single.php

Grand entretien : les moments forts de l'année 2015 de Marcel Campion

Par La Rédaction

Pendant les vacances, Sud Radio donne la parole à des personnalités qui nous racontent leur année 2015. Ce vendredi 25 décembre, Marcel Campion, homme d'affaires surnommé le "roi des forains", répond aux questions de Christine Bouillot.

Thumbnail

Christine Bouillot : A quoi ressemble Noël quand on est présenté, comme vous Marcel Campion, comme le roi de la fête, le roi des forains ?Marcel Campion : Le 25 décembre, c'est une journée de gros travail. On va recevoir des dizaines de milliers de Parisiens sur nos manèges, nos activités, sur le marché de Noël à Paris. Et partout, on a nos installations de manège, y compris au Grand Palais en ce moment.Quel est le plus beau souvenir de Noël qui vous vient en mémoire ? L'un des plus beaux souvenirs, c'est la fois où j'ai, pour la première fois, il y a déjà une trentaine d'années, offert des jouets à 1000 enfants. Depuis 30 ans, je suis partenaire avec le Secours Populaire et tous les ans, on monte une journée où on fait venir 1000 enfants, on leur offre du manège, on leur offre un goûter et on leur offre un jouet.
La première fois que j'ai fait ça avec eux, c'était, pour moi, quelque chose d'assez particulier, de vivant. Ça m'a rappelé quand j'étais gosse. J'étais dans des familles d'accueil et ça m'a rappelé qu'on n'avait pas beaucoup de Noël. Là, faire plaisir à 1000 enfants en même temps, c'était un grand plaisir.Vous l'avez rappelé, Noël, ce n'est pas forcément qu'un moment de bonheur ou de joie. Il y a aussi tous ceux qui souffrent...Bien sûr. Quand vous êtes isolé, sans famille, un peu sur le côté, Noël est une journée comme les autres. Vous la vivez même un peu tristement quand vous voyez les autres s'amuser et que vous êtes un peu sur le côté.
C'est pour ça que faire des échanges et de la solidarité, ça aide beaucoup les autres, mais ça vous aide aussi.Est-ce que c'est inconsciemment pour ça que vous êtes un professionnel de la fête ? Pour mettre des paillettes et des sourires là où vous n'en avez pas eu vous ?C'est un métier que j'ai choisi, parce que mes parents étaient forains, même si je suis orphelin, pupille de la nation. Je savais que mes parents avaient été forains. Etant très jeune, je suis venu dans ce métier où j'ai monté les étages progressivement.
Ce qui fait que maintenant, j'ai beaucoup de personnes qui travaillent avec moi. En ce moment, je fais travailler 1200 personnes sur Paris. Ça fait quand même du monde à s'occuper. Et on fait la fête, on fait de l'amusement et ça se fait avec plaisir. Ce n'est pas comme un boulot à l'usine. Quand vous êtes là et que vous voyez les gens s'amuser, que finalement, ça fait les frais de tout le monde, tout le monde fait ses affaires, c'est un bonheur pour tout le monde.

"Dommage de fermer après les attentats, les gens voulaient s'amuser"

Cette année doit tout de même être particulière pour vous. Qu'est-ce que ça vous fait de voir toutes ces installations, toutes ces fêtes sillonnées par des policiers, des militaires armés ?La surveillance, c'est une chose. Mais ce qui m'a surpris, c'est que quelques jours après les attentats, on a été obligé de fermer toutes les activités. C'est un peu dommage parce qu'il y avait pas mal de public qui souhaitait s'amuser et les manèges, les activités, les stands étaient fermés sur ordre du préfet.
J'ai trouvé ça dommage parce qu'il y avait des gens qui avaient envie de s'amuser, il fallait les laisser. Après, on peut dire qu'il y a eu un petit coup de froid pour tout le monde parce que tous ces attentats, relayés en permanence pendant des jours et des jours, les gens ont eu du mal à vivre tout ça. C'était difficile à vivre sur le moment mais ça a été relayé plusieurs jours.
Je peux vous dire que toutes les salles de spectacles ont été désertées, les restaurants ont été désertés. Les gens restaient chez eux parce que ceux qui sortaient n'avaient rien pour s'amuser.
Tout ça a repris son cours, c'est reparti depuis 8 ou 10 jours. Les gens ressortent, les gens ont envie de s'amuser. La vie continue, malheureusement pour ce qui s'est passé et heureusement pour ceux qui continuent de faire la fête.Quelque chose n'a-t-il pas changé ? Est-ce que vous avez senti, dans le regard des gens, dans leur façon de vivre ensemble, d'avoir envie de faire la fête, l'impact de ces évènements ?Actuellement, ça n'a pas changé. Ça a donné un coup, un choc, mais actuellement, tout est reparti. Quand j'entends qu'il y a eu un avant et un après... J'en ai vu des incidents dans ma vie, j'ai vu des villes avec beaucoup d'incidents, on faisait des fêtes foraines il y a 20 ou 30 ans en arrière dans des cités qui ont été supprimées à la suite de beaucoup d'histoires et de coups de fusil... Les gens reprennent le cours de la vie, tout simplement.Ne pas s'affoler... C'est un peu votre devise, quelque part ?Si on s'affole, on ne fait plus rien. Il faut toujours avancer, avoir des projets. C'est ce que je peux dire à la jeunesse. Au lieu de se lamenter, que tout le monde essaie de trouver des solutions à travers l'aide des autres, il faut déjà s'aider. A partir du moment où on s'aide soi-même, on a fait un grand chemin. Il ne faut pas trop compter sur les autres et avancer.
Du boulot, il y en a en France. Il y a énormément de travail, mais je vois énormément de chômeurs. Ça me pose un problème dans la compréhension. Je pense que beaucoup cherchent des emplois et pas beaucoup du travail. Le travail, il faut le réaliser, le faire. Je le sais, je le fais, j'ai des équipes qui travaillent avec moi et bien souvent, on a des gens qui viennent se faire embaucher et qui ne veulent pas faire le boulot. Il est peut-être là le problème.

"Ca manque de libéralisation en France"

Parce qu'on est trop gâtés, qu'on n'a pas le goût de l'effort ? Je pense, oui. Quand vous avez des gens qui viennent chercher un boulot et qui vous amènent la loi, ce qu'ils ont le droit de faire ou de ne pas faire, je pense qu'ils ne cherchent pas de boulot ces gens-là. Je pense qu'ils cherchent des emplois, ce n'est pas la même chose.
Nous le boulot, on le fait. On a des matériels qui sont très lourds et même à mon âge, il m'arrive de porter le matériel. Et bien vous avez des jeunes qui ne veulent pas porter parce que la loi leur a dit qu'ils n'ont pas à les porter.Quand vous discutez de tout ça avec eux, est-ce qu'ils vous comprennent ?Non, ils pensent que si vous avez réussi, c'est que vous avez eu de la chance. Ils trouvent toujours une solution pour s'évader. Moi, je leur dis 'Allez-y les gars, rentrez dedans. Ne cherchez pas des emplois, cherchez du travail et travaillez'.
C'est une mentalité générale, y compris dans les administrations. Il faut libéraliser toutes ces choses-là. Il ne faut pas que les employeurs demandent des aides, il faut qu'ils demandent à être libre.
Dans un pays où vous avez 450 000 normes, ça veut dire que toutes les administrations qui se servent des normes vous empêchent de travailler. C'est aussi simple que ça. Vous avez plein d'entreprises qui sont embêtées par les normes. Ça manque de libéralisation en France. Il faut changer les mentalités, revenir comme c'était il y a une trentaine d'années.
En ce moment, tout est bloqué. Les entrepreneurs, les employés, tout le monde.Ça vient peut-être aussi de l'éducation ?Il y a 30 ans, c'était un peu libéral, on laissait faire les choses. Pendant les 30 Glorieuses, on laissait les entrepreneurs travailler et les gens qui cherchaient du boulot venaient travailler.
On a voulu faire de la justice, on a voulu faire du social. C'est vrai qu'il y a des gens qui ont besoin d'être aidés, mais trop c'est trop. Quand vous avez des jeunes qui sortent des écoles ou qui ont 20 ans et qui viennent avec la loi pour vous dire 'J'ai le droit de faire ci, j'ai le droit de faire ça'. Si vous avez du travail chez vous, vous n'avez pas envie de les embaucher, malheureusement.
Il faudrait aussi leur faire comprendre que travailler, ça peut être un plaisir, une passion...
Bien sûr, c'est ce que j'essaie de leur dire. J'ai bossé toute ma vie et je continue, j'ai des gens avec moi qui bossent dur, mais qui bossent avec le plaisir. Ça leur fait plaisir d'avoir des objectifs et d'avancer. On ne commence pas à calculer sa retraite quand on a 25 ou 30 ans.

"Il faut donner aux gens l'envie de travailler"

Est-ce que ce n'est pas le symbole d'une génération qui a peur ? Oui, mais qu'on a éduquée comme ça. Je pense qu'on a éduqué une société pour dire 'On s'occupe de vous'. Donc ils veulent qu'on s'occupe d'eux. C'est un peu dommage.
Je ne suis pas là pour faire un cours politique, mais c'est un petit clin d'œil sur la société actuelle. C'est bien ennuyeux, j'espère que les mentalités vont changer.
Il faut donner aux gens l'envie de travailler, d'avoir des passions et laisser ceux qui veulent entreprendre, il ne faut pas les bloquer, et après tout s'arrangera.On arrive aux périodes de vœux, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour l'année qui arrive ?Je souhaite simplement que ça continue. J'ai une bonne vie de famille, j'ai des enfants, des petits-enfants. Tout se passe bien, on a passé un Noël extraordinaire hier soir.
Et des objectifs de travail. J'ai toujours des projets, je construis du matériel, je les expose sur les fêtes ou sur les foires. A Paris, cette année, j'ai organisé un beau marché de Noël avec une nouvelle grande roue qui se situe sur la place de la Concorde. J'ai fait des éclairages et je l'ai mis en bleu-blanc-rouge. C'est une grande cocarde française en plein centre de Paris.
Et nous sommes dans le Grand-Palais avec des manèges, c'est ouvert tous les jours jusqu'au 3 janvier. Tout ce que je souhaite, c'est que la fête continue.

L'info en continu
19H
18H
17H
16H
14H
13H
12H
11H
10H
Revenir
au direct

À Suivre
/