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Naufrage de migrants : le procès des passeurs s'ouvre à Paris

Zana Mamand Mohammed brandit devant le tribunal de Paris les photos, imprimées en grand format, de son frère et d'autres Irakiens, morts en 2021 dans le pire naufrage connu de migrants dans la Manche. "Ils avaient des projets, des rêves", dit-il, la voix brisée.

Avocat se rendant au tribunal de Paris pour le procès des passeurs de migrants.
SIMON WOHLFAHRT - AFP

Zana Mamand Mohammed brandit devant le tribunal de Paris les photos, imprimées en grand format, de son frère et d'autres Irakiens, morts en 2021 dans le pire naufrage connu de migrants dans la Manche. "Ils avaient des projets, des rêves", dit-il, la voix brisée.

Au moins 31 personnes, dont sept femmes, deux mineurs et un enfant, ont péri ou disparu dans ce naufrage la nuit du 23 au 24 novembre 2021, alors qu'ils tentaient de gagner l'Angleterre à bord d'une embarcation surchargée et en mauvais état.

Au premier jour du procès de 14 passeurs présumés, poursuivis notamment pour homicide involontaire et aide au séjour irrégulier en bande organisée, deux frères de victimes sont venus témoigner.

Zana, policier kurde irakien de 32 ans, parle de Twana, son petit frère de 18 ans, un jeune homme amateur de taewkwondo, qui voulait comme d'autres fuir un Irak en proie au chaos et aux guerres et "aller chercher ailleurs une autre vie".

A l'été 2021, Twana est passé par la Turquie, l'Italie, Paris -où il s'est fait prendre, tout sourire, en photo devant la tour Eiffel-, avant d'arriver dans le nord de la France, où il a embarqué pour son voyage fatal.

"Depuis ce naufrage, nous sommes toujours dans l’attente de retrouver notre frère, puisqu’il a disparu, d'avoir une tombe où se recueillir", lance le policier, élégant dans une chemise blanche et un gilet, qui demande au tribunal d'être "sévère" mais aussi de faire la lumière sur ce qui s'est passé cette nuit là.

- Cinq ans de souffrance -

A la barre lui succède Shamal Ali Pirot, le grand frère de Shakar, mort à 30 ans. Son corps a pu être récupéré, mais la tragédie a ravagé la famille restée en Irak.

"Ma mère a vu le cadavre. Depuis cinq ans, elle est en souffrance, toutes les nuits. Elle a perdu la mémoire, il faut la surveiller 24h/24, elle ne me reconnaît pas, moi son fils", raconte-t-il, assisté, comme toutes les familles mais aussi les prévenus, par un interprète.

"Ma mère est vivante, mais elle est morte", résume-t-il froidement.

Au total, neuf familles assistent à l'audience depuis Erbil, capitale de la région du Kurdistan, dont étaient originaires la majorité des victimes. Parmi les morts, figurent également des personnes de nationalité afghane, égyptienne, somalienne, iranienne, éthiopienne.

Seuls un Irakien et un Somalien ont survécu. Ce dernier "n'a pas eu la force de se présenter aujourd'hui, il sera entendu s'il le peut" lors du procès prévu pour durer trois semaines, a souligné son avocat Me Matthieu Chirez.

- "Grands absents" -

Le naufrage est à ce jour la pire tragédie survenue depuis l'explosion en 2019 des traversées clandestines de migrants tentant de rallier l'Angleterre depuis la France à bord de "small boats", des embarcations de mauvaise qualité et surchargées.

Il est reproché aux prévenus d'avoir participé à "la mise à l'eau d'un +small boat+ de piètre qualité, non homologué, inapte à la navigation en pleine mer, surchargé et dépourvu de gilets de sauvetage adaptés".

Mais la responsabilité est aussi élargie à ceux qui sont accusés d'avoir transporté, hébergé ou accompagné des victimes, des actions s'inscrivant dans une "chaîne d'effets en série" ayant conduit à la tragédie, selon l'enquête.

La plupart ont nié être des passeurs et ont contesté leur responsabilité, ou se sont présentés comme eux-mêmes candidats à l'exil.

Deux réseaux d'aide à l'immigration, l'un afghan, chargé d'organiser le transport des candidats à l'exil depuis l'Italie jusqu'à "la jungle" dans le nord de la France, puis leur passage vers l'Angleterre, et l'autre irakien, ont été mis au jour par l'enquête.

Mais "il y a de grands absents dans ce procès", a regretté Me Emmanuel Daoud, avocat d'une famille, au sujet des militaires français mis en cause dans le naufrage.

Car c'est l'autre volet, très sensible, de ce dossier, toujours en cours d'instruction: sept militaires français - sauveteurs et marins - sont mis en examen pour ne pas avoir porté assistance aux naufragés, et pourraient faire l'objet d'un procès distinct.

Les passagers du bateau ont en effet passé plus d'une dizaine d'appels à l'aide aux secours français et britannique pendant les heures qu'a duré le naufrage. En vain.

Par Cécile FEUILLATRE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP

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