c’est essentiel pour les 5 à 6 millions de Français qui y vivent. Il faut marcher sur les deux jambes : l’ordre et l’espoir."
🏠Méthode Notre-Dame
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Sur le logement social, le maire va pouvoir choisir en partie l’attribution des logements sociaux, qui est dévolue au préfet d’habitude. Est-ce que c’est un retour ? Certains disent que c’est du clientélisme.
"Il faut évidemment éviter le clientélisme, mais il faut aussi inciter les maires à avoir envie d’apporter du logement social dans leur commune et d’augmenter l’acceptabilité des concitoyens. On a pas mal d’exemples où des maires disent : “Nous, on a fait le pari du logement social, on sort un bâtiment dans la commune et finalement il n’y a pas un habitant de la commune qui a pu habiter dedans.” C’est dommage. Le maire a des entrepreneurs qui lui disent : “Moi, j’ai besoin de loger mon apprenti boulanger ou mon infirmière qui vient travailler à l’EHPAD”, et il n’a aucun moyen d’agir là-dessus. Donc l’idée, c’est que le maire ne soit pas dans une situation où il choisit madame untel dans l’appartement 12 au deuxième étage, mais qu’il vienne critériser, produire une liste. Ça, c’est ce que j’appelle le choc de confiance entre les élus et les bailleurs sociaux."
DPE F ou G : "On a un enjeu de permettre de continuer à louer ces logements"
Sur les passoires thermiques que vous avez évoquées, c’est un retour en arrière ? On pourra maintenant louer du F ou du G, c’est le classement DPE.
"Ce n’est pas un retour en arrière, c’est du pragmatisme. D’abord, si on prend le contexte, on a annoncé un plan ambitieux de production de 2 millions de logements d’ici 2030. Si d’une main vous produisez 2 millions de logements et que vous en enlevez 700 000 du marché en même temps, ce n’est pas comme ça qu’on résout la crise du logement. On a un enjeu de permettre de continuer à louer ces logements. En revanche, on ne renonce pas à l’ambition écologique. L’idée, c’est d’avoir un contrat avec le propriétaire, un contrat de confiance. Vous avez de toute façon l’obligation de produire le diagnostic de performance énergétique, le fameux DPE. Donc il y a une lettre, F ou G, on la connaît déjà. L’idée, c’est que sous trois ans pour les habitats individuels et sous cinq ans pour les habitats collectifs — c’est toujours un peu plus long dans un immeuble — il y ait une lettre conforme à la législation. L’ADEME a toutes ces données. C’est un assouplissement de ce qui avait été décidé de façon un peu verticale auparavant. Il faut donner les moyens aux propriétaires de le faire, notamment ceux qui sont âgés et qui n’ont pas un recours facile à l’emprunt bancaire."
Ce serait une mise en route immédiate après le vote de la loi. Vous le prévoyez pour quand ?
"Le texte va être présenté avant l’été au Sénat, peut-être à l’Assemblée dans la foulée. Au plus tard à l’automne, on doit avoir voté ce dispositif pour que tout s’applique au 1er janvier 2027."
🏠Remise à la location des passoires thermiques
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Vous avez aussi décrété une sorte de “Notre-Dame de la construction”, les Jeux olympiques du logement. Vous vous affranchissez de certains règlements ?
"Exactement. Les Jeux olympiques, on les réussit parce qu’on écrase les procédures administratives. Aujourd’hui, la plupart des projets prennent 8 à 10 ans. Construire le bâtiment physiquement, c’est entre 2 et 2 ans et demi. Tout le reste, c’est de la procédure administrative. Donc il faut simplifier. On propose des opérations d’intérêt local : le maire fait la demande, présente son dossier au préfet, le préfet justifie l’intérêt général et, là, procédure accélérée. On gagne 2, peut-être 4 ans sur certaines opérations. Ça permet d’aller beaucoup plus vite sur les changements de réglementation, le plan local d’urbanisme, et ça limite aussi les recours abusifs."
"La candidature de monsieur Retailleau est légitime"
Et en fin de quinquennat, ou en tout cas pendant la campagne présidentielle qui arrive, Vincent Jeanbrun, vous allez faire la campagne de Bruno Retailleau, puisque vous êtes toujours membre des Républicains, même si vous êtes suspendu ?
"Suspendu, et puis on n’a pas vraiment la possibilité de réadhérer. Moi, je n’ai pas changé de valeurs ni de convictions politiques, mais en l’occurrence le parti nous ferme un peu la porte. Mais au-delà de ça, moi je ferai la campagne de ceux qui veulent faire gagner le bloc central et donc se rassembler. La candidature de monsieur Retailleau est légitime. D’autres candidatures voient le jour. Moi, je fais partie de ceux qui disent : il faut vous parler, il faut vous rassembler, parce que sinon on sait très bien à quoi va ressembler le second tour. Ce sera Mélenchon-Bardella. Et moi, ce n’est pas le scénario que je vise."
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Donc pour vous, Bruno Retailleau, qui est légitime pour être le candidat des Républicains, n’est pas votre candidat spécifiquement. C’est une forme de rupture pour vous quand même.
"Le candidat que je soutiendrai, c’est celui qui est capable de nous faire gagner. Ce n’est pas forcément aujourd’hui. D’abord, c’est trop tôt pour arrêter les compteurs. C’est normal que chacun se jauge, se pèse dans l’opinion, et puis ensuite on verra qui se rassemble. Mais moi je veux simplement dire à chacun : vos candidatures sont légitimes, l’ambition, ce n’est pas moi qui vais dire le contraire. Vous avez le droit d’avoir de l’ambition. Simplement, qu’elle ne vous aveugle pas, parce que les aventures individuelles risquent d’être l’échec collectif, et moi je me refuse à cet échec. En fait, les valeurs qui sont les nôtres, et celles d’une droite de rassemblement et de gouvernement, aujourd’hui, c’est ça ma candidature, mon candidat. C’est ça que j’ai envie de défendre."
Sur la commission d’enquête sur l’audiovisuel public et le rapport Alloncle, il y a ce vote qui arrive aujourd’hui. Pour vous, ce rapport doit être rendu public ?
"Il y a une obligation de transparence dans cette affaire-là. J’aurais été député, j’aurais voté pour sa publication, même si j’avais été contre certaines des propositions. Je ne l’ai pas lu en détail, mais ce que je veux dire, c’est que la commission a travaillé. En général, on ne publie pas quand il y a des enjeux de confidentialité stratégique ou pour ne pas mettre en avant des cas très individuels ou particuliers. On peut regretter la façon dont s’est déroulée cette audition, qui n’a pas toujours donné une très bonne image du débat parlementaire, mais en l’occurrence, bien sûr, il y a une transparence à avoir."
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