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Budget 2027 : Canal+ et France Télévisions visés, le cinéma français inquiet

Par Estelle Solari

DECRYPTAGE SUD RADIO - Avec +20% de TVA pour Canal+ et -47 M€ pour France Télévisions, le cinéma français s'inquiète et alerte. Plus de 170 réalisateurs dénoncent les coupes budgétaires qui fragilisent son financement et son avenir.

Le financement du cinéma français est menacé par plusieurs mesures du budget 2027.
Le financement du cinéma français est menacé par plusieurs mesures du budget 2027.

Jacques Audiard, Justine Triet, Claire Denis,... Plus de 170 cinéastes se mobilisent dans une tribune, publiée dans Le Monde, ce jeudi 14 octobre 2026, pour dénoncer le doublement de la TVA sur Canal+ et une baisse de la dotation de France Télévisions, annoncés par l'Etat. Deux mesures du projet de budget 2027 qui sonnent comme « un effacement sans précédent du cinéma français ». Le secteur exige une loi dédiée au cinéma et défend ses principaux financeurs.

200 millions d'euros supplémentaires pour Canal+

Le gouvernement envisage d'augmenter de 10% à 20% la TVA applicable aux services de télévision payante linéaire, dont Canal+. Son but ? S'aligner sur le taux appliqué aux plateformes de vidéo à la demande comme Netflix. Mais la chaîne française n'a pas les mêmes ressources que Netflix.

Dans son communiqué, le groupe a qualifié la mesure d’« une attaque directe sur ses activités ». Cette hausse lui coûterait environ 200 millions d’euros par an. Pire, Canal+ menace d'en tirer « les conséquences et accélérera sa stratégie de déploiement à l’international ». Si la mesure rentre en vigueur, le groupe devra réduire ses investissements dans le cinéma et le sport en France.

Pourquoi le cinéma est lui aussi concerné ?

Mais comment une chaîne peut-elle avoir un impact sur le box office français ? Simple. Le financement du cinéma tricolore repose sur un système de redistribution : les salles, les chaînes de télévision et les plateformes contribuent notamment au CNC, Centre national du cinéma et de l’image animée. Un mécanisme qui soutient la production, les auteurs, les salles et la diversité des films.

Problème : Canal+ est l’un des grands financeurs de ce système. Cette hausse de TVA freinerait la chaîne. Conséquences ? Moins d'investissement dans les films "moins rentables", souvent les films d’auteur, premières réalisations ou productions indépendantes. De quoi mettre à mal la diversité du cinéma français.

L'avenir de 80 films français par an en jeu

D'ailleurs, Canal+ avait signé, fin juillet 2026, un accord prévoyant d’investir près d’un milliard d’euros dans le cinéma français et européen sur 5 ans. Les professionnels des salles obscures redoutent que cette hausse de TVA rende l'engagement caduc ou du moins, impossible à tenir.

Les professionnels estiment que le doublement de la TVA entraînerait une baisse de 750 millions d’euros pour la création cinématographique d'ici 2032. C'est environ 400 films non produits sur 5 ans et près de 80 films par an.

France Télévisions dans le viseur du gouvernement

Second coup de massue : une baisse de 47 millions d’euros de la dotation publique de France Télévisions, prévue en 2027. C'est la goutte de trop, les cinéastes s'insurgent : France Télévisions préachète, coproduit et diffuse nombre de leurs films. Concrètement ? Une baisse de ses moyens réduira les financements disponibles pour le cinéma, surtout les indépendants. Leur soutien est déjà menacé par la potentielle hausse de TVA de Canal+.

Les organisations professionnelles du cinéma avaient déjà écrit le 25 septembre au président Emmanuel Macron, pour alerter sur les « conséquences dramatiques » d’une telle hausse, estimant qu’elle pourrait affecter « significativement l’équilibre économique » de Canal+ et « sa capacité d’investissement dans la création cinématographique ».

Une tribune pour demander une "loi cinéma"

Cette mobilisation prend la forme d’une tribune signée par plus de 170 cinéastes, publiée dans Le Monde. Les signataires demandent notamment, une véritable « loi cinéma ». Parmi les revendications, celle de pérenniser la chronologie des médias, c'est-à-dire, les délais entre sortie en salle, vidéo à la demande, télévision et plateformes.

Il est aussi question d'encadrer l'IA pour protéger les oeuvres, auteurs et métiers du cinéma. Afin de sécuriser France TV, les spécialistes du secteur appellent à repenser le financement de l'audiovisuel public, ainsi qu'à protéger les moyens et missions du CNC. Le Centre national du Cinéma est pilier du financement cinématographique tricolore.

Où en est le dossier ?

La mesure sur la TVA de Canal+ figure dans le projet de loi de finances 2027, mais elle est pour l'heure, écartée, en commission des finances de l’Assemblée nationale. Attention : cela n'annule pas le texte qui peut encore être modifié ou réintroduit lors des débats parlementaires. Le cinéma français demande donc un compromis : maintenir une TVA réduite pour Canal+, protéger le CNC et France Télévisions, et inscrire ces règles dans une loi durable.

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