Le regard libre d'Elisabeth Lévy - Loi Avia : "quand la censure néo-soviétique est elle-même censurée"

Dernier bastion de la démocratie, le Conseil Constitutionnel a retoqué les grands traits de la loi Avia - ou contre la "cyberhaine" -, jugeant que le texte portait atteinte à la liberté d'expression. Voilà que la raison revient, n'en déplaise à la mordante Laetitia Avia.

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La loi Avia contre la haine en ligne est retoquée par le Conseil constitutionnel.

La censure est enfin censurée : le Conseil constitutionnel a taillé en pièces la loi scélérate défendue par la mordante Laetitia Avia et crée l‘union sacrée chez ses opposants. Chez les Insoumis comme au Rassemblement National, de Mediapart à Valeurs Actuelles, la décision a suscité une explosion de joie. Certes, nous n’en avons pas fini avec les velléités liberticides du parti présidentiel - il faudra avoir la peau du stupide Conseil de déontologie des journalistes -, mais nous avons échappé à une loi néo-soviétique, pour reprendre l’expression de Mathieu Bock-Côté. 

Le Conseil Constitutionnel a estimé que atteintes à la liberté d’expression étaient disproportionnées. Or, selon la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, cette liberté un des droits les plus précieux. Sans liberté de critiquer, d’exprimer des opinions minoritaires, choquantes voire déraisonnables, il n’y a pas de débat public, donc pas de démocratie. 

Qu’est-ce qui posait problème dans la loi ? 

Tout, et d’abord l’intention affichée : lutter contre la haine en ligne. Le législateur n’a pas à se mêler de mon for intérieur, ni à dresser la liste des sentiments et émotions acceptables. Pourquoi pas la jalousie ? 

C’est une notion d’autant plus dangereuse que le progressisme multiculturel a tendance à requalifier en haine voire en phobie tout ce qui s’oppose à lui : critiquer l’islam sera de l’islamophobie, s’opposer au mariage gay, de l’homophobie. Comme le dit Muray, à la fin, “on mettra tous les dissidents dans la cage aux phobes”

Ensuite, cette loi obligeait les plateformes à supprimer dans les 24 heures les contenus haineux qui leur étaient signalés sous peine de sanction pénale. En somme, on leur confiait le soin de faire régner l’ordre public. Cela encourageait la délation et aurait incité les GAFA à censurer de façon préventive et automatique tout ce qui sort des clous du politiquement correct. 

Donc, il faut laisser dire n’importe quoi ? 

Non, c’est à la justice de faire appliquer sur les réseaux sociaux les lois qui régissent la presse. Impossible de déclencher une procédure à chaque dérapage. La Justice peut au moins se saisir des lynchages numériques comme celui de Mila. Et si elle oblige les plateformes à divulguer l’identité des internautes et prononce de véritables sanctions, ce sera déjà un progrès. 

Cependant, il demeure impossible d’effacer ou d’interdire toutes les âneries, méchancetés et humeurs. Nous avons peut-être créé un monstre, il faut faire avec. À tout prendre, mieux vaut le Far West que la Corée du Nord.