Élisabeth Lévy - Doctolib : "l'État a toujours fait appel au privé et tant mieux"

L'État se fait durement taper sur les doigts, à commencer par Jean-Luc Mélenchon en bourreau sur Twitter, pour avoir fait appel à Doctolib afin que la plateforme privée planifie les rendez-vous de vaccination des Français. Sortons de ce dogme anti-secteur privé, qui nous rend bien des services et ce depuis toujours, que ce soit dans la police, l'armée, l'école et évidemment la santé.

Tous les matins à 8h15, le regard libre d'Elisabeth Lévy dans le Grand Matin Sud Radio.

Revenons sur le rôle de Doctolib dans la vaccination.

Oui, pour répondre à Jean-Luc Mélenchon et à notre invité, Frédéric Bizard. Le leader de la France insoumise s’insurge contre le recours à une entreprise privée. Ce choix illustrerait, selon lui, un mépris des Services publics. « Une entreprise privée pourra donc ficher toute personne passée par ses mains. » Mais cela relève du fantasme idéologique. Selon lui, privé = fichage. Et il dit ça sur Twitter.

De nombreux acteurs de la santé sont privés, en particulier les médecins et Français très attachés à la liberté de choix. En quoi serait-il plus scandaleux de prendre rendez-vous par l’intermédiaire d’une entreprise privée que de se faire vacciner par un pharmacien ?

Certes, mais la politique sanitaire est une prérogative d’Etat. 

Oui, soyons précis, la définition de la stratégie et des mesures restrictives relèvent de l’État. Qui a imposé un cahier des charges à Doctolib ? On ne voit pas pourquoi il faudrait un monopole public dans la mise en œuvre de cette politique. La politique de transports relève de l’État mais il y a des opérateurs privés. De même qu'il y a des prestataires privés pour la police, l’armée, l’école. Et heureusement. 

En réalité, on peut plutôt reprocher au gouvernement d’avoir été incapable de mobiliser les énergies privées pendant la première vague. L'absence de lits de réanimation quand l’hôpital public était saturé pour exemple. Pour les tests, les masques, on a mis très longtemps à les laisser bosser.

Mais pourquoi enrichir des sociétés privées ? 

Parce qu’elles le font mieux et pour moins cher ! Il y a des domaines où l’État ne sait pas faire : ne serait-ce que de fabriquer des voitures ou trouver un vaccin. L’État doit garantir l’intérêt général, le privé faire du profit donc innover. En l’occurrence, l’intérêt général c’est qu’on puisse prendre rendez-vous sans poireauter des heures. De plus, notre bureaucratie semble particulièrement mauvaise en digital. Les plus anciens se rappellent la gabegie du plan calcul dans les années 1970. Plus près de nous, souvenez-vous de Stop-Covid. 

En réalité, pour Mélenchon et les autres, dès qu’il y a du privé, donc des intérêts, c’est mal. Ceux-ci feraient mieux de méditer la pensée du président Mao : "qu’importe la couleur du chat pourvu qu’il attrape la souris."