single.php

Serge Papin sur le Budget 2027 : "Tout le monde devra faire un effort"

INTERVIEW SUD RADIO - Ultra fast fashion, commerce de proximité et pouvoir d’achat : le ministre du Commerce Serge Papin détaille les mesures mises en place pour protéger les consommateurs et les entreprises françaises.

Serge Papin

Commençons par le textile. Votre actualité, c’est l’ultra fast fashion. Une taxe européenne de 3 euros par colis a été mise en place, est-ce que cette taxe européenne est un moindre mal pour permettre à l’industrie française du textile de faire face à cette déferlante asiatique ?

« Plus largement sur les plateformes, vous savez, quand j’ai pris ce job de ministre venant de la société civile en tant qu’ancien chef d’entreprise, j’ai reçu des fédérations de commerçants, de fabricants, qui m’ont tous dit, première parole : “Monsieur le Ministre, c’est injuste, il y a une concurrence déloyale avec les plateformes chinoises qui vendent des produits non conformes, etc.”

Donc moi je me suis attaqué au sujet. On a d’ailleurs au passage suspendu la plateforme Shein après la vente de produits illicites, il y a au passage des sanctions qui ont été portées, parce que moi j’ai une administration qui s’appelle, ce qu’on appelle les fraudes, vous savez, la DGCCRF, voilà, et qui contrôle. Donc on a fait des prélèvements, ces prélèvements, on a regardé les produits, on s’est aperçu que la majorité, la grande majorité de ces produits ne respectaient pas nos codes de la consommation.

Shein, Temu... "Les produits étaient parfois dangereux, voire illicites"

Ils étaient même parfois dangereux, voire illicites. Donc moi je me suis dit, voilà, il faut sanctionner, donc au passage il doit y avoir un milliard de sanctions qui ont été données en années glissantes entre les sanctions au niveau de l’Europe et au niveau de la France. Un milliard, c’est beaucoup.

Un milliard, voilà, en sanctions, donc c’est pas rien, vous voyez, et on a poussé ce qu’on appelle des droits de douane, c’est la France qui a demandé ça, donc de 3 euros comme vous venez de le dire, et qui vont augmenter jusqu’à 5 euros au mois de novembre, donc c’est la fameuse taxe petit colis. Et, entre l’éveil des consciences, c’est-à-dire les gens qui s’aperçoivent : “Bah ouais, ces produits sont quand même dangereux”, ils voient bien que le business model… »

Vous voulez dire que tout ça a eu aussi un effet sur les consommateurs ?

« Un effet, bien sûr, sur les consommateurs qui se disent : “Bon, finalement, so what, par rapport à ça, c’est des produits qui sont pas satisfaisants en termes de consommation”, et évidemment, les taxes, et bah on a une baisse, c’est pas rien, de ces produits-là aujourd’hui, de moins 30 à moins 50 %, donc c’est énorme. Et puis, moi, je veux dire, je suis content parce qu’on m’avait accusé, non mais on m’avait accusé d’être un espèce de Don Quichotte, en disant : “Mais c’est David contre Goliath”, j’ai jamais réussi… »

Et pourtant, vous aviez dit : « Je veux leur casser la gueule aux Chinois », vous aviez employé ce terme !

« Non, mais parce que c’était une façon, comme ça, un peu triviale de dire : il faut qu’on se protège, mais j’ai rien contre les Chinois. »

"On est les premiers en Europe à mettre en place une loi contre l’ultra fast fashion"

Mais ça veut dire, en tous les cas, et vous nous l’annoncez, qu’il y a une baisse de la consommation sur ces produits, c’est une satisfaction pour vous ?

« Bien sûr, parce que c’est, moi, en tant que ministre du Commerce, des PME, je me dois à la fois de protéger ces entreprises, protéger le consommateur aussi.

Et puis, comme vous venez de le dire, là, on est les premiers en Europe à mettre en place une loi contre l’ultra fast fashion, donc c’est en route, là, c’est promulgué depuis le mois de juillet, et donc les arrêtés, là, passent au 1er septembre. Ça veut dire quoi ? Qu’on va avoir une espèce de coefficient qu’on va mettre en place, qui est issu à la fois d’un nombre de produits énormes, c’est-à-dire que Shein, par exemple, met 6 000 à 7 000 produits par jour. »

Ce dont vous êtes en train de parler, c’est la deuxième taxe, au niveau européen, qui est un malus, c’est bien cela ?

« C’est un malus, au niveau français, pas européen pour l’instant, l’ultra fast fashion. Mais qui pourrait être reprise par d’autres pays européens. En tous les cas, donc ce malus, il est issu de deux choses, un nombre de produits énormes qui est mis en compte, 6 000 à 7 000 produits par jour sont mis en marché par Shein, et surtout, la réparabilité, donc un indice de réparabilité, parce que ces produits qui sont tellement éphémères, ils sont irréparables. Donc, on a voulu mettre un malus qui va de 50 centimes, si c’est un sous-vêtement, à 12 euros maximum, si c’est par exemple un manteau. »

"On montre l’exemple en France"

Ce sera en fonction du vêtement, et ça peut monter jusqu’à la moitié à peu près de la valeur du vêtement ? Et donc le but, c’est évidemment de défendre les commerces européens ?

« La valeur avec un plafond à 12 euros pour l’instant. Bien sûr, défendre les commerces européens, et puis surtout, vous savez, moi je m’étais engagé sur la COP21 il y a 10 ans, et vous vous rendez compte qu’il y a 600 avions qui viennent en Europe chaque jour pour livrer des produits qui ne respectent pas les codes de la consommation, qui ne payent d’ailleurs au passage aucune taxe sur notre protection sociale, sur les retraites, etc. Et c’est la raison pour laquelle les industries européennes veulent 10 euros de plus par colis. »

Sur ce point, est-ce que vous êtes d’accord ?

« Oui, alors, nous on montre l’exemple en France, on s’aperçoit que l’Europe est en train de prendre conscience aussi. Et là, je vais vous dire, la France sert d’exemple, parce que parfois on dit : “Ouais mais l’Europe c’est l’espèce de grande marmite, là on ne peut rien y faire”, et puis quand on montre l’exemple, quand on est déterminé, on voit que l’Europe elle nous suit. »

"Je n’ai pas envie de pénaliser les commerçants français"

Alors, pourquoi ne pas appliquer cette même taxe à, non pas l’ultra fast fashion, mais la fast fashion ? Et là je pense à des marques, pardon de les citer, mais comme Zara, H&M, vous faites une différence ?

« Oui, je fais une différence, ce sont des magasins physiques, on pourrait citer Kiabi, Jules, etc. Pourquoi ? Parce que d’abord, ils ne sont pas dans l’ultra fast fashion, il y a une différence entre l’éphémérité, si je puis dire, de l’ultra, et eux ils sont dans ce qu’on appelle la fast fashion.

Ils vendent des produits, par exemple Kiabi vend des jeans made in France, qui sont à 35 euros. Moi je n’ai pas envie de pénaliser les commerçants français qui ont des magasins physiques, qui emploient des vendeurs dans les territoires, mais c’est pénaliser les plateformes chinoises, donc c’est ciblé. »

"Une aide assez conséquente pour remettre des commerces dans les zones où ils ont disparu"

Alors justement, à propos des commerces français et physiques, vous avez déjà travaillé avec les commerces de centre-ville. Dans le monde rural, il y a aussi de grandes difficultés, comment peut-on faire pour aider ces commerces ruraux, dans ces régions où très facilement on va vers le géant de l’e-commerce ? Vous avez des propositions à faire ?

« On a déjà un plan d’action pour le commerce de centre-ville en général, on a mis en place des outils, il y en a deux auxquels je pense qui sont très efficaces. C’est d’abord la foncière, la foncière qui est une possibilité au niveau des mairies, qui est dotée par la Banque des Territoires, qui dépend de l’État.

Il y a un budget qui est quand même conséquent, 100 millions d’euros, et qui permet de préempter, d’acheter. Les mairies ont cet outil, elles achètent des commerces, ça leur permet de réouvrir des rideaux, de réguler les loyers. Et si on couple ça avec un métier que vous ne connaissez peut-être pas, qui s’appelle les managers de commerce de centre-ville, il y en a presque un millier maintenant.

Et quand on couple les deux possibilités stratégiques pour les mairies de s’impliquer dans le commerce de centre-ville, avec des animateurs, eh bien c’est efficace, et du coup on est en train de retourner la situation, et de réouvrir des rideaux qui étaient fermés. Deuxième point sur le commerce rural, on a bien sûr un dispositif qui va être exprimé, qui va être communiqué dans quelques jours, et qui va être une aide assez conséquente pour remettre des commerces dans les zones où ils ont disparu, et voilà. »

Inflation : "C’est sous contrôle"

Il y aura une aide spécifique pour le monde rural, pour les commerces en monde rural ?

« Il y a d’abord ce qui peut être fait avec le privé, parce qu’il y a des enseignes qui font des choses en proximité qui sont très bien, et là il suffit aussi de coupler. Quand la mairie, par exemple, investit dans un local, on peut mettre dans des petits bourgs une enseigne type Vival, Petit Casino, je pense à eux parce qu’ils sont très impliqués dans ce domaine-là, et ça marche, sur des petites surfaces.

Et quand il y a dans des zones, par exemple, où il y a entre 500 et 1 000 habitants, pour situer à peu près l’échelle, ben là on a des budgets entre aux alentours de 80 000 euros par dossier qui permettront de réactiver des commerces en zone rurale. Donc j’aurai l’occasion de l’exprimer dans quelques jours. »

Serge Papin, vous êtes, ministre du Pouvoir d’achat, forcément ça résonne dans la tête lorsque l’on entend ça. D’abord le constat, aujourd’hui, quels sont les chiffres dont vous disposez, et notamment concernant l’inflation ?

« Alors, on a l’inflation qui est la plus faible d’Europe, parce que l’inflation au niveau de l’Europe c’est aux alentours de 3 %. En France, là, à date, aujourd’hui, on est à 2,4 % à la fin de l’été, et l’inflation alimentaire c’est moins de 1 %, donc sur les produits de consommation alimentaire, on est, je dirais, en stabilité. Depuis le début de l’année, depuis le début de l’année, en moyenne, bien sûr. Donc, de ce point de vue-là, c’est sous contrôle. »

"On va faire une bonne saison touristique"

Sur la consommation, sur cet été, en supermarché ?

« Plutôt bonne, plutôt bonne, c’est-à-dire, on est en croissance, on est en croissance de 0,4-0,5 %. Donc c’est une petite croissance, mais elle est là, l’été s’est plutôt bien passé, les touristes de l’étranger sont venus nombreux dans le pays, malgré la canicule. Les Français aussi, il y a eu une augmentation, par exemple, des nuitées avec les Français de l’ordre de 1 %, donc on va faire une bonne saison touristique. J’aurai l’occasion de le dire, là aussi, dans les prochains jours. »

"On est confrontés à un triple défi, jamais vu"

Alors, qu’allez-vous proposer pour redonner de l’air aux Français, d’une façon générale, en matière de pouvoir d’achat ? On parle souvent, au sein du gouvernement, de rééquilibrage.

« Écoutez, on est confrontés à un triple défi, jamais vu. C’est pour ça que, là, vraiment, on est dans la réalité. C’est quoi ? Une crise énergétique, la plus forte depuis la Deuxième Guerre mondiale, avec les conséquences que ça a, avec la fermeture du détroit d’Ormuz. Une crise climatique, jamais vue non plus, et avec tout ce que ça va avoir comme conséquence sur l’adaptation.

Et puis, une crise aussi sur les taux d’intérêt. On est, aujourd’hui, confrontés à des taux d’intérêt qui sont élevés, à la fois pour nos comptes publics et pour les particuliers. Donc, tout ça pèse. On a mis un filet de sécurité, donc, pour les salaires les plus modestes. D’abord, le SMIC, il a augmenté de 3,6 % depuis le début de l’année. On est un des seuls pays d’Europe à faire ça de cette manière-là. C’est pas rien, c’est 800 euros de plus pour quelqu’un qui est au SMIC. On a le chèque énergie qui a été mis en place. »

"Il va falloir tenir compte de la dette"

Mais quelles sont les annonces que vous pourriez faire ?

« Déjà, vous voyez, avoir ces possibilités de continuer à aider les salaires les plus modestes, les activités en les ciblant, je pense, aux grands rouleurs, qu’on continue aussi à aider. Donc, voilà, ça c’est quelque chose qui va se pérenniser, quelque chose qui existe, et c’est une vraie protection. »

Et dans le même temps, on apprend que les retraités vont devoir mettre la main au portefeuille. Quels sont les retraités qui vont devoir faire un effort ?

« Il y a un budget qui va être proposé. Il y a un budget qui va être proposé. Donc, de ce point de vue-là, je pense qu’on a des comptes publics qu’il va falloir tenir compte de la dette, et en même temps, avoir une protection. Donc, il y a une stratégie sur le budget qui est en place, dont on discute. Et je pense que tout le monde devra faire un effort, et pas forcément que les retraités. »

L'info en continu
08H
06H
22H
20H
19H
17H
16H
Revenir
au direct

À Suivre
/