À l’occasion du Printemps de la Planète, Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement, a été invité à s’exprimer sur la transition écologique dans le secteur industriel. Entre transformation des modes de production, innovations technologiques et contraintes économiques, il plaide pour une réindustrialisation verte, condition indispensable selon lui pour réussir la décarbonation.
"On a besoin de plus d’industrie"
Pourquoi le secteur industriel peut-il être primordial et stratégique pour la transition énergétique ?
« Alors vous savez, il y a des gens qui pensent que l’écologie, c’est la coulée douce au soleil. Et en réalité, si on veut vraiment décarboner et vivre mieux, on a besoin d’industrie. Parce qu’on a besoin de faire les panneaux photovoltaïques. On a besoin de faire les éoliennes, on a besoin de faire les voitures électriques, on a besoin de faire les électrolyseurs, on a besoin de faire les pompes à chaleur.
Et tout ça, c’est l’industrie. Et donc, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, on a besoin de plus d’industrie. On a besoin d’industrialiser et à la fois de décarboner l’industrie existante et à la fois de construire la nouvelle industrie qui sera électrique et numérique. On a absolument besoin d’industrie. Ça veut dire qu’on a besoin aussi que les Français soient des ingénieurs, que nos jeunes aiment l’industrie et qu’ils nous aident à améliorer le monde. »
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— Sud Radio (@SudRadio) April 15, 2026
Brice Lalonde, ancien ministre de l’environnement : « Pour réussir la transition écologique, il faut plus d’industrie ! »
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"L’aluminium recyclé, c’est 60 % moins de consommation d’électricité"
Quelles sont aujourd’hui les solutions concrètes qui émergent dans l’industrie pour réduire l’empreinte carbone ?
« Il y en a plein. Regardez par exemple dans les bâtiments, le béton. Quand on fabrique du béton et du ciment, c’est beaucoup de gaz carbonique. C’est très mauvais pour le climat. Et maintenant, de plus en plus, le béton, on le concasse, on le recycle et on réemploie même des structures en béton. C’est quand même formidable.
Le seul problème, c’est la norme. Il faut que la norme accepte ce genre de choses. Même chose pour les aciers, même chose pour l’aluminium. L’aluminium recyclé, c’est 60 % moins de consommation d’électricité. Donc, toutes ces solutions sont en route maintenant.
La grande différence avec l’industrie et les consommateurs que nous sommes tous, c’est que l’industrie a besoin de mesurer avec beaucoup de soin ce qu’elle fait. Elle sait faire des plans de financement et elle sait mesurer son résultat. Et ça, c’est la grande différence. Donc, de manière générale, l’industrie est en avance sur le reste des Français pour la décarbonation. »
"Changer complètement de système, c’est difficile"
Où en est-on aujourd’hui dans cette transition écologique ?
« On est aujourd’hui au milieu du gué, en quelque sorte. Vous avez d’abord le mot climat, le mot écologie, la bicyclette dans les villes, les bicyclettes électriques. Tout ça, l’a développé de manière absolument fantastique. Quand j’en parlais au départ, personne ne me croyait. Et maintenant, au contraire, je rencontre des gens qui sont beaucoup plus écolos que moi. On est au milieu du gué parce que l’industrie pétrolière a beaucoup été utile. Elle a fait la prospérité de nos parents, la prospérité de notre génération et donc changer complètement de système, c’est long, c’est difficile.
Nous sommes dans un moment où c’est difficile et il faut que l’industrie nous aide à ce que ce soit moins cher. Il faut que ce qui est écologique et électrique soit plus désirable et moins cher que ce qui est pétrolier. Et ça, c’est long parce que pour l’instant, toute notre organisation a été fondée sur l’utilisation du pétrole, du gaz, des combustibles fossiles. »