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Que signifie ACAB, taggué, vu et entendu lors des violences du 17 octobre ?

ECLAIRAGE SUD RADIO - Tagué sur les murs, inscrit sur des pancartes ou scandé dans certains cortèges lors des manifestations du 17 octobre, le slogan « ACAB » s'est imposé comme l'un des symboles des mouvements de contestation. Né dans l'Angleterre ouvrière du XXe siècle, cet acronyme anti-police porte une histoire complexe qui continue de susciter la polémique.

Au milieu des vitrines dégradées, des abribus vandalisés et des slogans peints à la hâte sur les murs de plusieurs villes françaises ce samedi 17 octobre, quatre lettres ont particulièrement retenu l'attention : « ACAB ». Déjà aperçu lors de précédents mouvements sociaux, des manifestations contre la réforme des retraites aux mobilisations écologistes, ce slogan est réapparu dans plusieurs rassemblements organisés autour des questions de pouvoir d'achat, de logement et d'éducation.

Mais que signifie réellement cet acronyme et pourquoi continue-t-il à être utilisé par une partie des manifestants ?

Un slogan né dans l'Angleterre ouvrière

ACAB est l'acronyme de l'expression anglaise « All Cops Are Bastards », généralement traduite par « Tous les policiers sont des bâtards ». Le slogan trouve ses origines dans l'Angleterre ouvrière du XXe siècle, certaines sources situant son apparition dès les années 1920 ou 1940. Il aurait d'abord circulé dans les milieux carcéraux britanniques avant de gagner les stades, les groupes de supporters et diverses contre-cultures.

Sa popularisation intervient dans les années 1980 grâce au groupe punk britannique The 4-Skins, qui lui consacre une chanson devenue emblématique. Le slogan s'ancre alors dans une partie de la culture contestataire britannique avant de se diffuser dans toute l'Europe.

Du football aux mouvements sociaux

Au fil des décennies, ACAB dépasse largement le cadre des tribunes de football et des sous-cultures urbaines. Dans les années 1990 et 2000, il apparaît dans de nombreux mouvements contestataires, notamment au sein de groupes anarchistes, autonomes ou altermondialistes.

Le slogan se décline également sous une autre forme, plus discrète : « 1312 ». Il s'agit simplement du rang des lettres A-C-A-B dans l'alphabet. Cette version est souvent utilisée sur les réseaux sociaux, dans les tags ou sur certains vêtements.

Dénoncer les violences policières

La multiplication des inscriptions ACAB dans les manifestations récentes s'explique par plusieurs facteurs. Pour certains militants, le slogan constitue une critique globale de l'institution policière, de ses méthodes ou de sa relation avec une partie de la population. Il est notamment utilisé pour dénoncer les violences policières, les contrôles jugés discriminatoires ou certaines pratiques de maintien de l'ordre.

Son retour dans les mobilisations des dernières années s'inscrit également dans un contexte marqué par les manifestations après la mort de George Floyd aux États-Unis, mais aussi par les débats français autour de la loi « Sécurité globale » et des méthodes de maintien de l'ordre lors des grands mouvements sociaux. Selon le chercheur Fabien Jobard, cité dans plusieurs travaux sur la question policière, ce rejet traduit aussi une défiance plus large envers les institutions et peut être interprété comme la conséquence d'un durcissement perçu des politiques publiques et du maintien de l'ordre.

Un slogan qui divise

L'expression reste toutefois extrêmement controversée. Les syndicats policiers et de nombreux représentants des forces de l'ordre dénoncent une formule jugée insultante et stigmatisante envers l'ensemble des policiers. Pour eux, ACAB ne relève pas d'une simple critique institutionnelle mais d'une attaque directe contre des femmes et des hommes exerçant une mission de service public.

À l'inverse, certains militants affirment que le slogan vise davantage le système policier que les agents à titre individuel. Cette divergence d'interprétation explique en partie pourquoi ces quatre lettres continuent de susciter autant de débats dans l'espace public.

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