La France s’embrase en ce début d’été. Hier seulement, plus de 30 départs de feu ont été recensés un peu partout en France, contraignant des milliers de personnes à évacuer leur domicile. Lors d’une réunion de crise à Marseille, Sébastien Lecornu a même dévoilé que près de 7 000 départs de feu et 8 700 hectares brûlés ont été recensés en France depuis le début de la saison des incendies.
L'Aude est le département le plus touché, avec l'incendie parti mercredi soir à la frontière avec l'Hérault, qui a ravagé plus de 900 hectares. Dans les Bouches-du-Rhône, le feu de Lançon-Provence est désormais fixé. 275 hectares sont partis en fumée et les pompiers sont restés mobilisés une bonne partie de la nuit. Le feu serait parti en bordure de route, par un mégot de cigarette. Pour rappel, alors que 95% des départs de feux sont d'origine humaine selon les pompiers.
15% des incendies liés au tabagisme
D’après l'Imep-CNRS, environ 10 à 15% des départs de feux de forêt seraient attribuables au tabagisme, soit potentiellement plusieurs milliers d'incendies par an selon les années. À l'échelle locale, une étude sur les Bouches-du-Rhône révèle que 16% des départs d'incendies seraient dus à des mégots jetés par des automobilistes, et près de 14% à des promeneurs qui éteignent mal leur cigarette, soit environ 3 départs de feu sur 10 liés au tabac dans ce seul département.
Selon une autre étude Ipsos/Vinci Autoroutes de 2024, 24% des Français déclarent jeter leur mégot par la fenêtre de leur voiture, un chiffre qui grimpe même à 38% chez les fumeurs de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et de Corse. Pour Jean-Luc Beccari, du SDIS des Bouches-du-Rhône, sur Sud Radio, « les messages de prévention ont encore du mal à passer. Beaucoup de feux sont évitables en faisant tout simplement attention à ce que l'on fait en voiture, en bordure de massif et chez soi ».
Les sanctions trop clémentes pour les jets de mégots ?
Peut-être faudrait-il alors alourdir les sanctions lorsqu’un mégot est jeté. Aujourd’hui, jeter son mégot par terre ou par la fenêtre d'une voiture est seulement considéré comme un abandon de déchets. Une infraction classée en contravention de 4e classe, avec une amende forfaitaire de 135 euros, minorée à 90 euros et pouvant grimper jusqu'à 750 euros d'amende maximale. Certains élus jugent cette sanction dérisoire face aux conséquences potentielles. Un maire audois a récemment fait le choix d'une sanction bien plus lourde, en réclamant 1 500 euros d'amende pour une automobiliste prise en flagrant délit en pleine alerte incendie.
Si l'incendie provoqué par le mégot cause des dégâts, les poursuites peuvent devenir pénales, avec des peines nettement plus sévères. Si l'incendie cause des blessures, la peine peut grimper à 5 ans de prison et 75 000 euros d'amende, voire 10 ans de prison et 150 000 euros d'amende en cas d'homicide involontaire. À cela s'ajoutent des conséquences civiles : le responsable peut être condamné à rembourser les frais liés aux dommages causés par le feu comme les destructions de biens, les pertes agricoles, les coûts des secours et certaines assurances peuvent refuser d'indemniser un assuré jugé responsable d'une négligence grave.
Fumer au volant : pas interdit
Pour rappel, fumer en conduisant n'est pas interdit en tant que tel par le Code de la route. Il explique qu’il impose au conducteur de rester en permanence en état d'exécuter sans délai toutes les manœuvres nécessaires à une conduite sécurisée. Concrètement, ce n'est donc pas la cigarette elle-même qui est sanctionnée, mais le fait qu'elle puisse gêner la conduite.
Si les forces de l'ordre estiment que fumer nuit à la maîtrise du véhicule, elles peuvent verbaliser le conducteur avec une amende de 35 euros, sans retrait de points. À noter que depuis juillet 2015, il est interdit de fumer dans un véhicule en présence d'un enfant de moins de 18 ans. Une infraction sanctionnée par une amende pouvant aller jusqu'à 750 euros.