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Charles Sapin : « Je n'étais qu'un modeste figurant au milieu d'une guerre interne à France Inter »

INTERVIEW SUD RADIO - Pourquoi Charles Sapin a-t-il quitté France Inter ? Le directeur de la rédaction de Valeurs actuelles revient sur la polémique qui a conduit à l'arrêt de sa chronique dominicale. Au micro de Sud radio, il évoque les divisions internes de Radio France, le rôle des syndicats et les enjeux de pluralisme au sein du service public audiovisuel.

Radio France
Radio France (DR Radio France)


Écarté il y a près d'un mois de l'antenne de France Inter après deux chroniques et une fronde syndicale, avant de claquer la porte de son propre chef, le directeur adjoint de Valeurs Actuelles, Charles Sapin, a assuré au micro de Sud Radio ne nourrir ni rancœur ni amertume. Pour l'intéressé, l'épisode est déjà presque classé. Le journaliste estime que son éviction révèle avant tout les tensions idéologiques qui traversent le service public et une partie de la gauche, et plus largement, les difficultés du service public à faire cohabiter des sensibilités politiques opposées.

"On était tombé d'accord avec la direction de Radio France"

« Cette histoire m'est un peu passée au-dessus, si vous voulez, parce que je me suis rendu compte très rapidement que cette histoire dépassait ma personne, raconte-t-il. Je n'étais qu'un modeste figurant à ce qui était une guerre interne à France Inter, et plus largement à la gauche. Moi, pour vous raconter l'histoire, quand la direction de France Inter me propose cette chronique hebdomadaire, donc c'est 150 secondes le dimanche à 7h40 du matin, ça s'inscrit dans un projet auquel j'adhérais totalement. »

Et de poursuivre : « Avec la direction de France Inter, on a fait ce constat commun que nous sommes à la veille d'une présidentielle capitale et que nous sommes dans une polarisation accélérée avec une fracturation très importante du pays. Et on est tombé d'accord sur le fait que le meilleur antidote à cette polarisation que tout le monde déplore est de continuer de dialoguer, de débattre ensemble. Parce que si vous laissez faire la polarisation, les gens restent avec ceux avec qui ils sont d'accord, se radicalisent, et après il n'y a plus de débat. C'est une logique mortifère. »

« Une minorité radicalisée de syndicats s'est opposée au projet »

Le projet ne survivra pourtant pas à la contestation interne déclenchée par l'arrivée du journaliste de droite. Après deux chroniques diffusées, plusieurs syndicats de Radio France organisent un mouvement de grève et dénoncent la venue d'un responsable éditorial de Valeurs actuelles sur l'antenne de service public.

Charles Sapin regrette aujourd'hui le recul de la direction. « J'ai été malheureux qu'ils ne tiennent pas jusqu'au bout, et qu'une minorité radicalisée de syndicats soit opposée à ce projet », affirme-t-il. Malgré tout, il refuse d'en faire un drame personnel. « Je suis quelqu'un de bien élevé, donc on me demande de venir, je viens. On me demande de ne pas venir, je ne viens pas. Je n'en fais pas des nuits blanches. »

« Une partie de la gauche assume de prendre en otage la démocratie »

Au-delà de son seul cas, Charles Sapin estime que l'affaire illustre une tendance plus profonde dans le débat public français. « Ce qui s'est passé à France Inter mais qui se passe dans d'autres endroits, c'est que vous avez une partie de la gauche, en fait, qui a lâché la rampe », souligne-t-il. Le journaliste va même plus loin, dénonçant ceux qui, selon lui, refusent désormais la confrontation des opinions : « une partie de la gauche assume de prendre en otage la démocratie ».

« Il n'y avait pas une espèce de police politique »

Charles Sapin tient toutefois à nuancer ses critiques à l'égard du service public audiovisuel. Invité régulièrement sur Franceinfo TV, il souligne entretenir de bonnes relations avec plusieurs rédactions publiques et assure n'avoir jamais été confronté à une surveillance éditoriale particulière.

À propos de la chronique qui lui avait été confiée sur France Inter, il explique que son travail aurait été soumis aux mêmes processus de validation que ceux appliqués à l'ensemble des chroniqueurs. « Pour le coup, ils se sont très très bien comportés, il n'y avait pas une espèce de police politique par laquelle mes chroniques passaient avant que je puisse les lire à l'antenne. » Pour lui, le problème est venu de l'extérieur de la chaîne hiérarchique. « Par les syndicats, par une radicalisation », conclut-il.

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