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Dépanneurs : une mobilisation d'ampleur et des négociations infructueuses à Bercy

Par Thomas Rannou

REPORTAGE SUD RADIO - Les professionnels du dépannage-remorquage sont montés ce jeudi à Paris. Reçus par le ministère de l'Economie et les Finances, ils n'ont pas reçu les réponses espérées.

Manifestation des dépanneurs le 21 mai 2026

Plusieurs centaines de dépanneuses ont convergé ce jeudi matin en direction de la capitale dans le cadre d’une opération escargot sur le périphérique et les autoroutes franciliennes, avant de converger devant le ministère de l'Économie et des Finances où les représentants syndicaux été reçus à 14h. Un rendez-vous qui s'est avéré infructueux : les représentants syndicaux sont vus proposer une revalorisation partielle des tarifs, bien en-deçà de leurs attentes.

Dans la matinée, les organisateurs se sont satisfaits d'une mobilisation inédite. Ils ont pu dénoncer la flambée des prix des carburants, mais aussi des difficultés plus anciennes liées à leurs conditions d’exercice et à des tarifs réglementés jugés obsolètes.

"Un cri d’alarme" d’une profession sous tension

Le cortège, composé de dépanneurs venus de toute la France, se voulait avant tout un signal adressé aux pouvoirs publics. "C’est vraiment un cri d’alarme que nous sommes venus tous porter, toute la profession ensemble, auprès de Bercy", explique Emilie Repusseau, secrétaire générale adjointe à la FNA (Fédération Nationale de l'Automobile), qui décrit un secteur fragilisé, confronté à des "problématiques économiques" mais aussi à "un manque de reconnaissance dans les missions qu’ils accomplissent tous les jours auprès des usagers".

Pour Samir, dépanneur au sein de la société Parc auto 94, la mobilisation traduit un profond ras-le-bol : "On fait un métier quand même assez compliqué, voire même très compliqué parfois." Le professionnel déplore que "les tarifs, toute activité confondue, n’ont pas évolué depuis pas mal d’années", alors même que "l’inflation suit son petit bonhomme de chemin". "On a même l’impression qu’on est resté dans les années 80-90", souffle-t-il.

Le carburant, "la goutte d’eau qui fait déborder le vase"

Si la hausse des prix du gazole a servi de déclencheur, les professionnels assurent que la colère couvait depuis longtemps. "Le début, c’est le carburant. Ça, c’est l’élément déclencheur, mais il y a tellement de choses à traiter en dessous", résume Philippe Laurendeau, vice-président de Mobilians dépannage-remorquage. "Nos tarifs n’ont jamais été revalorisés depuis 2000 sur tout ce qui est fourrière", ajoute-t-il.

Dans les entreprises, la hausse des coûts se répercute directement sur l’activité. "Le carburant représente 35 % de nos frais d’exploitation", rappelle Philippe Laurendeau. "Sur les trois premiers mois, ça a augmenté de 24 %." Jimmy Breton, à la tête de la société Eurautos, décrit des charges en hausse constante : "Le coût des camions, il est de plus en plus élevé. Et le problème, c’est que nos prix, ils ne bougent pas."

Des interventions parfois "à perte"

Les dépanneurs dénoncent aussi des tarifs encadrés par l’État qu’ils jugent déconnectés de la réalité économique. "On se déplace pour 47 euros parce que c’est le tarif réglementé", pointe Philippe Laurendeau, évoquant notamment les enlèvements de deux-roues dans le cadre des rodéos urbains. "Je trouve que ce n’est pas normal."

Selon plusieurs professionnels, certaines missions peuvent même devenir déficitaires. "On le fait à perte lorsqu’on est dans des conditions très encadrées", explique un représentant de la profession, évoquant "des interventions très lourdes avec des véhicules renversés" et des charges d’exploitation qui ont explosé. "Aujourd’hui, on a du mal à être rentable. Il y en a qui abandonnent leur activité par défaut de rentabilité", alerte-t-il.

"Un manque de reconnaissance"

Au-delà de l’enjeu économique, les professionnels disent vouloir alerter sur la pénibilité et les risques du métier. "On nous appelle à 2h du matin, à 8h, à 16h. On sait quand on commence, on ne sait jamais quand on termine", raconte Samir. "C’est vraiment un souci de reconnaissance."

Philippe Laurendeau insiste également sur la sécurité des interventions, notamment sur les axes rapides : "Le métier est trop important et on n’a pas le droit d’avoir ça", dit-il, en évoquant les accidents impliquant des dépanneurs sur autoroute. Un autre représentant appelle à "sensibiliser sur le respect du corridor de sécurité", estimant que les professionnels interviennent la nuit, dans des conditions climatiques pas faciles et à des coûts vraiment dérisoires.

Malgré une forte mobilisation et une opération de visibilité inédite sur les axes franciliens, la rencontre au ministère de l’Économie et des Finances n’a pas permis de déboucher sur des avancées jugées suffisantes par la profession. Les représentants syndicaux repartent avec une proposition de revalorisation partielle des tarifs, nettement inférieure à leurs revendications. Ils ont toutefois obtenu la garantie d'obtenir une nouvelle réunion sous 10 jours avec tous les interlocuteurs susceptibles de répondre à leurs revendications.

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