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Écoles bétonnées, villes surchauffées, logements inadaptés… Pourquoi la France est-elle à la traîne face aux canicules ?

DECRYPTAGE SUD RADIO - Alors qu’un épisode de chaleur précoce frappe l'Hexagone avec des températures approchant les 40°C dans certaines régions, la question de l’adaptation climatique revient au centre du débat public.

soleil chaleur canicule

Longtemps considérées comme exceptionnelles, les vagues de chaleur deviennent progressivement la norme. Depuis la canicule meurtrière de 2003, qui avait causé près de 15 000 décès en France, les épisodes extrêmes se multiplient et arrivent désormais plus tôt dans l’année.

Cette année particulièrement, l'intensité de la vague de chaleur qui frappe le pays à une période aussi avancée alerte les experts. Beaucoup insistent sur l’urgence de transformer les villes, les bâtiments et les modes de déplacement.

"Ce sont les conséquences du dérèglement climatique"

Invités dans La vérité en face sur Sud Radio, Axel Genoud-Prachex, chargé de campagnes au sein de l'Association Respire, et Olivier Blond, délégué spécial à la santé environnementale à la la Région Île-de-France, ont débattu autour des solutions à mettre en place pour faire face au dérèglement climatique.

Les deux hommes partagent un même constat : les épisodes de chaleur extrême deviennent plus fréquents, plus précoces et plus durables. Pour Axel Genoud-Prachex, ces phénomènes ne peuvent plus être considérés comme exceptionnels : "On est dans un épisode de conséquences du dérèglement climatique qui vient se traduire dans des impacts sanitaires sur notre santé", explique le représentant de Respire.

Le militant écologiste rappelle également que la canicule actuelle s’accompagne d’un important épisode de pollution à l’ozone touchant notamment l’Île-de-France, la région PACA et l’Auvergne-Rhône-Alpes. Selon lui, cette pollution a des conséquences directes sur la santé publique mais aussi sur l’agriculture : "Cette pollution à l’ozone affecte la santé mais aussi les rendements agricoles. Sur le blé, cela peut représenter jusqu’à moins 20 %."

Végétaliser les villes : "plus de vert et plus de bleu"

L’un des principaux défis concerne aujourd’hui l’aménagement urbain. Pendant des décennies, les villes françaises ont été construites autour du béton, de l’asphalte et de la voiture. Un modèle désormais remis en question par les épisodes de chaleur extrême. Les surfaces minérales absorbent la chaleur pendant la journée avant de la restituer la nuit, créant ce que les spécialistes appellent des "îlots de chaleur urbains". Dans certaines grandes villes, il peut ainsi faire jusqu’à 8°C de plus que dans les zones rurales environnantes.

Face à ce phénomène, Olivier Blond insiste sur la nécessité d’adapter rapidement les espaces urbains : "Il y a deux grandes directions : plus de vert et plus de bleu", résume-t-il. En somme, davantage de végétalisation et une meilleure présence de l’eau dans les villes pour limiter les îlots de chaleur urbains.

Le conseiller régional rappelle que le béton emmagasine la chaleur avant de la restituer : "Il faut moins de béton et plus de plantes un peu partout." En Île-de-France, il affirme que 10 millions de mètres carrés ont déjà été végétalisés ces dernières années.

Les écoles en première ligne

Les établissements scolaires apparaissent aujourd’hui comme l’un des symboles de cette adaptation tardive aux réalités climatiques. Durant des décennies, les cours d’école ont été massivement bétonnées afin de simplifier leur entretien et d’éviter les obstacles pour les élèves. Ainsi, de nombreuses écoles deviennent aujourd’hui de véritables fournaises lors des épisodes caniculaires.

Pour répondre à cette situation, plusieurs municipalités développent désormais des "cours oasis". Le principe consiste àretirer une partie du bitume pour installer des arbres, des zones ombragées et des sols perméables : "Cela permet de rafraîchir quand il fait chaud mais aussi de mieux absorber l’eau lors des épisodes de pluie extrême", explique Axel Genoud-Prachex.

Ces aménagements visent aussi à répondre à un autre défi climatique : les épisodes d’inondations soudaines, de plus en plus fréquents après des sécheresses prolongées. Dans certaines écoles, des thermomètres ont déjà dépassé les 40°C dans les salles de classe lors des précédentes canicules. Plusieurs syndicats enseignants réclament désormais un vaste plan national de rénovation thermique des établissements scolaires.

La qualité de l’air : un risque aggravé par les canicules

L'autre sujet au cœur du débat, c'est la question de la pollution de l’air. En effet, les épisodes de fortes chaleurs favorisent aussi la formation de certains polluants atmosphériques, notamment l’ozone de basse altitude. Contrairement à l’ozone présent dans la haute atmosphère, qui protège la Terre des rayons UV, cet ozone-là est nocif pour la santé.

Si les émissions polluantes ont globalement diminué ces vingt dernières années, les associations environnementales estiment que les progrès restent insuffisants. Pour Olivier Blond, les chiffres montrent pourtant une amélioration réelle : "Il y a quinze ans, près de deux millions de Franciliens étaient exposés à des dépassements des seuils légaux. Aujourd’hui, on est à moins d’un millier", affirme-t-il.

Les concentrations de certains polluants atmosphériques, notamment les particules fines et les oxydes d’azote, ont effectivement diminué grâce aux restrictions de circulation, au renouvellement des véhicules ou encore aux zones à faibles émisisons.

Mais pour l'Association Respire, cela ne suffit pas :"On est passé de très mauvais à mauvais", répond Axel Genoud-Prachex. Selon Santé publique France, la pollution de l’air reste responsable d’environ40 000 décès prématurés par an dans le pays. Les enfants sont particulièrement exposés, notamment dans les zones proches du trafic routier.

Le représentant de Respire insiste aussi sur les futures normes européennes qui entreront en vigueur en 2030 et qui imposeront des seuils beaucoup plus stricts : "Trois quarts des grandes agglomérations françaises ne respecteront pas ces seuils si on ne fait rien."

Isolation des logements : "On a beaucoup pensé à l'hiver, mais pas à l'été"

La question du logement constitue un autre angle mort des politiques publiques. Pendant longtemps, les rénovations thermiques ont principalement été pensées pour conserver la chaleur en hiver. Or, isoler un bâtiment contre le froid ne signifie pas forcément le protéger de la chaleur : "On a beaucoup pensé à une isolation hiver. Mais isoler pour l’été, ce n’est pas du tout la même chose", souligne Olivier Blond.

Certains logements récents deviennent même inhabitables lors des fortes chaleurs, notamment à cause des grandes baies vitrées ou du manque de ventilation naturelle. Dans les grandes villes, les habitants des derniers étages sont particulièrement vulnérables. La climatisation apparaît souvent comme une solution immédiate, mais elle pose elle-même des problèmes énergétiques et contribue au réchauffement urbain.

Les urbanistes plaident désormais pour des matériaux plus adaptés, davantage d’ombre, des volets extérieurs et une meilleure circulation de l’air dans les bâtiments.

Vous pouvez retrouver le débat intégral entre les deux homme ici.

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