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Au procès en appel du RN, les "réponses de Normand" de l'eurodéputé Nicolas Bay

L'eurodéputé Nicolas Bay a admis lundi au procès en appel des assistants parlementaires du Front national que le sien l'avait "aidé" dans "ses activités politiques nationales", jurant ne pas s'être "rendu compte" qu'il s'agissait d'un détournement: "une réponse de Normand", a ironisé la présidente de la cour d'appel.

Alain JOCARD - AFP/Archives

L'eurodéputé Nicolas Bay a admis lundi au procès en appel des assistants parlementaires du Front national que le sien l'avait "aidé" dans "ses activités politiques nationales", jurant ne pas s'être "rendu compte" qu'il s'agissait d'un détournement: "une réponse de Normand", a ironisé la présidente de la cour d'appel.

Depuis le 31 mars dernier, Nicolas Bay n'est plus conseiller régional de Normandie, sa terre électorale depuis plus de quinze ans.

Condamné ce jour-là à trois ans d'inéligibilité avec effet immédiat, il n'était pas parvenu à convaincre le tribunal correctionnel de Paris de la réalité du travail de son assistant Timothée Houssin, embauché au lendemain de son élection au Parlement européen en juin 2014, et dont la rémunération était prise en charge par l'institution communautaire.

C'est avec une ligne de défense singulièrement infléchie que celui qui siège toujours dans l'hémicycle de Strasbourg - élu sur la liste Reconquête! en 2024, il s'est depuis éloigné d'Eric Zemmour - s'est présenté lundi après-midi à Paris devant ses juges d'appel.

"Je reconnais qu'avec mes activités politiques nationales qui m'accaparaient, Timothée Houssin m'a aidé dans ces tâches-là." Un aveu? "Je pense en 2025 que ça apparaît comme un détournement aux yeux de tout le monde", mais "en 2015, ç'aurait été beaucoup moins clair pour beaucoup de monde", tempère-t-il.

La présidente de la cour d'appel, Michèle Agi, le relance: reconnaît-il ces détournements de fonds publics, pour lesquels il est poursuivi aux côtés de Marine Le Pen, le parti d'extrême droite en tant que personne morale, et dix autres anciens eurodéputés et assistants?

L'ancien secrétaire général du FN et eurodéputé Nicolas Bay le 13 janvier 2026 à Paris

L'ancien secrétaire général du FN et eurodéputé Nicolas Bay le 13 janvier 2026 à Paris

Thomas SAMSON - AFP/Archives

"A l'époque, je ne me suis pas du tout rendu compte. C'est un tort. L'activité partisane (de mon assistant), je pense que ça répond à la définition de détournement, mais à aucun moment, je n'ai eu l'intention de..."

Un mi-oui, mi-non qui a donc suscité le trait d'esprit de la magistrate: "C'est une réponse de Normand!" Et un éclat de rire dans la salle d'audience.

- "Zones grises" -

La nouvelle défense de l'élu est dans la droite ligne de celle qu'a esquissée Marine Le Pen dès l'ouverture des débats, mardi - le procès doit durer jusqu'au 11 février -, contestant "l'élément intentionnel" de l'infraction, à défaut de nier la matérialité des faits reprochés tel que plaidé lors du premier procès.

Mais, s'il est désormais admis que M. Houssin a pu travailler pour le Front national, devenu RN, la réalité de la moindre activité pour son eurodéputé demeure sujette à caution.

"Timothée Houssin explique qu'il répondait au courrier mais jamais par écrit! C'est sûr, à l'oral, y'a pas de trace", constate la magistrate. De même que ces "notes de synthèse", qui se sont révélées n'être que de simples revues de presse fournies lors de l'instruction.

Michèle Agi hausse le ton: "Franchement, ça n'est pas probant comme émanant d'un travail de Timothée Houssin..."

A la barre, l'ancien secrétaire général du Front national, aujourd'hui 48 ans, évoque des "zones grises", reconnaît son "tort" de ne pas avoir suffisamment archivé les documents, son manque de "vigilance".

Mais l'élu apparaît en difficulté lorsque la magistrate lui soumet un "annuaire interne" du FN de l'automne 2014, dans lequel M. Houssin apparaît comme l'"assistant" du... secrétaire général du parti. "Alors que le parti ne devrait même pas connaître Timothée Houssin", lui fait-elle observer. Une erreur matérielle, suppose Nicolas Bay.

C'est l'hypothèse d'un "système", tel que les juges de première instance l'avaient reconnu, qui est à nouveau interrogée, notamment lorsque la présidente de la cour d'appel rappelle l'évocation par plusieurs témoins d'une réunion au cours de laquelle la présidente du FN, Marine Le Pen, aurait expressément demandé aux eurodéputés de laisser le parti répartir leurs assistants.

"Elle ne connaissait aucun de mes assistants: je suis la démonstration qu'il n'y avait pas de consignes", conteste Nicolas Bay. "Si elle m'avait demandé de le faire, je me serais donc affranchi de cette recommandation et quatre mois plus tard, elle ne m'en aurait tenu aucune rigueur et nommé secrétaire général?", feint-il d'interroger. "Marine Le Pen n'est pas connue pour manquer d'autorité..."

L'intéressée, qui n'était pas présente lundi à l'audience, pourra s'en expliquer mardi: elle est attendue à la barre à 13H30 pour son interrogatoire qui doit s'étaler sur deux jours.

Par Paul AUBRIAT / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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