Céréales : "Tout le monde a un intérêt" à ce que l'accord Russie-Ukraine soit prolongé

Jean-François Loiseau, président d’Intercéréales, interprofession des céréales françaises, était l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio le jeudi 17 novembre dans "Parlons Vrai chez Bourdin".

bourdin céréales
"Parlons Vrai chez Bourdin" du lundi au vendredi de 10h30 à 12h30 sur Sud Radio et en podcast.

Jean-François Loiseau revient sur l’importance de l’accord sur les céréales. Les cours des céréales accusent ces derniers jours un net repli, tablant sur le maintien du corridor maritime ukrainien à trois jours de l'expiration d'un accord crucial pour la sécurité alimentaire mondiale.

Parlons vrai chez Bourdin : importance de l'accord sur les céréales

L’accord sur les céréales et le blé a été prolongé de 120 jours comme l’a annoncé le gouvernement ukrainien. Il permet l’exportation de céréales ukrainiennes par la Mer Noire. Alors qu’il devait expirer vendredi 18 novembre au soir, il a permis de sortir plus de 11 millions de tonnes des ports ukrainiens en 4 mois.

Jean-Jacques Bourdin rappelle que l’accord se fait entre trois parties : la Turquie, l’Ukraine et les Nations-Unies. "Cet accord est très important parce qu’il va permettre à un certain nombre de pays très dépendants en céréales et en blé de pouvoir se fournir", explique Jean-François Loiseau. Il rappelle que l’"Ukraine est le 4e exportateur de blé au monde", qu’elle "exporte en dehors de l’Europe le double de ce que fait la France". Il est donc "très important d’avoir ces volumes qui sortent d’Ukraine".

"Le blé pour la Russie est quasiment au même niveau stratégique que le gaz "

Bien que la Russie soit le 1er exportateur de blé au monde, on ne parle jamais de cet autre aspect de la guerre, rappelle Jean-Jacques Bourdin. "Ils ont des réserves considérables". Les russes aussi veulent l’exporter. "Le blé est au même niveau que le pétrole et le gaz", explique Jean-François Loiseau. Vladimir Poutine l’a bien compris, il achète d’ailleurs "une certaine bienveillance de certains pays d’Afrique en facilitant ce corridor". Les Russes exportent beaucoup de blé par le Sud, par la mer d’Azov. Il y a un grand port, le port de Rostov, qui débouche sur la Mer Noire, avec quelques difficultés parce qu’il y a beaucoup d’encombrement. Il y a d’ailleurs beaucoup de bateaux qui peuvent être bombardés. Bien que l’exportation russe continue, les "compagnies internationales et les compagnies d’assurance sont très fébriles pour aller chercher du blé en Ukraine. Il y a un risque de torpillage".

"Les enjeux sont considérables", souligne Jean-Jacques Bourdin. On comprend pourquoi des accords sont trouvés quand on réalise que la Russie en a besoin pour transporter ses produits. "Les Russes ne peuvent pas subir de blocage parce que leur économie est très dépendante. Le sujet de l’énergie et du gaz s’ajoute au sujet des céréales, et de son impact sur les industries agroalimentaires en Europe et en France". "La guerre est de la faute des russes, mais il faut quand même privilégier des circuits économiques parce que sinon nos consommateurs citoyens en France et en Europe seront extrêmement pénalisés". "Tout le monde y a intérêt", insiste Jean-Jacques Bourdin, "en Occident comme en Russie".

Le blé français, quant à lui, continue d’être exporté et il performe, rappelle Jean-Jacques Bourdin. "Le blé français a atteint un niveau d’équilibre qui permet un revenu à peu près correct pour un agriculteur". Il a explosé récemment, "c’est tant mieux pour les agriculteurs". "Si cela monte très haut et handicape les chaînes alimentaires, comme la grande distribution qui ne fait pas de cadeaux, in fine, c’est le consommateur qui paye", conclut Jean-François Loiseau.