Élisabeth Lévy - "Ce comité citoyen est l'aveu du gouvernement de la perte de confiance de son peuple"

Chacun se renvoie la balle de la lenteur technocratique typiquement française, personne ne semble assumer la stratégie vaccinale et dans le même temps, le gouvernement a eu cette idée "lumineuse" de créer un comité de 35 citoyens tirés au sort. Cela semble simplement ajouter de la lourdeur à la lourdeur.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

2021, parlons du vaccin…

Un clou chasse l’autre mais rien ne change. Après les masques, les tests, l’année 2021 commence avec la saga du vaccin. Axel Kahn parle déjà d’un désastre. S’il y avait des bistrots, on y causerait de ce palmarès où nous figurons bons derniers, à côté de la Belgique. Quelques centaines de vaccinés (516 personnes pour être exact) contre 1 million en Israël, 900 000 en GB et 238 000 en Allemagne où le gouvernement se fait pourtant étriller par la presse. Le petit jeu de “la faute à qui” a commencé. Le président de la République accuse le gouvernement qui lui-même accuse l’administration. L’administration n’accuse personne parce que l’administration n’a pas de visage ni de voix, à en croire que nous sommes dirigés par une intelligence artificielle). 

Alors pourquoi en sommes-nous là ? 

C’est tout de suite une série de causes. 

  • Voilà le révélateur de l’impuissance publique et de la difficulté à traduire dans le réel, une décision prise par le président de la République élu et les ministres qu’il a choisis. En l’occurrence, ce qui bloque pour le moment, c’est l’homologation des congélateurs. Macron fait fuiter dans la presse qu’il est en rogne en espérant que ça va secouer le cocotier. Et les ministres font pareil avec les technocrates. Véran annonce sur Twitter qu’il a ordonné aux hôpitaux de vacciner les soignants. Et en prime, ils veulent ajouter une couche de plus : le comité citoyen, ce qui revient à entériner que la décision politique n’est pas légitime. Et à admettre qu’ils ont perdu la confiance des citoyens. 
  • Un aspect peu souligné et pour cause. Le Royaume-Uni post-Brexit semble incomparablement plus rapide et plus souple. Chez nous, où toute décision est l’objet de négociations et de compromis, l’accord de l’Agence européenne du médicament a pris du temps. Et les commandes sont indéniablement insuffisantes. Bref, un cas d’école de la bureaucratie et paralysie de l’Union Européenne.

Il y a aussi les choix faits par le gouvernement.

Certes. Dans toute cette crise, le gouvernement conjugue faiblesse et arbitraire. Comme lorsqu’il interdit l’alcool dans 15 départements pour la Saint-Sylvestre et paraît terrifié jusqu’à la paralysie à la simple évocation des vaccins. 

Mais cela répond aussi aux injonctions paradoxales des Français, très forts dans le “en même temps”. On ne veut pas se faire vacciner (58 % selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et France Info !) mais on veut avoir le vaccin puisque les autres l’ont. On veut que ça aille vite, mais que ce soit sûr à 100 %. Bref, nous voulons la liberté sans le risque. Il serait temps d’admettre collectivement que ça, ça n’existe pas.