EDITO - "Zemmour s’enlise dans les sondages car il ne parvient pas à exister sans provocation"

Polémique sur polémique, condamné par la Justice... l'image d'Éric Zemmour se ternie de jour en jour alors que la présidentielle de 2022 aproche à grand pas souligne Lydia Guirous.

Eric Zemmour a été condamné ce lundi à 10.000 euros d’amende pour "provocation à la haine raciale". Le candidat à la présidentielle paye les conséquences de ses provocations souligne Lydia Guirous dans son édito du jour.

"Les partisans du candidat crient évidemment à la justice politique et certains vont même jusqu’à une comparaison avec François Fillon et cette fameuse élection volée de 2017 … rappelant la célérité du Parquet National Financier qui a surpris beaucoup d’observateurs et a laissé un goût amer à une bonne partie de l’électorat de droite"

Sauf que cette fois-ci il ne s’agit pas de faux postes, ni de costumes

"Ses propos tenus dans l’émission a succès de Cnews "Face à l’info" du 29 septembre 2020. Une émission dont Eric Zemmour était le chroniqueur-pilier. Ce soir-là, Zemmour s’est lâché. On était peu après l’attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, par un faux mineur d’origine afghane qui a blessé très gravement des salariés d’une boite de production qui faisaient une pause.

Sans filtre et avec son goût légendaire pour la mesure et l’apaisement, il déclare au sujet des mineurs isolés : "Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent". Christine Kelly réagit et l’invite à nuancer "pas tous, certains". Mais Zemmour insiste "tous ! tous !".

La liberté d’expression ne permet pas tout

"Le problème d’Eric Zemmour, c’est qu’il s’enferme dans la caricature de lui-même. Et on aurait pu imaginer que cette sortie qui l’expose donc à une condamnation à moins de trois mois de la présidentielle - à un moment où il semble ne pas parvenir à sortir de sa cinquième place derrière Valerie Pécresse et Marine le Pen - aurait été une leçon... eh bien non ! Il n’en est rien !"

"Il a réitéré ce week-end avec une nouvelle polémique sur les élèves handicapés, des propos encore clivants qui ne font que radicaliser les positions et cliver davantage. Les mineurs isolés, les enfants Sandler, les enfants handicapés... à quand la fin des provocations inutiles, blessantes et totalement contre-productives électoralement ? Un candidat ne devrait pas dire ça".

Ces sorties sont des boulets pour Eric Zemmour, donc

"Eric Zemmour s’enlise dans les sondages car il ne parvient pas à exister sans provocation. Il affaiblit sa candidature. Sur le plan politique, ses polémiques et cette condamnation risquent de mettre un coup d’arrêt aux ralliements potentiels qu’il pouvait espérer générer et réduisent donc ses chances d’élargir son socle d’électeurs".

"Selon l’étude Elabe de décembre 2021, avant toutes ces polémiques et cette condamnation, il était déjà jugé : arrogant par 77% des Français, inquiétant par 65% et autoritaire par 74% !"

"L’étude de l’Ifop du 13 janvier 2021, avant la condamnation et la polémique, confirmait ce problème d’image car il est le candidat que les Français trouvent à 48% inquiétant ! Ce lundi encore pourtant, il continuait à hurler à la dictature des juges et à la justice politique, clivant un peu plus l’espace républicain et les Français. Dans quel but ?"

 "On en arrive finalement à se demander si Eric Zemmour a vraiment envie d’être Président ? N’est-il pas plutôt, avec ses clivages et ses provocations en train de préparer le terrain à un ou une autre candidate pour 2027 qui sera sûre d’être à 100% au deuxième tour, en posant les premiers jalons d’une France divisée en deux, américanisée, trumpisée ?

À lire aussi :

Sondage présidentielle 2022 : Rolling IFOP - Fiducial du 18 janvier

Zemmour sur le handicap à l'école : "Des indignations à gogo mais zéro argument"