Le procès de quatorze passeurs présumés s'est ouvert mardi devant le tribunal correctionnel de Paris, près de cinq ans après le naufrage le plus meurtrier de migrants dans la Manche, en présence de plusieurs familles de victimes venues du Kurdistan irakien.
Au moins 31 personnes, dont au moins deux mineurs, majoritairement des Kurdes irakiens mais aussi des migrants originaires d'Afghanistan, d'Egypte, du Kurdistan iranien, d'Ethiopie et du Vietnam, se sont noyées ou ont disparu dans ce naufrage la nuit du 23 au 24 novembre 2021. Seuls un Somalien et un Irakien ont survécu.
Il s'agit à ce jour de la pire tragédie survenue depuis l'explosion en 2019 des traversées clandestines de migrants tentant de rallier l'Angleterre depuis la France à bord de "small boats", des embarcations de mauvaise qualité et surchargées.
Les 14 prévenus -dont deux, sous mandat d'arrêt, seront jugés par défaut-, en majorité Afghans, sont poursuivis notamment pour homicide involontaire, aide au séjour irrégulier en bande organisée et participation à une association de malfaiteurs.
Il leur est reproché d'avoir participé à "la mise à l'eau d'un +small boat+ de piètre qualité, non homologué, inapte à la navigation en pleine mer, surchargé et dépourvu de gilets de sauvetage adaptés".
Mais la responsabilité est aussi élargie à ceux qui sont accusés d'avoir transporté, hébergé ou accompagné des victimes, des actions s'inscrivant dans une "chaîne d'effets en série" ayant conduit à la tragédie, selon l'enquête.
La plupart ont nié être des passeurs et ont contesté leur responsabilité, ou se sont présentés comme eux-mêmes candidats à l'exil.
Deux réseaux d'aide à l'immigration, l'un afghan et l'autre irakien, ont été mis au jour par l'enquête.
Le 24 novembre 2021 aux alentours de 14h, un navire de pêche français signalait plusieurs corps inanimés en mer au large de Calais, tout proche des eaux anglaises. Les témoignages des deux survivants, qui avaient payé respectivement 1.500 et 2.750 euros pour leur passage, ont permis de reconstituer partiellement la nuit d'horreur du 23 au 24 novembre.
Des personnes participent à une marche commémorative en hommage aux 27 victimes du naufrage d'une embarcation de migrants dans la Manche, survenu le 24 novembre 2021, le 23 novembre 2025 à Calais
Sameer Al-DOUMY - AFP/Archives
Le bateau, une embarcation de mauvaise qualité, avec des flotteurs larges de 60 cm selon l'enquête, a été mis à l'eau en fin de soirée le 23 novembre.
Il a commencé à se dégonfler et à prendre l'eau après quelques heures de navigation. Les passagers tombent et se noient les uns après les autres. Non sans avoir passé une dizaine d'appels à l'aide désespérés aux secours français et britanniques, en vain.
C'est l'autre volet, très sensible, de ce dossier, toujours en cours d 'instruction: sept militaires français -sauveteurs et marins- sont mis en examen pour ne pas avoir porté assistance aux naufragés.
AFP / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP