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"L'école doit être un sanctuaire" : à Saint-Denis, la colère après l'intervention de la police dans un lycée

Une "ligne rouge totale a été franchie", un "scandale absolu", "un choc" : plusieurs centaines d'élèves et enseignants du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis ont crié leur colère jeudi devant le commissariat du quartier après l'"intervention violente" de la police dans leur établissement.

Rassemblement d'élèves et enseignants à Saint-Denis contre l'intervention policière violente dans leur lycée.
Dimitar DILKOFF - AFP

Une "ligne rouge totale a été franchie", un "scandale absolu", "un choc" : plusieurs centaines d'élèves et enseignants du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis ont crié leur colère jeudi devant le commissariat du quartier après l'"intervention violente" de la police dans leur établissement.

Plus tôt dans la journée, la brigade anti-criminalité (Bac) a interpellé au sein du lycée un élève "auteur d'un outrage", a indiqué la préfecture de police à l'AFP, précisant avoir eu l'accord du chef d'établissement.

"Ce qui s'est passé dans le bureau de la direction est un scandale absolu", dénonce au mégaphone, devant le commissariat, Georges H., professeur d'histoire géographie de 35 ans, estimant qu'une "ligne rouge totale a été franchie".

"So-so-solidarité avec nos élèves réprimés", scandent en signe d'approbation des personnels du lycée, notamment des assistants d'éducation, tapant des mains et appelant à la "démission" du proviseur du lycée.

Ils lui reprochent notamment d'avoir laissé entrer des policiers en civil au sein de l'établissement en vue d'interpeller un lycéen.

Rassemblement de plusieurs centaines d'élèves et enseignants du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis le 15 octobre 2026 contre l'intervention de la police dans leur établissement

Rassemblement de plusieurs centaines d'élèves et enseignants du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis le 15 octobre 2026 contre l'intervention de la police dans leur établissement

Dimitar DILKOFF - AFP

"Un proviseur qui livre un de nos camarades à la police au sein du lycée, si je compare à mes cours, ça me fait penser au régime de Vichy", lâche Bilal, 17 ans, élève de terminale à Paul-Eluard.

Contacté par téléphone, le proviseur du lycée, l'un des plus médiatisés depuis le début du mouvement lycéen mi-septembre, n'a pas souhaité s'exprimer, redirigeant l'AFP vers "le service communication du rectorat de Créteil."

- "Peur des élèves" -

Au milieu des manifestants rassemblée coude-à-coude, Bilal dit avoir "peur" et ne plus se sentir en sécurité dans son école.

"C'est pas la police qui a un problème, mais des policiers au sein de la police", estime-t-il, assurant avoir toujours "défendu les institutions de la France."

"L'école doit être un sanctuaire", poursuit le professeur d'histoire-géographie, à proximité d'une quarantaine de CRS postés en arc de cercle devant l'entrée du commissariat.

Rassemblement de plusieurs centaines d'élèves et enseignants du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis le 15 octobre contre l'intervention de la police dans leur établissement

Rassemblement de plusieurs centaines d'élèves et enseignants du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis le 15 octobre contre l'intervention de la police dans leur établissement

Dimitar DILKOFF - AFP

Lui aussi décrit la "peur des élèves" qui redoutent désormais de "se prendre une matraque dans la gueule", alors que leurs revendications sont "simples" : "avoir du papier dans les toilettes, de l'eau courante, de l'électricité".

"A l'exception de quelques personnes de la hiérarchie, toute la communauté éducative est choquée, les parents d'élèves ont peur pour leurs enfants", abonde Fred S., un collègue en sciences économiques et sociales de 33 ans.

Depuis le début du mouvement lycéen, 1.260 personnes, dont 86% des mineurs, ont été interpellées dans l'agglomération parisienne, selon la préfecture de police de Paris.

Dans la foule réunie devant le commissariat jeudi, une femme brandit une pancarte tachée couleur rouge sang : "Daronnes en colère ! Jeunesse violentée".

Cette mère de deux lycéens se dit "stupéfaite" de la manière dont "les jeunes sont traités".

"Je cherche à ce que leur parole puisse s'exprimer et que ce soit ça qu'on retienne de leur mouvement", assure-t-elle.

Parmi les professeurs mobilisés, beaucoup estiment que "protéger leurs élèves" relève du "devoir moral".

"Violences sexuelles, propos racistes, coups": depuis le début du mouvement lycéen, des centaines de messages d'élèves dénonçant les agissements de membres des forces de l’ordre leur ont été envoyés, rapportent-ils.

"On ne veut pas qu'il y ait un autre George Floyd", lance au mégaphone l'enseignant Georges H., en référence à cet Américain noir tué par un policier en 2020 aux Etats-Unis.

"Si on ne fait rien, il va y avoir des morts", prévient-il, raison pour laquelle "on ne retravaillera pas tant que le proviseur n'aura pas démissionné."

Par Emilie BERAUD / Saint-Denis (France) (AFP) / © 2026 AFP

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