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Marseille: procès de cinq légionnaires pour un réseau international de proxénétisme

Cinq légionnaires, quatre Russes et un Ouzbek, et la compagne de l'un d'entre eux, Ukrainienne, sont accusés d'avoir monté un vaste réseau de prostitution à travers la France. Leur procès pour proxénétisme et traite d'êtres humains s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille.

LOIC VENANCE - AFP/Archives

Cinq légionnaires, quatre Russes et un Ouzbek, et la compagne de l'un d'entre eux, Ukrainienne, sont accusés d'avoir monté un vaste réseau de prostitution à travers la France. Leur procès pour proxénétisme et traite d'êtres humains s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Marseille.

Les cinq hommes avaient tous eu des parcours sans incident dans la Légion étrangère, corps de l'armée française uniquement composée d'étrangers: médailles après des opérations extérieures, au Mali notamment, certificats de bonne conduite, ils n'avaient jamais fait parler d'eux autrement que par leurs faits d'armes.

Concernant ce dossier qui les a menés devant la justice, ils reconnaissent seulement "quelques aides" et coups de main à des prostituées. Mais, durant ce procès dont le jugement est attendu vendredi midi, ils devraient être confrontés à des écoutes téléphoniques accablantes, selon l'accusation.

"Dans mon pays, ce que je fais ici, c'est, entre guillemets, +légal+. En Ukraine, c'est comme ça", s'est en tous cas défendue lundi la seule femme présente sur le banc des prévenus, une jeune Ukrainienne de 26 ans, aujourd'hui femme de chambre dans un hôtel, reconnaissant certes avoir dirigé un réseau de proxénétisme, mais un réseau "gentil et humain".

Elle-même venue en France en 2018 pour se prostituer, pour aider sa mère malade à régler des frais médicaux, c'est après sa rencontre avec un légionnaire russe que la jeune femme était passée du côté des proxénètes, montant avec son compagnon et les collègues de celui-ci un réseau de prostitution dans une quarantaine de villes moyennes à travers la France.

Exploitant plusieurs dizaines de jeunes femmes venues d'Ukraine et de Russie, entre 2019 et 2021, ce réseau assurait au couple des revenus mensuels de 5.000 et 12.000 euros a-t-elle expliqué lundi. Dans une écoute avec un commercial BMW, elle disait disposer d'un apport de 62.000 euros.

Confrontée à des conversations captées par les enquêteurs, la prévenue est apparue comme une gestionnaire à poigne, qui sélectionnait ses "filles" avec soin: dans un enregistrement, on l'entend ainsi écarter les Moldaves, qui "ont les yeux marrons et sont moins demandées que les Ukrainiennes. A moins qu'elles aient de belles fesses".

L'enquête avait débuté en novembre 2020 par l'interpellation à la gare de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) d'une jeune Ukrainienne en possession de 10.770 euros et de nombreux préservatifs.

- "L'organisation fait tout" -

Les lignes téléphoniques utilisées pour prendre contact avec les jeunes femmes, à La Rochelle, Brest, Strasbourg, Bayonne, Antibes ou encore Fréjus, entre autres, étaient géolocalisées à Nîmes. Certains titulaires de ces lignes avaient pour adresse la caserne du 2e régiment étranger d'infanterie, basé dans cette ville.

Face aux enquêteurs, les prostituées ont évoqué "une organisation" avec laquelle elles auraient pris contact via des groupes de discussion sur Telegram. La structure prenait tout en charge: billets d'avions jusqu'à Paris, taxis, billets de trains en vue d'une installation dans des villes moyennes, dans des appartement loués via des plateformes, et publication de leur annonce sur les sites.

"Je ne fais rien, l'organisation fait tout", a ainsi expliqué Nina, qui avait déjà travaillé au Danemark ou à Dubaï.

Organisateurs présumés de ce réseau de prostitution, les légionnaires se chargeaient de la prise de rendez-vous, jouant le rôle de standardiste. Puis le client recevait une confirmation de rendez-vous avec l'adresse et le code de l'immeuble. La seule personne de l'organisation que les prostituées rencontraient régulièrement était le collecteur, qui récupérait 50% de leurs gains.

Au premier jour de ce procès, prévu pour durer jusqu'à vendredi, les militaires, des trentenaires qui ont désormais tous quitté l'armée, à l'exception de l'un d'entre eux, dont le contrat s'achèvera en juillet, ont d'abord expliqué leur engagement dans la Légion étrangère, qui leur aurait valu d'être "considérés comme des traîtres par le gouvernement russe".

Puis, au début de la guerre en Ukraine, les choses se seraient "encore durcies", a expliqué l'un d'eux.

Ex-électricien, un prévenu de nationalité russe a assuré avoir fui des poursuites judiciaires illégitimes pour trafic de stupéfiants. Un autre de ses compatriotes a pointé son désaccord "avec Monsieur Poutine" et avec la corruption dans son pays, quand "il faut donner une partie de son salaire pour la police".

Par Luc LEROUX / Marseille (AFP) / © 2024 AFP

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