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Brice Lalonde alerte sur la politique climatique face aux canicules : « Il faut lancer un grand plan du froid »

ENTRETIEN SUD RADIO - Alors que la France brûle en plein de mois mai frappée par une canicule historique, l’ancien ministre de l’Écologie, Brice Lalonde, alerte, sur Sud Radio, sur l’état des politiques climatiques alors que les températures frisent les 40°C ces derniers jours.

« Il faut garder la tête froide » : face aux canicules, Brice Lalonde alerte sur la politique climatique
(Photo by Didier Allard / Ina via AFP)

La France suffoque déjà, et l’été n’a même pas commencé. Depuis plusieurs jours, les records de chaleur tombent les uns après les autres. À Brest, le thermomètre a atteint 33 degrés, pulvérisant un précédent record vieux de plusieurs décennies. Dans le Sud-Ouest et le Languedoc, les températures flirtent avec les 40 degrés dès le mois de mai.

Déjà présent lors du Printemps de la planète organisé par Sud Radio, l’ancien ministre de l’Écologie Brice Lalonde, continue d’observer l'accélération de la dégradation du climat : « Le changement climatique n’est jamais arrivé comme ça. Personne ne sait ce qui va arriver demain, personne ne sait comment la météo du jour va s’organiser », explique-t-il.

« Un manque de constances dans nos engagements »

Pour lui, cette imprévisibilité nouvelle bouleverse profondément la manière dont les États doivent désormais penser l’action publique. Car le vrai problème, selon lui, n’est plus tant l’absence de prise de conscience que l’incapacité chronique à maintenir des politiques cohérentes dans la durée. « On a une certaine difficulté à avoir de la constance dans nos engagements », regrette-t-il. « On prend de grandes décisions, on fait de grandes annonces, puis ensuite on oublie un petit peu. »

Longtemps, explique Brice Lalonde, les gouvernements ont privilégié la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre au détriment de l’adaptation concrète au réchauffement. « Au début, on s’est dit : on ne va pas s’occuper d’adaptation, parce que ce serait partir battu », raconte-t-il. L’objectif était alors de ralentir le phénomène avant qu’il ne produise ses effets les plus violents. Une stratégie qui n’a pas été inutile selon « les scientifiques qui nous disent aujourd’hui que le réchauffement sera peut-être moins grand que ce qu’ils prévoyaient il y a vingt ans, tout simplement parce qu’il y a des politiques climatiques ».

Le XXIe siècle déjà pire que le précédent

Mais désormais, la réalité s’impose : « Le changement climatique est déjà là ». Et avec lui, la nécessité de « lutter contre la chaleur, contre les incendies de forêt, contre la raréfaction de l’eau ». L’ancien ministre insiste sur le fait que la France doit désormais apprendre à vivre dans un climat transformé irrémédiablement.

Le météorologue Rémi André partage ce constat. Avec près de cinquante ans d’expérience, il explique que « les prévisions météo que je fais aujourd’hui ne sont plus les mêmes que celles que l’on faisait il y a trente ans ». Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : le XXIe siècle compte déjà davantage de vagues de chaleur que l’ensemble du XXe siècle, en seulement 26 ans.

Revoir intégralement la chaine du froid

Pour Brice Lalonde, la France souffre surtout d’un retard culturel majeur face à la chaleur : celui de la climatisation et plus largement de « l’industrie du froid. Pendant très longtemps en France, on disait : ce n’est pas la peine de climatiser, on est un pays tempéré », rappelle-t-il. Une vision devenue obsolète aujourd’hui, alors que les vagues de chaleur s’intensifient. Résultat : les logements, les écoles et de nombreux bâtiments publics restent mal adaptés aux températures extrêmes. « Il va falloir y passer, il n’y a pas d’autre solution » selon lui.

L’ancien ministre appelle donc le gouvernement à lancer « un grand plan de froid ». Une formule qui dépasse largement la simple question des climatiseurs individuels. « L’industrie du froid, c’est quelque chose de très important. Ce n’est pas simplement la climatisation des maisons : c’est la chaîne du froid pour les aliments, la conservation, les camions frigorifiques ». Selon lui, la France a tort de considérer ce sujet comme secondaire alors qu’il deviendra stratégique dans les décennies à venir : « Le monde a besoin d’une très grande industrie du froid ».

« Rien n’est totalement noir ou blanc »

Brice Lalonde assume donc clairement de rompre avec une partie du discours traditionnel de l’écologie politique. Pendant longtemps, la climatisation a été dénoncée comme énergivore et incompatible avec les objectifs environnementaux. « Rien n’est totalement noir ou blanc. Nous avons maintenant une industrie de la pompe à chaleur qui est très efficace et on a besoin d’elle », explique-t-il.

« C’est pendant qu’il fait chaud et qu’il y a du soleil qu’on a besoin de climatisation ». Autrement dit, le développement massif du solaire pourrait précisément permettre d’alimenter ces nouveaux besoins de refroidissement. Dans les grandes villes, Brice Lalonde mise également sur des solutions collectives comme les réseaux de froid urbains. « On fait circuler de l’eau glacée à travers la ville dans des tuyaux. C’est une solution parfaitement efficace », déjà utilisée dans certains quartiers parisiens ou pour refroidir le Louvre notamment.

« L’écologie est pour tous les Français »

Au-delà des enjeux climatiques, l’ancien ministre trouve « absurde de vouloir confiner l’écologie à l’extrême gauche. L’écologie est pour tous les Français, qu’ils soient de droite ou de gauche ».  Brice Lalonde estime même que la transformation de l’écologie en parti politique a constitué « une erreur », car elle a transformé une question universelle en affrontement idéologique.

Il met également en garde contre les discours alarmistes qui, selon lui, « tétanisent » plus qu’ils ne mobilisent. « Il faut garder la tête froide, être plus modeste, mais plus persévérant ». L’ancien ministre critique les objectifs politiques « complètement inatteignables » parfois votés sous la pression de l’urgence climatique. 

Selon lui, mieux vaut avancer lentement mais durablement que multiplier les annonces irréalistes. « Il faut proposer une écologie qui nous permette de vivre mieux », résume-t-il. Et malgré les canicules précoces, malgré les records qui tombent désormais jusqu’au printemps, Brice Lalonde veut encore croire à une capacité collective d’adaptation : « Allez, on va s’en sortir », conclut-il.

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