Élisabeth Lévy - "Le plan à trois relève du libre arbitre, la polygamie institutionnalise la dépendance"

Sujet a priori plus léger ce mardi mais fondamental d'un point de vue légal et éthique : non, l'infidélité ou le sexe à plusieurs n'est pas à mettre sur un même plan que la polygamie. En réalité, les plans à trois naissent de moeurs légères, la polygamie institutionnalise la dépendance. Tout est une question de liberté - et de libertinage.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Une déclaration de Marlène Schiappa qui fait jaser….

"L’infidélité, le polyamour, les trouples, les plans à trois ça reste autorisé. Parce qu’il y a toujours des gens qui ne savent pas de quoi on parle et qui disent vous voulez régenter nos vies… Je vous rassure ou pas ? C’est la polygamie qui est interdite en France."

C’était sur Sud Radio ce vendredi et la ministre a réitéré deux jours plus tard sur Radio J. Donc, ce n'était peut-être pas simplement pour vous faire faire sourire ou rougir. C'est aussi une réponse à Aurélien Taché qui avait dit sur CNews que "la polygamie un mode de vie comme un autre". Avant de regretter son propos. 

Donc, le débat est clos ?

Non, car sur ce sujet règne de la confusion intéressée. On nous ressort le sacro-saint argument de la liberté individuelle du moment que c’est entre adultes consentants. Chacun fait ce qui lui plaît. "Toi ta minijupe, moi mon voile", comme le disait Benoît Hamon. Toi tes deux maîtresses, moi mes quatre épouses. Avec cet argument, il n'y a plus de société mais une collection d’individus capricieux et tout-puissants.

En quoi est-ce différent d’avoir deux maîtresses ou quatre épouses ? 

Il y a une grande différence entre le droit et les faits. Le mariage civil est une reconnaissance par l’État et n’a pas été inventé pour régenter la sexualité mais bien pour assurer la transmission des noms et des biens. Encore faut-il que les enfants de Madame soient réputés être aussi ceux de Monsieur (dans 20 % des cas, ce ne le serait pas).

Aujourd’hui, le mariage suppose une égalité parfaite de droits entre les deux conjoints qui peuvent être de même sexe. On ne se soucie plus de morale. Que vous soyez un homme ou une femme, l’État se fiche de ce que vous faites de cinq à sept heures. Du reste, le libertinage et l’infidélité n’ont jamais été l’apanage des hommes. La preuve par Madame Bovary. D’ailleurs, les sites de rencontres adultères sont créés par des femmes qui semblent vouloir rattraper des siècles de coquineries perdues. 

Peut-on être polygame et libertin ?

Oui, pour les hommes. Dans les sociétés qui pratiquent la polygamie, la domination masculine est une tyrannie : seul l’homme fait ce qui lui plaît en contrôlant le corps des femmes. 

Tandis que le plan à trois relève du libre choix de tous les participants. Chacun peut se barrer quand il veut. La polygamie, elle, institutionnalise la dépendance. Un homme et ses quatre épouses, c’est peut-être un plan à cinq. Mais pour les femmes, c’est toujours un très mauvais plan.