Chaque année au mois de janvier, des millions de personnes relèvent le Dry January : un défi consistant à s’abstenir de consommer de l’alcool pendant tout le mois. Originaire du Royaume-Uni, cette initiative s’est largement diffusée en France depuis 2020, portée par des associations de santé publique et des collectifs citoyens qui y voient un outil de prévention des risques liés à l’alcool.
Dry January : les participants rapportent des effets positifs
En France, l’impact du Dry January a fait l’objet d’une première évaluation scientifique approfondie menée par le Centre hospitalier Le Vinatier – Psychiatrie universitaire Lyon Métropole dans le cadre de l’étude "JANOVER". Cette enquête, réalisée avec le soutien de l’Institut national du cancer et de plusieurs partenaires, a recueilli les données de plus de 2.100 participants inscrits au défi en 2024. Les résultats montrent que les effets bénéfiques vont au-delà du simple mois sans alcool : une majorité de participants rapportent des améliorations significatives du bien-être mental, une meilleure qualité de sommeil et une confiance accrue dans leur capacité à refuser un verre en contexte social.
Les chiffres de cette étude française confirment également l’efficacité durable du Dry January : environ 58% des personnes ayant participé au défi continuent à réduire leur consommation d’alcool jusqu’à huit mois après janvier, ce qui traduit un changement de comportement potentiellement durable. Ces résultats rejoignent ceux observés dans d’autres pays, où l’abstinence temporaire agit comme un déclencheur de réflexion sur le rapport personnel à l’alcool et ses risques pour la santé.
Avec le "French January", l’association Vin & Société invite à une "convivialité responsable"
Cependant, le mouvement n’est pas exempt de controverses, notamment dans un pays où la consommation d’alcool, et du vin en particulier, fait partie intégrante de la culture sociale. Sur ce terrain, l’association Vin & Société, qui représente les acteurs de la filière vitivinicole française, a lancé en 2026 une initiative intitulée "French January". Le manifeste French January propose une lecture différente de la sobriété de janvier, davantage axée sur la modération, la responsabilité et le maintien des traditions françaises autour du vin. Plutôt que d’encourager une abstinence totale, cette campagne invite à une consommation plus réfléchie et à la valorisation d’une "convivialité responsable". Vin & Société y défend l’idée que le vin peut s’inscrire dans un art de vivre sans renier la culture ni nier ses aspects économiques et sociaux.
Alcool : des points de vue culturel et médical, c'est surtout la modération qui compte
Pour Michel Chapoutier, vigneron, il n'est pas nécessaire d'arrêter complètement le vin, mais il est important de rappeler la modération. "La profession a fait un travail de fond énorme depuis 30-40 ans pour mettre en place le principe la modération. On est passés de 130 l à 35 l par tête d'habitant. Toujours est-il que, si 8 Français sur 10 connaissent le Dry January, seuls 2 sur 10 connaissent les repères officiels de consommation : pas plus de deux verres par jour, avec un jour d'abstinence par semaine, voire deux. Ce sont les repères que nous défendons. Le vin n'est plus une boisson, il est devenu une culture. On ne boit plus, on déguste du vin", a-t-il fait remarquer au micro de Sud Radio.
Le médecin nutritionniste Jean-Michel Cohen prône lui aussi le bon sens et la modération au micro de Sud Radio. "À la base, ça avait été créé pour trois choses. Premièrement, se sevrer de l'alcool après les fêtes, car il y a souvent eu un abus d'alcool pendant les fêtes. La deuxième chose était de tester sa capacité à l'abstinence. Et la troisième chose était de prendre conscience de son alcoolisation, pour les gens qui ne s'en rendent pas compte. Est-ce vraiment intéressant ? Selon moi, pas trop. Cela ressemble plus à un challenge TikTok. Sur le plan des effets médicaux, sur le premier mois, on a en effet une baisse du cholestérol, de la glycémie, de la pression artérielle, une sensation de mieux-être, ce qui est normal quand on supprime une boisson alcoolisée. En revanche, l'éducation à la modération est vraiment la chose la plus importante."
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.