Cela fait un mois que les lycéens sont mobilisés pour davantage de moyens. À la veille de la mobilisation du "17 octobre" et du début des vacances scolaires, quels sont les sujets brûlants encore sur la table et à quoi s'attendre début novembre à la reprise des cours?
- Où en est le mouvement? -
Le gouvernement n'a cessé d'affirmer cette semaine que la mobilisation s'essoufflait à l'approche des vacances de la Toussaint, avec en moyenne 4% des établissements fermés, selon le ministère de l'Éducation nationale. Ce dernier ne communique toutefois plus depuis le début de la semaine sur le nombre d'établissements perturbés.
Dans l'enseignement supérieur, le gouvernement faisait état mardi, lors de "l'acte V" de la mobilisation, de perturbations dans environ 35% des établissements relevant du ministère de l'Enseignement supérieur, tandis que l'organisation Union étudiante affirmait que 90% des universités étaient "bloquées" ou "fermées".
Près du lycée Sophie-Germain à Paris le 9 octobre 2026
LOU BENOIST - AFP
Après un mois de cette mobilisation, les organisations lycéennes ont les yeux tournés vers la journée d'action de samedi, dit du "17 octobre" et née il y a plusieurs semaines autour de revendications sur le pouvoir d'achat. Ils ont appelé à y participer aux côtés notamment d'anciens gilets jaunes, d'agriculteurs, de chauffeurs de VTC et de militants du climat.
"Nous allons continuer cette mobilisation et rejoindre les autres organisations", a affirmé vendredi Ryad Rani, président de l'Union syndicale lycéenne (USL), qui dénonce une jeunesse "maltraitée" et "réprimée".
- Comment a-t-il évolué en un mois?
Parti d'un lycée de banlieue parisienne le 17 septembre, le mouvement s'est progressivement étendu à l'ensemble du pays. D'abord porté par des revendications locales, il a pris une dimension nationale fin septembre lorsque l'USL a appelé à des blocages partout en France, auxquels ont répondu les organisations étudiantes.
Les actions ont ensuite gagné en ampleur mais aussi en tensions, avec des incidents dans plusieurs établissements et des heurts avec les forces de l'ordre. Un mineur a eu la main arrachée à Lens, un autre a perdu un oeil à Tours. L'"acte III", le 6 octobre, a rassemblé entre 266.000 et 450.000 personnes selon les sources, puis l'"acte V", le 13 octobre, entre 161.500 et 480.000 manifestants.
A la fin de la manifestation des lycéens le 13 octobre 2026 à Paris
Dimitar DILKOFF - AFP
Le gouvernement met régulièrement en avant les violences qui ont émaillé le mouvement. Selon le ministre de l'Éducation Édouard Geffray, 37 établissements ont été partiellement incendiés depuis son lancement et 165 personnels ont été blessés.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé jeudi que le mouvement s'était transformé en "mouvement de violences urbaines".
Depuis le début de la contestation, "près de 900" policiers et gendarmes ont été blessés selon le ministère de l'Intérieur, tout comme plus de 200 lycéens. Trente-six enquêtes ont été ouvertes par la police des polices dont quatre concernent des "blessures mutilantes" et six des "blessures significatives".
- Quelles sont les revendications?
À l'origine du mouvement figurent des revendications liées aux conditions d'enseignement: bâtiments jugés insalubres, emplois du temps surchargés ou encore le manque de professeurs.
La contestation s'est également cristallisée autour de Parcoursup. La plateforme d'orientation post-bac est jugée comme une source de stress, insuffisamment transparente et trop sélective. Certains réclament sa suppression, d'autres une réforme en profondeur.
Rejoints par les étudiants, les manifestants demandent plus largement un investissement massif de 10 milliards d'euros.
- Quelles réponses du gouvernement ?
Le ministre de l'Education Edouard Geffray en déplacement dans un lycée le 15 octobre 2026 à Lormont, en Gironde
Christophe ARCHAMBAULT - AFP
Face à la colère, Édouard Geffray a annoncé le redéploiement de 3.000 enseignants remplaçants, complété par le recrutement de contractuels, dont quelque 2.000 ont déjà été affectés. Selon lui, le nombre d'établissements confrontés à de graves pénuries d'enseignants est passé de 114 à 41 en une semaine.
Concernant Parcoursup, l'exécutif se dit prêt à faire évoluer le dispositif et à renforcer l'accompagnement à l'orientation, mais exclut sa suppression. Des mesures concrètes doivent être annoncées fin octobre.
Le gouvernement a également lancé une plateforme en ligne pour collecter les doléances des lycéens, qui avait recueilli près de 100.000 contributions jeudi, une initiative accueillie avec scepticisme par nombre d'élèves mobilisés.
- À quoi faut-il s'attendre à la rentrée ?
Pour les organisations lycéennes, les vacances doivent permettre d'affiner leurs revendications et leur stratégie. "Ces vacances, c'est un moyen de recentrer nos dynamiques, recentrer nos revendications", assure Lydia Hamadene, responsable de l'Union syndicale lycéenne (USL) en Île-de-France.
"Les vacances seront un moyen de reprendre des forces, de continuer à réfléchir, de travailler sur nos revendications", abonde Louis Létoublon, vice-président de l'association Les Lycéens!.
Ce dernier appelle notamment à la mobilisation dès la rentrée, le lundi 2 novembre, et à rejoindre la journée de mobilisation du 5 novembre à l'appel des syndicats professionnels.
Les lycéens espèrent également s'appuyer sur les étudiants, qui eux ne seront pas en vacances la semaine prochaine, mais seulement la suivante. Mais sans garantie: de nombreux étudiants devant composer la semaine prochaine avec leurs partiels.
Par Marine DO-VALE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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