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Fin de vie: Macron a arbitré, la bataille autour du projet de loi est lancée

"Possible loi de liberté ultime" ou "diversion" voire "tromperie"? Le projet de loi sur la fin de vie esquissé par Emmanuel Macron a été salué lundi par plusieurs partisans d'une "aide active à mourir" mais a indigné certains soignants, plusieurs responsables religieux, la droite et l'extrême droite.

Macron
Le président de la République Emmanuel Macron le 5 mars 2024, à Paris. (Ludovic MARIN - AFP)

"Possible loi de liberté ultime" ou "diversion" voire "tromperie"? Le projet de loi sur la fin de vie esquissé par Emmanuel Macron a été salué lundi par plusieurs partisans d'une "aide active à mourir" mais a indigné certains soignants, plusieurs responsables religieux, la droite et l'extrême droite.

Le président a livré dimanche ses arbitrages pour un "modèle français de la fin de vie": une "aide à mourir" qui permettra à certains patients, selon des "conditions strictes", de recevoir une "substance létale".

Ce texte, promesse de campagne, devra aussi renforcer les soins palliatifs, insuffisants de l'avis général. Examiné à partir du 27 mai à l'Assemblée nationale, il sera le texte phare au Parlement ces prochains mois.

Le Premier ministre Gabriel Attal, le 25 février 2024, à Paris

Le Premier ministre Gabriel Attal, le 25 février 2024, à Paris

Dimitar DILKOFF - AFP/Archives

Le défi est "de trouver le moment car c'est un sujet qui va diviser", confiait en privé un ministre il y a quelques mois. Comme attendu, les clivages ont été ravivés dès dimanche.

Le "soulagement" dominait parmi les défenseurs d'une évolution de la loi Claeys-Leonetti, comme l'a exprimé lundi le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Jonathan Denis.

Il a salué "une avancée" mais s'est inquiété d'une "inapplicabilité" de l'aide à mourir et a appelé "les parlementaires à l'amender" pour éviter de condamner "encore des Français à partir en Suisse ou en Belgique".

Atteint de la maladie de Charcot, devenue emblématique de ce combat, Charles Biétry, figure du monde du sport et des médias, a salué sur X un "premier pas" qui "peut nous offrir liberté et dignité".

Près d'un an après la fin de la Convention citoyenne sur la fin de vie, d'anciens membres ont manifesté une satisfaction relative. "Les critères inscrits dans le projet de loi résultent du travail de la convention citoyenne", a affirmé sur franceinfo Agnès Firmin Le Bodo, artisane du texte comme ministre, redevenue députée Horizons.

Parmi les soignants, les positions restaient partagées.

Exprimant "consternation, colère et tristesse", plusieurs associations, notamment l'influente Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (Sfap), ont jugé qu'"avec une grande violence, le chef de l'État annonce un système bien éloigné des besoins des patients et des réalités quotidiennes des soignants", "à l’encontre des valeurs du soin".

L'Ordre des médecins a évoqué "une avancée significative pour la prise en charge des patients en fin de vie" et un esprit dans la continuité de ses travaux, notamment sur le rôle des médecins, mais il restera "extrêmement vigilant".

L'Académie de chirurgie s'est montrée récemment "favorable" à un protocole de suicide assisté tel qu'appliqué dans l'Oregon (Etats-Unis), refusant "l'euthanasie active faite par un médecin".

- "Ame et conscience" -

Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, le 13 novembre 2023, à Paris

Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, le 13 novembre 2023, à Paris

Ludovic MARIN - AFP/Archives

Plusieurs responsables religieux, eux, s'alarment d'une "boîte de Pandore" et parlent de "promesses" à concrétiser sur les soins palliatifs.

"Appeler +loi de fraternité+ un texte qui ouvre à la fois le suicide assisté et l'euthanasie est une tromperie", a estimé le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, convaincu que cela "infléchira tout notre système de santé".

La tête de liste LR aux européennes, Francois-Xavier Bellamy, le 5 février 2024, aux Sables-d'Olonne, en Vendée

La tête de liste LR aux européennes, Francois-Xavier Bellamy, le 5 février 2024, aux Sables-d'Olonne, en Vendée

Sebastien SALOM-GOMIS - AFP/Archives

A l'approche des élections européennes, "personne n'est dupe du moment", a lancé la tête de liste de LR, François-Xavier Bellamy, selon lequel Emmanuel Macron "a décidé de se réfugier dans les questions de société".

Même angle d'attaque du RN. Son porte-parole Laurent Jacobelli a épinglé un président faisant "un peu diversion", alors que l'exécutif "a failli" sur "le pouvoir d'achat, la sécurité et l'immigration".

Le chemin reste long avant une loi, probablement pas avant 2025. Après l'Assemblée, le texte devrait arriver au Sénat après l'été. Chaque chambre fera au moins deux lectures. Gabriel Attal a souhaité "un débat apaisé, éclairé, respectueux des positions de chacun", défendant une évolution "attendue de longue date" et "un progrès".

Comme c'est l'usage sur les sujets sociétaux, les groupes parlementaires ne donneront pas de consigne de vote. C'est un "sujet intime" qui "transcende les mouvements politiques", a justifié le chef des députés Renaissance, Sylvain Maillard.

Les centristes au Sénat voteront aussi "en âme et conscience", selon leur chef, Hervé Marseille. Cette réforme "peut passer" même à la chambre haute, a-t-il pronostiqué, car "ça correspond à ce que beaucoup de groupes de gauche souhaitaient et les autres groupes sont partagés".

"A l’Assemblée, il y aura une courte majorité pour", anticipait avant Noël un membre du gouvernement.

Par Isabelle CORTES / Paris (AFP) / © 2024 AFP

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