Le regard libre d'Élisabeth Lévy : Emmanuel Macron qui appelle Jean-Marie Bigard, un simple coup de communication ?

Emmanuel Macron a appelé Jean-Marie Bigard. Si l'idée paraît saugrenue, elle a au moins le mérite de faire monter la gauche moralisante sur ses grands chevaux. Si ce n'est qu'un coup de communication de la part du Président, cela attise tout de même la curiosité. Lui, le Président qui voulait terrasser la fureur populiste veut maintenant la chevaucher. Nous ne devons pas nous laisser envahir par la naïveté, mais aussi étrange que cela puisse paraître, peut-être assistons-nous à un renouveau présidentiel s'inscrivant dans une certaine réalité historique.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

 

Vous voulez parler du coup de fil d’Emmanuel Macron à Jean-Marie Bigard qui réclame la réouverture des bistrots. 

Oui, la gauche à grande conscience n’en finit pas de hoqueter de colère et rien que pour ça, il faut remercier le Président de la République. Zemmour, Bigard, et la bonne manière à Philippe de Villiers, avec la réouverture du Puy du Fou, Emmanuel Macron prend un malin plaisir à fréquenter ceux que le progressisme moral a décrété infréquentables. S’agissant de Bigard, ce progressisme est souvent assaisonné de mépris de classe. Les défenseurs des opprimés n’aiment pas la France de Camping.  Bigard, ses blagues salaces et ses intonations d’ivrogne comme l’écrit un journaliste de Libération, ce n’est pas distingué. Il en a d’ailleurs remis une couche sur Sud Radio au micro d’Yvan Cujous :  je chie sur le Président et le Président m’appelle. Je trouve ça génial. Et malgré ces manières déplorables, on l’écouterait lui, plutôt que les technocrates encravatés férus de normes et d’interdits ? 

Vous n’êtes pas naïve. C’est évidemment un coup de communication. 

Quand le Président fait ou dit quelque chose de public, c’est toujours de la communication. Que ces amabilités aient un sens politique, c'est évident. Selon Natacha Polony, Bigard est en fait une boule dans le billard à trois bandes entre les deux têtes de l’exécutif.  Macron désavouerait son Premier Ministre par Villiers et Bigard interposés. Pour Laurent Joffrin, le président des riches essaie de redorer son blason en écoutant "les grandes gueules d’en bas". Le patron de Libération imagine un gouvernement alternatif : Onfray à Matignon, Bigard au commerce, Raoult à la Santé, Zemmour à l’immigration et votre servante à la condition féminine. Plus sérieusement, l’Elysée redouterait une candidature incongrue et populaire en 2022. Et pourquoi pas une candidature pertinente et populaire ? 

Vous la voyez venir ? 

Beaucoup de gens rêvent d’un Macron des populistes, qui réconcilierait la France périphérique. Le problème est que cette France est beaucoup moins homogène idéologiquement et culturellement que celle des centre-ville que Macron a rassemblée par-delà le clivage droite/gauche en 2017. En attendant, cela explique peut-être le changement de pied élyséen. Il y a un an, Macron prétendait terrasser l’hydre populiste. Aujourd’hui semble vouloir la chevaucher. Donc lui aussi fait du populisme. Sur la forme, il s’adresse au peuple en contournant les corps intermédiaires. Sur le fond, on ne peut pas exclure d’emblée qu’il ait entendu les aspirations à la souveraineté et à la continuité historique d’une grande partie des Français. N’oublions pas que c’est l’alliance entre le peuple et la monarchie absolue qui a abattu les féodalités. Peut-être assistons-nous sans le savoir au début de la réinvention présidentielle.