Loin du parcours des cortèges contre « la vie chère », le monde du luxe a été pris d’assaut par des émeutiers attirés par le bling-bling, profitant du chaos pour piller les enseignes. La boutique Céline de l’avenue Montaigne a été complètement vandalisée, tandis que les vitrines voisines de Louis Vuitton et de Jil Sander étaient endommagées. Plus tard dans la nuit, les parfumeries Christian Dior, Initio Parfums Privés et BDK Parfums, ainsi que Burberry, ont été visées. Kenzo, Salomon, Arc’teryx et Lacoste ont également été ciblés dans d’autres quartiers de la capitale tout comme les Galeries Lafayette, boulevard Haussmann.
En province, Louis Vuitton a été pillé à Bordeaux et un magasin Hugo Boss incendié à Lyon. Des journalistes de l’AFP ont également annoncé avoir croisé, dans les rues, des groupes de jeunes cagoulés portant des sacs pleins de marchandises de luxe.
Des dispositifs de sécurité débordés
Le PDG de Lacoste, Thierry Guibert, dont certains magasins ont été touchés, a réagi dès samedi soir sur X. « Je ne peux me résoudre à voir ce que nous construisons collectivement être ainsi détruit », a-t-il écrit, avant d’appeler l’État « à mobiliser sans délai tous les moyens légaux dont il dispose pour mettre fin à ces violences, protéger nos concitoyens, nos forces de l’ordre, nos collaborateurs et nos entreprises ».
Ces grandes enseignes de luxe avaient pourtant anticipé. Sur l’avenue Montaigne, Dior a posté devant sa boutique des agents de sécurité privé, en costume, sans armes ni boucliers. L’un d’eux a raconté sur LinkedIn avoir tenu son poste de 6 heures à 22 heures. La boutique n’est pas citée parmi les magasins pillés, contrairement à sa voisine Céline. Sur les Champs-Élysées, les commerces s’étaient barricadés, et les Galeries Lafayette avaient fermé par anticipation la majorité de leurs points de vente. Insuffisant : dans un communiqué, le groupe reconnaît que l’ampleur et la violence des événements ont « dépassé les dispositifs de sécurité mis en place ».
Des pertes encore impossibles à chiffrer
Aucun bilan officiel n’a été publié par les enseignes ou le secteur du luxe de manière globale mais à l’échelle du commerce français, le ministre Serge Papin évoque au moins 3 000 commerces dégradés ou pillés, et Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution et PDG de Carrefour, une facture pouvant atteindre plusieurs centaines de millions d’euros.
Les conséquences se font également ressentir à la Bourse : ce lundi LVMH recule de 1,84 % et Kering de 1,54 %. Autre inconnue, l’assurance : le remboursement des dégâts matériels n’entraîne pas automatiquement celui des revenus perdus pendant la fermeture. Hôteliers et agences redoutent également des annulations avant les vacances de la Toussaint et de Noël, un risque direct pour les entreprises de luxe qui vivent en grande partie de la clientèle internationale.
Le butin déjà en vente sur Vinted et Leboncoin
Au lendemain des pillages, Vinted et Leboncoin se remplissaient d’articles neufs, parfois encore munis des antivols. Plusieurs produits de luxe à très bas prix étaient disponibles avec des messages d’acheteurs recherchant explicitement un « produit du 17 octobre ». Le butin est aussi exhibé sur TikTok, et des internautes se vantent d’avoir « rentabilisé leur journée ».
Pour contrer le phénomène, la plateforme citoyenne Vigie Recel recense les annonces suspectes, signalées avec captures d’écran, lien et nom du vendeur, les transmet aux forces de l’ordre après vérification et permet aux commerçants de déclarer les biens dérobés. Gabriel Attal et Jordan Bardella ont demandé à Vinted et Leboncoin d’aider l’État à identifier les revendeurs.