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Suicide d'Evaëlle, 11 ans: la professeure fixée en appel sur son sort mi-avril

La professeure de français d'Evaëlle est-elle coupable de harcèlement moral envers Evaëlle? C'est la question à laquelle la cour d'appel répondra en avril, après un procès tendu à Versailles, presque sept ans après le suicide de la collégienne.

Alain JOCARD - AFP

La professeure de français d'Evaëlle est-elle coupable de harcèlement moral envers Evaëlle? C'est la question à laquelle la cour d'appel répondra en avril, après un procès tendu à Versailles, presque sept ans après le suicide de la collégienne.

Professeure stricte et exigeante ou cassante et humiliante? Le procès en appel a dessiné le portrait contrasté de l'enseignante de 63 ans.

La cour d'appel de Versailles rendra sa décision le 13 avril.

"Tout au long de sa carrière, Mme B. n'a reçu que des éloges. Elle a fait l'objet de six inspections académiques mentionnant qu'elle ne laisse aucun élève au bord du chemin", a plaidé mardi matin l'avocate de la professeure, Me Marie Roumiantseva, demandant à la cour de confirmer la relaxe prononcée en première instance à Pontoise (Val d'Oise).

"Elle a franchi la ligne rouge, humiliant, rabaissant et stigmatisant, pas tous les élèves mais certains élèves qui sont choisis avec soin", a quant à elle déclaré lundi soir l'avocate générale, estimant que son attitude "intrinsèquement inadaptée" avait contribué à "la dégradation de l'état d'Evaëlle".

Le parquet général a ainsi requis, comme en première instance, 18 mois de prison avec sursis contre l'enseignante aujourd'hui retraitée, pour le harcèlement moral de la collégienne "tout juste sortie du primaire".

Si la professeure est poursuivie pour harcèlement moral sur trois élèves, dont Evaëlle, la collégienne — son mal‑être et la spirale qui l’a menée au suicide — a occupé une place centrale tout au long des débats.

Evaëlle, 11 ans, élève du collège Isabelle-Autissier, s'est pendue dans sa chambre du pavillon familial à Herblay (Val-d'Oise) en juin 2019.

L'adolescente, décrite comme "précoce", "atypique" et ayant "du mal à entrer dans le moule", était harcelée régulièrement par des élèves, parfois violents avec elle. Elle faisait face à des tensions avec son enseignante de français.

- "Pire journée" -

Pour ses parents, en plus des remarques et critiques incessantes à l'encontre de leur fille, un épisode a particulièrement bouleversé Evaëlle: des séances de vie de classe en cours de français pendant lesquelles la professeure avait demandé à tous les élèves de répondre à la question: "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue?". Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions.

A ses parents, Evaëlle avait évoqué la "pire journée de (sa) vie".

Au cours de l'enquête, plusieurs camarades avaient évoqué les remontrances systématiques de Mme B. à la collégienne.

Elle "faisait beaucoup de remarques à Evaëlle, elle lui criait souvent dessus", avait expliqué l'un. "C'était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu'elle s'en prend aux faibles", avait mentionné une autre camarade de classe.

Devant la cour d'appel, l'enseignante n'a cessé de nier, se défendant de tout harcèlement: "Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider au contraire".

- "Tu es débile" -

Des propos qui ont mis la mère d'Evaëlle en colère. Délaissant le banc sur lequel elle était assise à côté de son mari et de leur fils aîné, Marie Dupuis a rejoint le pupitre pour dénoncer "le manque d'empathie" de l'enseignante.

"A l'école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. A la place, elle a rencontré l'humiliation, l'isolement et un jour, ce poids est devenu trop lourd à porter", a-t-elle déclaré à la cour, la voix brisée par l'émotion à l'évocation de sa fille.

A la barre après elle, un ancien élève de Mme B., qui a lui aussi porté plainte contre son ancienne professeure pour harcèlement moral.

Aujourd'hui adulte, J. est venu raconter "l'enfer" des heures de français, "les pleurs tous les soirs", les brimades, les moqueries dont il assure avoir été victime: "tu es débile", "tout le monde a compris sauf J."

L'accusation a décrit "une personne dangereuse, hors norme, hors de contrôle", ce qui est loin de la réalité, a insisté l'avocate de Mme B., demandant de rejeter des "contre-vérités".

Un seul point a rassemblé défense et accusation: le drame de la mort d'Evaëlle, à seulement 11 ans.

Par Céline BRUNEAU / Versailles (AFP) / © 2026 AFP

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