Près de 3 000 commerces ont été pillés ou saccagés depuis le samedi 17 octobre. Les représentants du commerce évaluent déjà les dégâts causés par les violences du week-end en France à « des centaines de millions d’euros ». Pour permettre aux commerçants de réparer les dégâts et de reconstituer leurs stocks avant Noël, Alain Di Crescenzo demande de « faire une pause » dans les manifestations.
40 % du chiffre d’affaires annuel des commerces en jeu
« Il n’y a jamais de bonne période pour être cassé. Mais là, c’est une mauvaise période, puisque c’est la période des fêtes de fin d’année », souligne Alain Di Crescenzo. Entre novembre et décembre, les commerçants réalisent environ 40 % de leur chiffre d’affaires annuel. Cette période stratégique intervient en 2026 après un été déjà compliqué, marqué par une baisse d’environ 20 % du chiffre d’affaires, selon le président de CCI France.
La priorité réside donc dans le réapprovisionnement des boutiques. « Mais pour ça, pour reconstituer les stocks, il faut resécuriser les magasins », explique-t-il.
« Pas de manifestation la semaine prochaine »
Si l’État a mis en place plusieurs mesures, notamment des couvre-feux dans certains quartiers de Paris, la solution défendue par Alain Di Crescenzo est claire : « Pas de manifestation la semaine prochaine », car « on va ajouter de la souffrance à la souffrance ». Même avec une reprise rapide de l’activité, le président de CCI France estime que les conséquences pourraient se faire sentir pendant plusieurs semaines. « Refaire un stock complet pour attaquer les périodes de fin d’année, ça sera difficile », prévient-il.
Il précise toutefois : « Il y a un droit constitutionnel à manifester, mais les conditions ne sont pas requises. Et quand les conditions ne sont pas requises, quand nos commerçants sont fatigués, quand les manifestations ne sont pas sous contrôle, il faut faire une pause. »
Des commerçants à bout avec « des risques de suicide »
Au-delà des pertes financières, les conséquences psychologiques inquiètent également le président de CCI France. Certains commerçants touchés par les violences envisagent de fermer définitivement leur établissement : « J’arrête, sauf si vous trouvez des solutions », rapportent-ils. D’autres sont en grande détresse. « Concrètement, il y a des risques de suicide », alerte Alain Di Crescenzo, alors que des cellules psychologiques ont été mises en place pour accompagner les professionnels.
Quelles sont les aides prévues pour sauver ces commerçants ?
Le réseau des chambres de commerce et d’industrie s’est mobilisé pour soutenir les victimes. Plus de 1 000 personnes sont présentes sur le terrain. À Lyon, 150 vigiles ont notamment été déployés sur les fonds propres de la chambre de commerce pour protéger les magasins fracturés.
Sur le plan financier, plusieurs mesures ont déjà été obtenues, notamment le chômage partiel et des moratoires sur les charges sociales et fiscales. Mais Alain Di Crescenzo estime qu’un dispositif supplémentaire est indispensable : un fonds de soutien d’urgence pour aider les commerçants à faire face aux premières dépenses, dans l’attente des indemnisations des assurances.
Des initiatives locales ont déjà vu le jour. À Marseille, un fonds de 15 millions d’euros a été constitué grâce à la région, au département et à la métropole. À Lyon, une enveloppe de 10 millions d’euros a également été annoncée par la métropole.
« La solidarité est majeure et fondamentale »
Au-delà des aides financières, Alain Di Crescenzo appelle les Français à soutenir directement les commerces de proximité. « Il faut absolument que pendant cette période, nous laissions tomber les plateformes de vente en ligne et qu’on retourne dans nos quartiers, qu’on retourne auprès de nos commerçants pour consommer local », plaide-t-il.
Pour le président de CCI France, cette solidarité est essentielle pour permettre aux commerçants de surmonter cette épreuve et de sauver une période déterminante pour leur activité. À l’approche de Noël, les habitudes de consommation des Français pourraient ainsi jouer un rôle majeur dans la reprise des commerces touchés. « La solidarité est majeure et fondamentale », conclut-il.