Face au blocage du détroit d'Ormuz, qui fait flamber les cours du pétrole, Donald Trump exige une réouverture d'ici mardi sous peine de frapper les infrastructures iraniennes. Ce nouveau report de l'échéance pose question sur la stratégie américaine et les enjeux géopolitiques. Analyse du général François Chauvancy, consultant géopolitique, invité du Grand Matin Sud Radio.
"Trump n'a pas la main sur le conflit"
Donald Trump continue de brouiller les cartes avec cet ultimatum qui a encore été repoussé. Comment expliquer ces reports à répétition ? Trump a-t-il encore la main sur ce conflit ?
"Manifestement, Donald Trump n'a pas la main sur le conflit, dans la mesure où les Iraniens ne cèdent pas. Il n'est pas capable d'imposer sa volonté aux Iraniens, eux-mêmes déterminés à défendre leur pouvoir et à contrecarrer l'influence américaine. Donc effectivement, on ne sait pas très bien où il va."
"Trump n'est pas capable d'un changement de régime en Iran"
Quels sont aujourd'hui les objectifs de Donald Trump ?
"Alors, on ne peut y voir clair que dans la mesure où l'on interprète ce qu'il pourrait faire, et non ce qu'il veut réellement faire. C’est là le problème. Dans les hypothèses vraisemblables, et je dis bien vraisemblables, il y a d'abord la dimension nucléaire et militaire de l'Iran. L'objectif principal, s'il y en a un, est de récupérer ces 440 kg d'uranium enrichi. Le deuxième objectif : peut-on croire qu'il vise un changement de régime ? On a bien compris qu’aujourd'hui, il n'en est pas capable.
Enfin, il y a un troisième objectif, plus en filigrane, qui correspond à sa politique intérieure et aux enjeux économiques mondiaux. Trump veut que l'économie redémarre normalement. Peu importe qui est au pouvoir en Iran : l'important pour lui est de relancer l’économie, car cela a des implications directes sur la politique intérieure aux États-Unis, et il cherche ainsi à s'en sortir."
"L'objectif militaire sur l’île de Karg est le plus plausible"
La Maison-Blanche n'écarte pas une opération terrestre en Iran, notamment pour libérer et rouvrir le détroit d'Ormuz. Quels sont les chances de réussite d’une telle opération, et est-ce vraiment envisageable ?
"Alors, en termes de pourcentage, je ne m'aventurerais pas à en donner pour une opération militaire, car on ne sait jamais comment la situation peut évoluer. En revanche, reprenons ce qui s'est passé hier et avant-hier en Iran. Les forces américaines, extrêmement puissantes, se sont déployées à 50 km au sud-ouest d'Ispahan. Elles ont donc pénétré en Iran et occupé le terrain pendant environ 48 heures.
Cela montre que les Iraniens n'ont pas été capables de les en empêcher et, indirectement, qu'ils ne sont pas aussi forts que leurs déclarations le laissent supposer. On en revient à votre hypothèse sur l'île de Karg, qui n'est pas si éloignée. Pour moi, c'est l’objectif militaire le plus plausible, c'est objectif réalisable".
"Un avion abattu au bout de quatre semaines de guerre, ce n'est pas un échec"
Donald Trump va prendre la parole aujourd’hui. Il doit revenir sur cette opération de sauvetage spectaculaire qui a permis d'évacuer le pilote américain dont le F-1 s'était écrasé en Iran. C'est un événement qu'il va certainement mettre en avant.
"Sans aucun doute. Certains commentateurs affirment depuis 48 heures qu'un avion américain abattu en Iran est un échec pour l'armée américaine. Mais je trouve qu'un avion abattu au bout de quatre semaines de guerre, ce n'est pas un échec, c'est le moins qu’on puisse dire.
La véritable réussite a été de pouvoir entrer en Iran, récupérer le pilote, contrecarrer les forces iraniennes qui cherchaient elles aussi à s'en emparer, et surtout le ramener aux États-Unis, évitant qu'il devienne prisonnier ou otage. C'est un succès militaire, qui n'est pas uniquement tactique, mais aussi stratégique en termes d’opinion publique intérieure."
Alors, comment se fait-il que Donald Trump et les États-Unis n'arrivent pas à faire plier totalement le régime iranien ?
"Aujourd'hui, les Iraniens se sont préparés à ce type de guerre. Ils disposent de grottes et de systèmes de camouflage. Difficile donc de détruire l'ensemble des lanceurs iraniens. La guerre peut encore durer un certain temps."
"Trump est-il fou ?"
L'ultimatum de Donald Trump a encore été repoussé, et celui prévu demain pourrait l'être à nouveau. Ce n'est pas la fin de l'épisode...
"C'est vrai qu’en termes de rationalité, nous avons du mal à comprendre ce report d'ultimatum jour après jour. Tout le monde se pose la question : au bout d'un moment, on va où ?
On en revient au débat actuel aux États-Unis sur Trump : est-il fou ? Je ne sais pas, je ne peux pas répondre. Je dis simplement que la rationalité, qu’elle soit militaire ou politico-militaire, laisse quand même le sujet ouvert au débat. On ne peut pas en permanence annoncer un ultimatum.
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