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Radia Selma Tahar Aouidate condamnée à huit ans de prison

Radia Selma Tahar Aouidate incarnait une histoire hors du commun, celle d'une famille roubaisienne de plus de 20 personnes parties faire le jihad en Syrie en 2014. Elle a été condamnée vendredi à huit ans de prison par la cour d'assises de Paris qui a souligné juger une femme, et non une famille.

Le panneau de la Cour d'assises, où Radia Selma Tahar Aouidate a été condamnée.
JACQUES DEMARTHON - AFP/Archives

Radia Selma Tahar Aouidate incarnait une histoire hors du commun, celle d'une famille roubaisienne de plus de 20 personnes parties faire le jihad en Syrie en 2014. Elle a été condamnée vendredi à huit ans de prison par la cour d'assises de Paris qui a souligné juger une femme, et non une famille.

À l'énoncé de la peine, la jeune femme de 33 ans, reconnue coupable d'association de malfaiteurs terroriste, n'a pas manifesté d'émotion, hochant simplement la tête en signe de compréhension des motifs exposés par la cour.

L'avocat général avait requis neuf ans de prison pour cette Franco-Algérienne qui a déjà effectué cinq années et demie de détention en France.

La cour a relevé l'"extrême gravité des faits" reprochés à Radia Selma Tahar Aouidate, partie "en toute connaissance de cause" dans la Syrie de l'État islamique (EI), organisation jihadiste à laquelle elle a "adhéré" et responsable de la souffrance de "milliers de victimes dans le monde et sur le théâtre irako-syrien", a rappelé le président.

Toutefois, la cour "ne vous considère pas comme une jusqu'au-boutiste de l'EI", a-t-il dit, estimant que l'engagement idéologique de la jeune femme avait duré jusqu'en 2017, et qu'il n'y avait pas de "certitude" sur la suite.

Partie en mai 2014, Radia Selma Tahar Aouidate a eu deux enfants sur zone avec un combattant tunisien de haut rang de l'EI, a mené une vie plutôt "confortable" dans la Syrie de Daech jusqu'en 2016/2017, selon l'enquête.

Elle a ensuite suivi le repli vers le sud de l'EI, défait par la coalition internationale en 2019.

À l'audience, elle avait indiqué avoir eu des premiers doutes sur son engagement après la vidéo atroce d'un pilote jordanien brûlé vif par l'EI en 2015 et les attentats en France la même année.

Emprisonnée dans un camp kurde en 2019 puis en Turquie, elle a été expulsée en France en juillet 2021. Elle est la seule "revenante" de la famille avec une nièce, les autres sont morts ou incarcérés, la plupart en Syrie.

- "Poison idéologique" -

Dans ses derniers mots vendredi matin, Radia Selma Tahar Aouidate s'était dite "contente de la façon dont s'est déroulé le procès. Je ne me suis pas sentie attaquée et j'en suis reconnaissante à la cour", avait-elle déclaré doucement, d'un ton contrastant avec le débit de mitraillette qu'elle a eu tout au long de l'audience pour raconter son tumultueux parcours.

Cadette d'une fratrie de neuf sœurs et un frère, elle a été la première à partir en Syrie, suivie par six sœurs, leur époux, les parents, entre mai et septembre 2014. Des départs orchestrés sous l'influence mortifère du frère Fodil, aujourd'hui condamné à mort (peine commuée à perpétuité) en Irak.

Tout au long de l'audience, Radia Selma Tahar Aouidate a reconnu son "adhésion au jihad" et aux combattants de l'EI qu'elle voyait comme des "héros".

Mais elle a aussi raconté en détail son enfance au sein de sa famille sous la coupe du frère.

Ce frère violent et radicalisé a contrôlé tout de la vie de ses sœurs, notamment Radia Selma, décrite par ses anciennes amies de lycée comme une jeune fille "joyeuse", "solaire", qui s'est radicalisée à la fin de la terminale, commençant à porter le voile intégral et parlant de jihad.

"C’est par Fodil que le poison idéologique est entré dans la famille, et ce poison, la famille va le boire jusqu'à la lie", a résumé l'avocat général.

La cour "a pris en compte" ce contexte familial et estimé que Radia Selma Tahar Aouidate, qui a fait "un chemin positif", pouvait "penser assez rapidement à une sortie de détention".

À l'issue de l'audience, Me Joseph Hazan, avocat de la jeune femme, s'est félicité que la cour ait reconnu "le travail exceptionnel effectué en détention et son parcours personnel de désengagement".

"L'important pour elle est d'avoir été traitée comme un individu à part entière et de ne pas avoir été jugée pour l'ensemble de l'œuvre de la famille", a estimé Me Camille Le Gall, son autre conseil.

"Vous avez toute votre place dans notre société dans un avenir relativement proche", a conclu le président avant de lever l'audience.

Par Cécile FEUILLATRE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

#RadiaAouidate #Terrorism #Syria #Justice #France

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